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Le Testament d'Adam

Le Testament d'Adam

[..] Auteur de cinq romans qu’il ne s’est décidé à publier que passé 55 ans, toujours aux éditions du Seuil, l’écrivain suisse rassemble pour la première fois une poignée de nouvelles, dont la brièveté relative offre au lecteur un concentré de ses thèmes de prédilection, et auxquelles la limpidité de leur construction confère une intensité lumineuse. Jean-François Haas est un optimiste contrarié, un écrivain généreux que le monde prend constamment en défaut, sans pour autant réussir à le décourager. Quand la société se fissure et se divise, le langage doit pouvoir colmater ses brèches. L’émouvant, dans l’écriture de Jean-François Haas, tient précisément à la conscience de son échec à pacifier le monde, tout en maintenant sa confiance dans les vertus consolatrices du langage : face au délitement du lien social, l’écriture, comme l’art, reste le moyen – dérisoire mais salutaire – de faire communauté.
Florence Bouchy, Le Monde des Livres - 22 Juin 2017

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Tribus morales : L'émotion, la raison et tout ce qui nous sépare

Tribus morales : L'émotion, la raison et tout ce qui nous sépare

Comme beaucoup d’ouvrages qui présentent une thèse forte, Tribus morales ne suscite pas toujours l’adhésion, mais n’en reste pas moins captivant. La prouesse d’un style alliant légèreté et technicité fait de la lecture de ces 500 pages un vrai plaisir, auquel s’ajoute celui d’avoir vu quelques-unes de nos certitudes ébranlées mais d’en savoir un peu plus sur nous-mêmes.
Céline Henne, Le Monde des Livres - 22 Juin 2017

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Hautes solitudes: Sur les traces des transhumants

Hautes solitudes: Sur les traces des transhumants

Hautes solitudes est un livre de découvertes et d’émerveillements. Passé la banlieue d’Arles, avec ses entrepôts, ses hypermarchés, ses parkings, ses rocades ­(elles renonceront d’ailleurs à la traverser à pied, se faisant déposer quelques kilomètres plus loin), voici que l’on entre dans une succession de décors changeants. Un véritable théâtre de verdure, de nature. Aux prairies succèdent des champs de pierres sèches, aux oseraies bruissantes d’oiseaux des maquis arides. Aux paysages virgiliens, des horizons barrés. Anne Vallaeys s’attache aux lieux, s’en emplit, s’en laisse déborder. Avec elle, on guette le moindre bruit, le moindre craquement dans les sous-bois, l’échappée d’un animal, le murmure d’une source. Rien ne résonne pareil, rien ne se ressemble. Les bergers disent bien que chaque pierre est unique, que chaque arbre est incomparable. De ces bergers qui sont « de la besace et des chemins », de ceux qui vont au train des bêtes, des éleveurs, des tondeurs de moutons et des gardiennes de chèvres, il s’en rencontre à chaque halte. Ils sont peut-être les derniers ou, qui sait,les premiers d’un autre âge. Anne et Marie les écouteront parler de lignée, de sang, de terre. Du loup qui revient et qui égorge les brebis, des chiens à qui on ne peut pas mentir et du bonheur simple « de vivre de rien au milieu de tout ». C’est doucement grave, tendrement beau. Chemin faisant, Anne Vallaeys cite aussi les auteurs qu’elle aime, de Giono à Stevenson, de Whitman à Lacarrière. Et Michel Darluc qu’elle lit tous les jours, comme si les mots du vieux naturaliste, poète à ses heures, faisaient déjà écho à ceux qu’elle allait elle-même écrire. Lui qui parcourait la Provence « pour aller prendre la nature sur le fait ».
Xavier Houssin, Le monde des Livres - 22 Juin 2017

