Transformations et Crise du Capitalisme Mondialise Quelle Alternative ?

Auteur : Paul Boccara
Editeur : Temps Cerises

L’ouvrage Transformations et crise du capitalisme : quelle alternative ?, de Paul Boccara[1] se divise en deux grandes parties. La première traite de certaines questions théoriques en liaison avec le stade de développement atteint aujourd’hui par l’économie capitaliste, par les causes proches et lointaines de la crises financière actuelle, ainsi que par la nature de celle-ci.
La seconde partie avance des pistes, principalement économiques, de dépassement progressif de la logique de croissance fondée sur le profit, en partant de la nature « ambivalente » des nombreuses mutations que ce système a connu ces dernières décennies.
Pour l’auteur, la crise actuelle – qui a atteint tout le système économique capitaliste (crise systémique) et qui se caractérise par sa longueur et son acuité – trouve essentiellement son origine dans la suraccumulation de capitaux (ou surinvestissement), qui est l’excès de capitaux par rapport au taux de profit moindre qu’ils rapportent. Cette suraccumulation est liée en particulier à la révolution informationnelle qui s’est accélérée depuis les années 1980, à partir des Etats-Unis d’Amérique.
L’élévation excessive de la composition organique du capital a entraîné un chômage durable et de masse, ainsi que l’extension de la précarité. Pour rappel, le concept marxien de capital organique ou de composition organique du capital est le rapport entre le capital constant (machine, matières premières, etc.) et le capital variable (la force de travail) qui existe dans tout investissement pour produire une quantité donnée de marchandises.
Toute modification dans un sens, de l’un de ses éléments comme c’est le cas ici, entraîne la modification inversement proportionnelle de l’autre. Par ailleurs, la plus grande part accordée aux profits dans la répartition de la valeur ajoutée (richesse produite) au détriment des salaires distribués a abouti à une baisse relative du pouvoir d’achat. Ce qui a provoqué à son tour une crise de surproduction de marchandises, faute de débouchés (solvables) suffisants.
L’insuffisance de débouchés, et donc d’opportunités de profits intéressants dans la sphère de l’économie réelle, n’est pas sans conséquence sur la financiarisation de l’économie, à savoir la nette prédominance des marchés financiers (banques, bourses, etc. où se vendent et s’achètent les capitaux) sur l’économie réelle. Les Fonds communs de placements y pratiquent des taux de profits boursiers très élevés et à très court terme, et réalisent d’importantes plus-values.
L’économie mondiale de ces dernières décennies se caractérise également par un nouveau type de domination de la part des Etats-Unis d’Amérique : leur importation massive de capitaux, en plus du rôle de monnaie mondiale commune, de fait du dollar (86, 3 % des opérations change dans le monde, en 2007). Ceci leur permet de n’opérer que de faibles prélèvements obligatoires sur les capitaux investis sur leur territoire. D’où des taux de croissance et d’emploi chez eux supérieurs à ceux de l’Union européenne et du Japon.
Pour autant, l’issue de la crise actuelle du capitalisme mondialisé et financiarisé n’est pas fatale à ce système, car elle peut mener à son renforcement, comme à son anéantissement. Aussi, s’agit-il de travailler pour l’avènement de la seconde option. L’auteur s’inspire – mais pour aller bien plus loin – de l’expérience des pays occidentaux qui, pour redresser leurs économies détruites par la guerre, avaient dérogé à partir de 1945 à nombre de règles de fonctionnement capitaliste.
Ils avaient dans ce but crée et nationalisé de nombreuses entreprises publiques de base et de la finance (EDF, SNCF…), ne dégageant que peu ou pas de profits pour les capitalistes, mais ayant des retombées économiques et sociales positives considérables.
C’est ce que l’auteur nomme le capitalisme monopoliste d’Etat social. Cette alternative consiste, plus précisément, à substituer la finalité sociale de l’entreprise à la rentabilité et au profit, et à ne pas s’enfermer dans le choix entre le marché capitaliste et la propriété étatique, qui a échoué dans les pays de l’Est.
Mais il s’agit de combiner le marché, l’Etat et le partage, grâce à la révolution informationnelle qui permet une mutualisation des moyens en matière de coût, de création et d’usage, et dont les applications sont loin de se limiter aux domaines économique et financier. Cette finalité sociale sera le point de départ pour aboutir, à terme, à une propriété juridique diverse (publique, mixte ou coopérative) et évolutive.
La gestion sera assurée conjointement par les pouvoirs publics, par le personnel et par les usagers ou à défaut par les populations environnantes ou les élus. L’auteur avance plusieurs autres propositions, parmi lesquelles l’instauration d’un système de sécurité d’emploi ou de formation à vie ; la création de pôles publics financiers ; et la modulation des taux d’intérêt en fonction de leur utilité sociale et de leur investissement dans l’économie réelle.
Pour juguler la folie des marchés financiers, il faudrait, selon lui – outre l’application de la taxe Tobin relative à la circulation de capitaux – taxer plus fortement les profits non réinvestis dans la production, la recherche ou la formation. Il suggère également de mettre fin aussi bien à l’indépendance de la Banque centrale européenne qu’à la domination du dollar, par l’émission de monnaies communes régionales, et plus tard d’une monnaie commune internationale.
Il s’agit aussi de démocratiser le FMI, l’OMC et la Banque mondiale, afin que ces institutions soient véritablement au service des peuples, et non plus des instruments dociles entre les mains des sociétés transnationales et des grands pays capitalistes. Paul Boccara propose aussi la mise en place de politiques de co-développement et de coopération entre les Etats et entre les peuples, en remplacement des rapports de domination en vigueur.

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Parution : Septembre 2008
375 pages
ISBN : 978-2-8410-9749-4
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