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Toxique

Toxique

Passée maîtresse du genre fantastique avec ses nouvelles (Des oiseaux plein la bouche, Seuil, 2013), l’Argentine Samanta Schweblin, dans ce premier roman tout en tension, revisite avec virtuosité la figure de l’enfant monstre. Mené au rythme d’un interrogatoire – celui qu’inflige David à Amanda pour qu’elle raconte les événements vécus par l’ensemble des personnages –, ce livre aux dialogues acérés fait résonner sur une tonalité particulièrement glaçante les peurs ancestrales des mères. Quel est cet étranger qu’elles ont engendré ? interroge l’écrivain. Evaluant la distance salutaire qu’une génitrice doit maintenir vis-à-vis de son enfant, Samanta Schweblin livre ici un antidote possible à l’usage des mères dévorantes.
Le Monde des Livres - 15 Juin 2017

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Une nuit en Tunisie

Une nuit en Tunisie

C’est un livre sous influence pérecquienne, un Je me souviens cubiste visité par l’ombre du maître oulipien. Le personnage principal se remémore son année de coopération passée à Sidi Bouzid, en 1990, à l’aube de la guerre du Golfe. Sidi Bouzid, c’est cette petite ville tunisienne où, vingt ans plus tard, Mohamed Bouazizi s’immolera par le feu, précipitant par son geste les « printemps arabes ». Au loin, résonnent aussi les premiers mots de l’Enéide, Carthage, les guerres puniques… D’une guerre l’autre, Fabrice Gabriel, auteur de Fuir les forêts et Norfolk (Seuil, 2006 et 2010), tisse « un tapis de mémoire » composé de fragments épars, en apparence décousus, mais reliés par des fils ténus : Paul Klee, peintre de la Tunisie lors de son voyage en 1914 (la guerre, toujours), Georges Perec, qui avait envisagé d’écrire un roman sur Klee en Tunisie, Flaubert, le pianiste Bud Powell et même Tintin. Hanté par la noirceur de la guerre, Une nuit en Tunisie est pourtant un texte lumineux, caressé du gris rose et de l’or des crépuscules. Et s’il y a un motif dans ce tapis romanesque, c’est celui, nostalgique, de la jeunesse enfuie.
Le Monde des Livres - 15 Juin 2017

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Le royaume de Sasha Kozak

Le royaume de Sasha Kozak

D’abord, un coup de chapeau aux éditions Belleville. Spécialisée en littérature étrangère, cette petite maison sort des sentiers battus en publiant des textes qui échappent aux circuits habituels. Des livres trouvés « sur place » grâce à des libraires, traducteurs ou lecteurs du pays concerné. Et avec une attention jalouse portée à la traduction… Ici, Iulian Ciocan nous fait mettre le cap sur la Moldavie, ce petit pays entre la Roumanie et l’Ukraine. Avec un humour ravageur – il a sous-titré son récit « roman social déjanté » et le dédie « à Lucia qui en a soupé de ce que j’écris » –, Ciocan nous transporte « sur les trottoirs sales de Chisinau où le monde ne tourne plus très rond ». On y croise le vieil Olegovici, tombé amoureux d’une révolutionnaire roumaine, ou Condurache qui n’arrive ni à écrire ni à satisfaire son épouse. Ciocan excelle à montrer comment l’environnement influe sur les êtres et vice versa. Une plongée très originale dans « l’interminable transition moldave qui a suivi l’effondrement soviétique ».
Florence Noiville, Le Monde des Livres - 15 Juin 2017

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D'accord

D'accord

Voici un livre bref, qui évite les ressassements inutiles et l’expression vaine des rancœurs filiales. Sans occulter le désarroi qui peut étreindre un fils lorsque son père, avec qui il n’a jamais vraiment rien partagé, croupit dans une maison de retraite, comme absent à lui-même. « Ce qui était désolant, explique le narrateur de D’accord, c’était de considérer que si, faute de combattants, notre guerre à nous était bel et bien finie, pour moi, la paix à laquelle j’aspirais n’avait peut-être pas encore commencé. » Accompagné lui-même de son fils, qui trouve les mots là où lui reste sans voix, le narrateur déambule parmi les spectres que sont devenus les pensionnaires de l’établissement, se demandant qui, d’eux, du personnel, de son fils, de lui-même ou de son père, est le plus en prise avec le réel. Jusqu’à ce qu’une femme, croisée inopinément, fasse de ce roman une fable délicate, sans morale pesante, mais avec une fin aérienne et méditative.
Florence Bouchy, Le Monde des Livres - 15 Juin 2017

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Vent glacial sur Sarajevo

Vent glacial sur Sarajevo

A partir de son carnet d’opérations, cet ex-officier de la Forpronu livre le récit d’une mission de six mois pendant lesquels il est confronté à une série de « non-sens militaires ». A travers ce témoignage sans concession, on découvre le quotidien d’un homme armé d’un sang-froid hors du commun. Néanmoins, au fil des humiliations infligées par son commandement, sa carapace se fissure car, à chaque fois qu’il est envoyé pour préparer une frappe aérienne contre des positions serbes, celle-ci est systématiquement annulée. Cette impuissance n’est pas seulement la sienne, mais celle de la communauté internationale. Malgré l’usage d’un certain jargon militaire avec lequel il n’est pas évident de se familiariser, ce récit demeure précieux tant il pointe les incohérences de la politique étrangère française.
Le Monde des Livres - 15 Juin 2017

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La vie démesurée de François-Marie Banier

La vie démesurée de François-Marie Banier

Il se rêvait en héros dostoïevskien, torturé et habité. François-Marie ­Banier n’aura réussi qu’à se forger un destin d’archétype balzacien, second rôle bouffon et flamboyant d’une comédie humaine archivée à la rubrique faits divers des journaux. Le nom du romancier-photographe est désormais indissociable de celui de Liliane Bettencourt, l’héritière du groupe L’Oréal à laquelle il aurait soutiré près d’un milliard d’euros. Mais avant d’être cet histrion de feuilleton judiciaire, François-Marie Banier a endossé bien d’autres costumes : enfant mal-aimé d’une famille bourgeoise, jeune Tadzio des lettres adoubé par Louis Aragon, Narcisse mondain enivré de ses propres succès…
Le Monde des Livres - 1 Juin 2017

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La tresse

La tresse

D’une écriture fluide, et d’une lecture très agréable, le premier roman de Laetitia Colombani, La Tresse, lie le destin de trois femmes vivant sur trois continents. L’une est une avocate brillante de Montréal, qui a toujours privilégié sa carrière mais doit réévaluer ses priorités face à la maladie. L’autre est une adolescente sicilienne travaillant dans l’atelier de confection de perruques de son père. La troisième appartient à la caste des intouchables, en Inde, et décide d’offrir à sa fille un avenir meilleur : elle apprendra à lire et à écrire, quitte à traverser le pays. Scénariste et réalisatrice, Laetitia Colombani maîtrise à l’évidence l’art de la narration et du montage. Elle campe des personnages de femmes aux caractères affirmés, dont elle entrelace les vies dans une perspective optimiste. Mais son écriture est assez sensible et retenue pour que son roman échappe au soupçon de n’être qu’un « feel-good book ».
Le Monde des Livres - 1 Juin 2017

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La Maison des souvenirs et de l'oubli

La Maison des souvenirs et de l'oubli

Dans ce texte puissant, les récits s'enchaînent, terribles : un père qui creuse un trou entre les lattes du wagon à bestiaux et y glisse ses deux fils pour qu'ils survivent ; une fille de 16 ans, cachée dans une cave par son concierge, qui la viole et lui fait un enfant qui ne verra la lumière du jour que trois ans plus tard ; ou encore ce vieux Juif qui collectionne les faits divers pour comprendre « les multiples formes du mal ». Parfois, il fallait rêver, imaginer, comme dans un tableau de Chagall, que l'on pourrait voler pour fuir l'Histoire. Filip David, né en 1940, parvient pudiquement à trouver les mots pour évoquer ce qui fut à jamais une « lettre écarlate » dans la chair des survivants
Gilles Heuré, Telerama - 29 Mai 2017

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L'éclat de rire du barbare

L'éclat de rire du barbare

Un événement perturbe un groupe de vacanciers en Turquie et révèle ce qui est enfoui en chacun d'eux. Un texte au scalpel, sur fond d'Histoire. [...] Sema Kaygusuz écrit avec un scalpel. Son écriture sait mettre au jour les sujets douloureux.
Gilles Heuré, Telerama - 29 Mai 2017

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Une allure folle

Une allure folle

Poursuivant l'écriture de son roman familial, entamé en 2004 avec Ça ne se fait pas - un récit centré sur le geste meurtrier de sa mère qui, vingt ans auparavant, avait assassiné son époux volage, avant de se donner la mort -, Isabelle Spaak approfondit, dans Une allure folle, l'investigation engagée dans l'intimité disloquée de sa famille. Traquant les mensonges pudiques et les omissions hypocrites sur lesquels s'est construite la mémoire collective des siens, Isabelle Spaak en restitue le fil, reconstituant le destin de sa grand-mère, la fantasque Mathilde, de sa mère surtout, la secrète, apparemment vulnérable et pourtant si audacieuse Anny. Ce qui frappe et bouleverse, au-delà de l'intelligence et de la finesse de l'écrivain, c'est la qualité exceptionnelle de son écriture, toute de précision, de justesse, d'âpre délicatesse.
Nathalie Crom, Télérama - 15 Mai 2017

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Une soeur

Une soeur

Après Polina, qui décrivait l'apprentissage d'une danseuse, et la saga néo-manga Last Man, avec ses compères Balak et Sanlaville, Bastien Vivès retourne ici à ses premières amours, les histoires intimistes. A petites touches, en mettant l'accent sur la mise en scène et les cadrages, le dessinateur suit au plus près ses personnages principaux et leurs états d'âme en montagnes russes. Rien ne lui échappe, les regards en coin, le geste gauche, la posture mal assurée, l'instant si fugace où tombe le masque. Seuls comptent Hélène et Antoine — les autres : petit frère, copains, parents font de la figuration. Soucieux de tendre son récit, d'en accélérer la lecture, Vivès épure toujours plus son trait. Les décors sont simplifiés à l'extrême, les nez, les yeux souvent gommés pour ne garder que l'idée d'un visage. Rien ne heurte ou ne capte trop longtemps le regard, si bien qu'on a l'impression d'être devant une sorte de film dessiné, un story-board ultra léché. Vivès aurait-il inventé un nouveau genre : le roman (cinémato)graphique ?
Stéphane Jarno, Telerama - 15 Mai 2017

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Mémoires de guerre, Tome 1 : Mon rôle dans la chute d'Adolf Hitler

Mémoires de guerre, Tome 1 : Mon rôle dans la chute d'Adolf Hitler

Si pour vous le comique troupier se résume à La Septième Compagnie et aux Bidasses en folie, plongez-vous dans Spike Milligan (1918-2002), par ailleurs comédien et auteur de sketches, aussi connu outre-Manche que Coluche chez nous. Car si, chez lui, il y a du « troupier », il y a surtout du « comique ». Et un comique pétaradant, « hénaurme », grinçant, qui flingue à tout-va, certes pas toujours délicat (flatulences et grivoiseries y tiennent une place non négligeable) mais souvent hilarant... En septembre 1939, Milligan, 21 ans, est invité par Sa Gracieuse Majesté à prendre part aux combats qui s'annoncent. Nommé opérateur radio sur la côte sud du pays, il va répondre à l'absurdité de la guerre en multipliant farces et insubordinations, qui lui vaudront de partir pour l'Afrique du Nord. Premier des sept volumes des Mémoires de guerre ( !) de Spike Milligan, Mon rôle dans la chute d'Adolf Hitler frappe par l'insolente subversion de cet inadapté à l'héroïsme et à la discipline. S'il a été impuissant à enrayer l'ascension d'Hitler, Milligan a inspiré les Monty Python, qui lui vouaient un culte. Une autre sorte de victoire...
Hubert Prolongeau, Télérama - 15 Mai 2017

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L'âme des horloges

L'âme des horloges

Quel maelström ! Quels abîmes et vertiges, quels mystères et fascinantes obscurités... On sort sonné de cette invraisemblable Ame des horloges qui fait valser en quelque brûlantes huit cents pages l'ici et l'au-delà, l'éternité et l'instant, les morts et les vivants, l'hier et le futur. Un futur à demi détruit, avouons-le, par les abominables catastrophes naturelles qu'auront causées sur la planète la conduite irresponsable des hommes, leur mépris de la nature, leur volonté de puissance. Fable écologique, politique ? Récit de science-fiction ? Fresque familiale de 1984... à 2043 ? Le Britannique David Mitchell, 48 ans, brasse les styles à travers une écriture si détaillée, si visuelle qu'on pourrait se croire, encore, dans une de ces séries télé multiformes et cinglées dont on raffole. Ici, c'est le réalisme qui démultiplie l'imaginaire.
Fabienne Pascaud, Télérama - 15 Mai 2017

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Dans ce jardin qu'on aimait

Dans ce jardin qu'on aimait

Pour se distraire, un veuf éploré a composé un catalogue de chants d'oiseaux. Il inspire à Quignard une bouleversante cantate.
Nathalie Crom, Télérama - 15 Mai 2017

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À coups de pelle

À coups de pelle

En période d'agnelage, Daniel ne dort plus. Même si la nuit semble calme, les brebis proches du terme ont besoin de lui, de ses gestes précis. Dehors, un peu plus loin, le « grand gars » nourrit ses chiens, avant de partir pour la chasse aux blaireaux. Il les revendra cher à des organisateurs de combats illégaux. Deux hommes dans la nuit, telle la lutte du bien contre le mal, de la vie contre la mort. Le romancier gallois Cynan Jones compose pour eux une magnifique tragédie rurale, où la violence est silencieuse et la douleur intense. Les odeurs jouent un rôle essentiel dans ce livre, qui semble d'abord chuchoter. L'odeur des bêtes en train de vêler. Le parfum de l'épouse de Daniel, morte trois semaines plus tôt, et qu'il respire sur un foulard retrouvé. L'odorat des chiens qui se bousculent en pénétrant dans les terriers... Les gestes professionnels des deux personnages, que tout oppose, forment un ballet aussi précis que poétique. Tout en évitant la psychologie, Cynan Jones parvient à rendre l'émotion palpable : la stupéfaction du deuil, la solitude, la douleur de l'absence. Dans cette campagne galloise ingrate, on perçoit avec Daniel le bruit de la pluie sur la tôle ondulée, le vent qui s'infiltre, la danse des corneilles comme un murmure paisible et triste — en contrepoint, il y aura la brutalité perverse du braconnier, lançant le blaireau dans la fosse face aux chiens, sous les hurlements du public. Apparemment simple, ce roman est bouleversant. Dépouillé d'artifices, il dit la sauvagerie des hommes qui n'ont plus rien.
Christine Ferniot, Télérama. - 15 Mai 2017

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Eloge du peu

Eloge du peu

L'auteur confesse son passé de « sale type, parfaitement méprisable », de « jeune bon à rien dominé par l'orgueil », obnubilé par l'acquisition des derniers vêtements à la mode « pareils à une armure protégeant mon ego malingre ». Ce n'est pas son repentir qui fait l'originalité de son livre, mais la solution qu'il propose : apprendre à jeter. Très convaincante est sa démonstration des bienfaits de l'élimination volontaire de tout ce qu'on accumule en vain, et dont la possession laisse une trace encombrante dans l'esprit, même quand les objets ont été relégués aux oubliettes. Pour Koike, la sérénité vient quand le mental cesse d'être un entrepôt d'achats inutiles et peut se consacrer à la compréhension de ses besoins réels.
Marine Landrot, Télérama - 28 Avril 2017

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Un homme dans la foule

Un homme dans la foule

Jadis légendaire, aujourd'hui un peu oublié, l'écrivain et scénariste américain Budd Schulberg (1914-2009) fut un auteur engagé dès ses premiers livres : Qu'est-ce qui fait courir Sammy ? (1941), Plus dure sera la chute (1947), Le Désenchanté (1950)... Après avoir écrit pour Elia Kazan le script de Sur les quais (1954), Schulberg tira de sa nouvelle Your Arkansas traveler un autre scénario pour le cinéaste, qui en fit un film en 1957. On y découvre un certain Lonesome Rhodes, jeune chanteur folk issu du fin fond du Wyoming, embauché par une radio locale et dont le magnétisme brutal séduit l'audience. Bientôt, il se met à débiter des idées politiques, parlant « au nom du peuple » et se projetant sur le toit du monde : « En trois ans, je deviendrai un putain de milliardaire. J'aurai une demi-douzaine de voitures. J'aurai deux cents costumes. J'aurai un wagon privé et un yacht, peut-être même un avion [...] Et je dirai aux gens quoi manger, qui aider et quoi penser. » Charge virulente contre le populisme et les médias, Un homme dans la foule se lit, six décennies plus tard, comme une parabole étonnamment contemporaine. Terriblement con­temporaine...
Christine Ferniot, Télérama. - 28 Avril 2017

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Le miroir de Damas

Le miroir de Damas

Jean-Pierre Filiu, professeur à Sciences-Po Paris, n'est pas qu'un spécialiste de ce pays martyrisé. Il a tissé avec lui, avec ses habitants, un lien personnel. Le Miroir de Damas vibre de cet attachement. Il n'est pas seulement passionnant par son érudition, la vivacité de son style, ses qualités pédagogiques, il touche par l'urgence de son propos. Dans une démarche comparable à celle de son précédent ouvrage, Les Arabes, leur destin et le nôtre, Jean-Pierre Filiu montre à quel point la Syrie nous est proche, à quel point son histoire a façonné la nôtre. Et le scandale que représente l'abandon de ce pays à « l'horreur inimaginable » dans laquelle il est plongé. Renouer « avec la part de l'histoire universelle qui s'est déroulée là-bas », aujourd'hui largement méconnue, rétablir la vérité historique au sujet d'événements souvent instrumentalisés par les bourreaux du peuple syrien (Bachar el-Assad présenté en nouveau Saladin, par exemple), montrer les échos de cette histoire dans le présent : le livre y réussit en moins de 300 pages. Il ne s'agit donc pas d'un précis d'histoire de la Syrie, plutôt d'un itinéraire, en douze étapes de lecture aisée, de saint Paul sur le chemin de Damas jusqu'aux impasses actuelles d'une diplomatie dévoyée, miroir de notre monde tel qu'il devient. Ce livre ardent rappelle ainsi que c'est en Syrie qu'a commencé à grandir une chrétienté consciente d'elle-même, en Syrie également que l'Islam a acquis pour la première fois le statut d'empire avec la dynastie des Omeyyades.
Michel Abescat, Telerama - 18 Avril 2017

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La mort d'un homme

La mort d'un homme

« Assez mentir ! Vous savez tout aussi bien que moi que je me meurs », supplie Ivan Ilitch, et ce mensonge qui consuma les derniers jours du personnage de Tolstoï, Charles et Lael Wertenbaker n'en ont pas voulu. Charles Wertenbaker apprit, en septembre 1954, qu'il était atteint d'un cancer et n'en guérirait pas. « Mourir est la dernière chose que j'aurai la chance de bien faire. J'espère de toutes mes forces y réussir », dit-il alors à son épouse. Il s'éteignit trois mois plus tard, en janvier 1955, à 53 ans. Lael Wertenbaker prit alors la plume pour raconter les quelques semaines qui s'écoulèrent entre l'annonce du diagnostic fatal et le décès de son mari. La Mort d'un homme parut en 1957, récit sobre et grave, d'une rare franchise jusqu'à la dernière ligne, d'une troublante noblesse de bout en bout. Essoré de tout épanchement de tristesse, et comme exhaussé par ce choix de la pleine lucidité qui avait été celui de Charles face à sa mort annoncée — il avait récusé l'idée du suicide, fort du « sentiment qu'il devait à sa dignité d'être humain de faire l'essai de la souffrance avant de mourir ».
Nathalie Crom, Télérama - 10 Avril 2017

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Le dernier chômeur

Le dernier chômeur

À quelques semaines du premier tour de l'élection présidentielle, un livre de politique-fiction a quelque chose de rafraîchissant. Pour son entrée dans la carrière romanesque, D. J. F. Audebert raconte l'arrivée au pouvoir d'un nouveau président de la République et sa politique volontariste menée pour éradiquer le chômage.
Sebastien Lapaque, Le Figaro - 6 Avril 2017

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Mac et son contretemps

Mac et son contretemps

Qu'ils s'offrent à lire comme des romans ou comme des récits, toujours les livres insolites et brillants d'Enrique Vila-Matas jouent à entremêler le réel et la fiction, la narration et la ­réflexion sur l'écriture. « Je suis fait de tous les autres écrivains, en conver­sation avec eux » (1,) dit ce lecteur insatiable, virtuose de la métafiction, dont les ouvrages sont truffés d'allusions et de citations, affichées ou dissimulées, fidèles ou pastichées. Le jeu n'est pas gratuit, il est au con­traire spéculatif et grave, il interroge le geste littéraire et son origine, la dynamique des formes, leur potentiel à continuer d'approcher l'indicible de l'expérience humaine et à garder trace. Au coeur de l'espiègle et fantasque Mac et son contretemps, de la méditation de son personnage sur la répétition, « la reprise et le ressouvenir » (Kierkegaard), il est ainsi une mélancolie secrète et très proustienne, qui ne se révèle pleinement qu'aux ultimes pages — au terme de l'odyssée de Mac, où la littérature est mise au défi de conjurer le temps qui passe, de dire « la vie pure gardée à l'état pur ».
Nathalie Crom, Télérama - 27 Mars 2017

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Je me tuerais pour vous: et autres nouvelles inédites

Je me tuerais pour vous: et autres nouvelles inédites

Fitzgerald instille ce mélange d'ironie cruelle, de profonde mélancolie et de vraie âpreté qui est son climat de prédilection. Il nimbe aussi ces histoires d'une in­tangible mais prégnante sensation de précarité, de déséquilibre, sorte de prescience d'un désastre inévitable, qui contribue au caractère secrètement poignant de toutes ses fictions, nouvelles ou ­romans, et les extirpe toujours du réalisme banal. Mais la quintessence de l'art de Fitzgerald se manifeste sans doute dans ces si nombreux fragments de prose qui, tout à coup, semblent échapper à la narration, surgir de la page et se cristalliser, pour imprimer durablement sur la rétine ou l'esprit du lecteur une image, une sensation, une intuition — ainsi du sourire en coin d'une jeune femme, « pareil à une ­petite falaise blanche », des gratte-ciel new-yorkais « étincelant sous le soleil comme de pâles bulles de limonade dans le bleu du ciel », ou encore d'une jeune fille de retour d'un long voyage à l'étranger, et dormant « si profondément qu'on pouvait lire le rêve de ces contrées lointaines sur son front ».
Nathalie Crom, Télérama - 27 Mars 2017

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Le fou du roi

Le fou du roi

Peintre internationalement reconnu et écrivain couronné de nombreux prix, Mahi Binebine vient, selon ses propres termes, d’une famille marocaine totalement « shakespearienne ». Pendant trente-cinq ans, de 1965 à 1999, son père a été le bouffon d’Hassan II. Par « bouffon », il faut entendre homme de culture. Un personnage qui fait rire certes, mais qui est aussi un intellectuel au service du monarque. Vie de cour, grâce et disgrâce, flagorneries et génuflexions : de cet emploi à hauts risques, le père se tire plutôt bien… jusqu’en 1971. « Jusqu’à ce coup d’Etat inratable et pourtant raté. Jusqu’à ce que l’on découvre surtout que mon frère était parmi les mutins ! » Surprise. Epouvante. « Mon père était alors caché avec le roi, tandis que mon frère arpentait le palais les armes à la main… » C’est ce drame familial et ses terribles conséquences que Mahi Binebine raconte ici. Une histoire dont il a mis longtemps à se délivrer. Une histoire qui a presque la profondeur et la portée d’un mythe antique.
Florence Noiville, Le Monde des Livres - 22 Mars 2017

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Réveillon

Réveillon

Pierre Mérot dépeint la vie mouvementée et loufoque des locataires d'un immeuble parisien, par un jour d'hiver. Irrésistible.
Thierry Clermont, Le Figaro - 22 Mars 2017

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Traverser l'hiver

Traverser l'hiver

Quatre femmes sans homme. Ou presque. Elles sont veuves, abandonnées ou délibérément seules. Et courageuses, et obstinées, allant vaillamment leur chemin ou leur désespoir, leur solitude. Les puissantes et éni­gmatiques héroïnes de l’Américaine Melanie Wallace saisissent par leur rigueur, leur volonté de ne jamais s’apitoyer, de taire des souffrances qu’on devinera à peine. Elles sont droites et justes dans la tourmente. Et la romancière très forte de construire ce captivant récit rien que sur des silences, des non-dits, des absences. Que le lecteur traque comme dans un thriller. Car de chapitre en chapitre, un personnage cache l’autre ; et semble prendre toute la lumière pour mieux nous enfermer dans son opaque mystère. Mêmes les dialogues disparaissent parfois dans la prose intense de l’Américaine, jusqu’à faire corps avec la matière, la nature, les sons environnants. La vieillissante Iris, atteinte de parkinson, a ainsi choisi de raser puis de reconstruire le domaine où un mari psychopathe lui a fait subir trop de sévices, dont elle n’a pas voulu laisser trace. Elle a tout pris sur elle, pour elle, choisissant de préserver en l’éloignant leur fille unique, Claire. Au risque de la perdre, d’en faire une jeune femme à jamais seule, elle aussi. L’unique amie d’Iris, Mabel, peine quant à elle à se ­remettre du mortel infarctus d’un compagnon très aimé. Elle survit à son chagrin par son travail – gérer un motel – et son empathique curiosité de l’autre. C’est ce qui l’a fait recueillir cette étrange adolescente transparente et fière que le père de son jeune bébé vient juste de quitter. Qui est June ? On ne le saura jamais vraiment. Meurtris par la guerre ou la crainte de l’autre sexe, les rares hommes qui accompagnent ces femmes mutiques n’en révèlent rien. Le monde de Melanie Wallace est de noire solitude. Mais les paysages sauvages y deviennent sourdement protecteurs et complices. Et ces êtres au cœur pur qui affrontent tant de secrets et de vides intérieurs ont une ampleur, une dignité qui forcent le respect. De la tragédie, on passe alors à une tout humaine rédemption. Splendide.
Fabienne Pascaud, Télérama - 20 Mars 2017

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Les filles au lion

Les filles au lion

Une jeune femme, engagée dans une galerie d'art londonienne, tente de percer le secret d'un tableau troublant. Un roman irrésistible.
Nathalie Crom, Télérama - 20 Mars 2017

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Le roman impossible

Le roman impossible

Magnifiquement ambitieux, Le Roman impossible est un livre sur la création romanesque, ses doutes, ses obsessions, ses inventions et sa vérité. Mais l'interrogation portée par ce texte est aussi politique, quand il relie en filigrane la conquête coloniale, le destin de Malik Oussekine et la période contemporaine, marquée par les attentats terroristes. Ce Roman impossible résonne ainsi fortement dans le chaos actuel que la littérature contribue à interroger.
Michel Abescat, Telerama - 20 Mars 2017

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