Recherche
Plus d'un million de livres référencés

La presse en parle

illustration
La chambre noire d'Edith Tudor-Hart

La chambre noire d'Edith Tudor-Hart

L’histoire de cette photographe formée au Bauhaus, qui fut appelée la « grand-mère » du groupe de cinq jeunes Britanniques de Cambridge devenus agents du KGB, se lit d’un trait. Elle est accompagnée du récit de l’enquête difficile, et parfois décevante, menée par l’auteur, au gré des étapes d’une tragédie qui a pour nom le XXe siècle. Ce XXe siècle, marqué à la fois par l’ascension et la chute des espérances révolutionnaires, mais aussi par celle de la psychanalyse, Edith en vécut à fond les expériences. Mère d’un enfant schizophrène – comme sa propre existence, suggère Peter Jungk – elle fut, un temps, la maîtresse du psychothérapeute Donald Winnicott (1896-1971). Un immense gâchis La fermeture des archives soviétiques, au mitan des années 1990, après une courte période de transparence, laisse dans l’ombre bien des éléments de cette existence, mais le récit du voyage à Moscou qui accompagne la déconvenue de l’auteur n’en est pas moins une pièce savoureuse. Peter Jungk ne cède pourtant jamais au romantisme de l’espionnage, et le spectacle de cette vie, tel qu’il le restitue, laisse plutôt l’impression d’un immense gâchis. Celui d’une femme énergique, indépendante, qui a sacrifié pour un idéal incertain son talent artistique sans jamais recevoir la moindre reconnaissance de ses employeurs.
Nicolas Weill, Le Monde des livres. - 1 Décembre 2016

Voir le livre et les avis »
Les Hautes Montagnes du Portugal

Les Hautes Montagnes du Portugal

Fable enchanteresse où le merveilleux s'invite à chaque page, bouleversante allégorie sur le deuil, la foi, la nature de l'homme et son destin, le nouveau roman de Yann Martel nous convie une fois de plus, après L'Histoire de Pi, à un voyage extraordinaire, aux confins de l'imagination romanesque.
France Inter - 19 Novembre 2016

Voir le livre et les avis »
Mâcher la poussière

Mâcher la poussière

Avec Mâcher la poussière, son quatrième roman, le plus ambitieux, Oscar Coop-Phane passe à la vitesse supérieure. Portrait d’un jeune homme paradoxal.
Livre Hebdo - 18 Novembre 2016

Voir le livre et les avis »
Frankenstein à Bagdad

Frankenstein à Bagdad

Comment rendre compte des guerres endémiques au Proche-Orient ? Ecrire lorsqu’on est pris dans le ­cercle vicieux d’une permanente insécurité ? Ces questions traversent le Frankenstein à Bagdad de l’Irakien Ahmed Saadawi. Achevé en 2005, le roman a été écrit après la chute de Saddam Hussein et la fin de l’occupation américaine. Pour l’Occident, la guerre d’Irak est terminée. Pour les Irakiens, c’est un spectre qui les poursuit. Ce ­fantôme, Saadawi le transforme en créature de Frankenstein, que Hadi, le chiffonnier, a fabriquée avec des lambeaux de chair cousus ensemble. Mais comment discerner le corps d’une victime de celui d’un tueur ? Hadi l’ignore et bientôt, le monstre bagdadi, de justicier censé venger les victimes qui le constituent, devient un meurtrier assassinant indifféremment criminels et innocents. Façon de dire qu’en temps de guerre nul n’est monolithique et que la division est tapie en nous. Car cet être frankensteinien est aussi capable d’humanité, comme le montre sa rencontre avec une vieille Syriaque dont le fils a disparu dans la guerre Iran-Irak, et qui croit soudain le reconnaître sous ces traits hideux… Né en 1973, Ahmed Saadawi est romancier, poète et documentariste. Ce roman lui a valu le prix international du roman arabe en 2014.
Eglal Errera, Le Monde des Livres - 17 Novembre 2016

Voir le livre et les avis »
Jardins d'hiver : Une saison réinventée

Jardins d'hiver : Une saison réinventée

Avec ce Jardins d’hiver, le photographe botanique Cédric Pollet publie le dernier volet d’une trilogie ayant pour thème central les écorces végétales. Visuellement, le livre est une merveille. La blancheur des bouleaux fait ressortir le rouge vif des cornouillers ou l’orangé des platanes. Les paysagistes ont savamment su jouer des formes et des couleurs comme un peintre de sa palette. Et le résultat est là, stupéfiant. Car, naguère encore, l’hiver était la saison du repos, la terre était nue et les arbres ­défoliés. Rares étaient les plantes, arbres ou arbustes dont les tons colorés égayaient la monochromie des gris sombres. A l’exception notable du vert des conifères, du houx aux baies rouges et de la bruyère aux teintes changeantes. Des deux ­côtés de la Manche, les exemples ne manquent pas, tels le ­Vasterival en Seine-Maritime, Harlow Carr, propriété de la Royal Horticultural Society, non loin de Leeds, ou le jardin botanique de l’université de Cambridge, dont les espèces hivernales, plantées à l’origine à des fins académiques, constituent aujourd’hui un authentique spectacle. La liste des jardins ouverts à la visite est mentionnée en fin de volume.
Lucien Jedwab, Le Monde des Livres - 17 Novembre 2016

Voir le livre et les avis »
Qui veut la peau de Barack et Angela ?

Qui veut la peau de Barack et Angela ?

Que faire en vacances dans le Cotentin, quand on est une ­pestouille de 9 ans et qu’on s’ennuie fermement ? Tout simplement mener l’enquête, surtout quand on croit avoir assisté à un meurtre dans la ferme d’à côté. Entre solution nutritive pour tomates industrielles et brebis galeuses (mais nommées Barack et Angela), Léa, la narratrice, trace sa route insolente et pertinente contre la pureté de la race et l’identité malheureuse (des moutons). « Meuh », fait-elle pour « entrer en communication » avec une vache, « mais elle continue de ruminer, l’œil ahuri. Pas sûr qu’elle capte du réseau ». Avec une intelligence vive et un humour très second degré, Guillaume Nail signe un premier roman pour enfants de « bobos » pas bégueules, où les ­parents s’amuseront des allusions à Godard, ­X-Files ou Xavier Dolan, sur fond de philosophie implacable : « La campagne, des fois c’est bien et des fois c’est pas bien. »
Eric Loret, Le Monde des Livres - 17 Novembre 2016

Voir le livre et les avis »
Dessins Séquences: Série du «New Yorker»

Dessins Séquences: Série du «New Yorker»

Institution journalistique faisant la part belle à ­l’illus­tration, le New Yorker a pris l’habitude de confier à un seul ­dessinateur la réalisation des cabochons d’un même numéro. Casées au milieu de colonnes dont elles ne dépassent pas la ­largeur, ces petites vignettes souvent assimilées à des bouche-trous peuvent parfaitement s’offrir à la narration, comme le démontre brillamment le graphiste américain Richard McGuire à travers cette sélection de séquences en noir et blanc publiées dans l’hebdomadaire ces dernières années. Quand il ne traite pas certains thèmes en mode taxinomique – les chapeaux, les cages à oiseaux, les glaces, les insectes… –, le lauréat du Prix du meilleur album 2015 au Festival d’Angoulême (Ici, Gallimard) parvient à raconter de véritables histoires : les péripéties d’une salière et d’une poivrière, la rencontre improbable entre un flamant rose et un parapluie, une scène d’amour impossible dans un ascenseur, ­la vie et la mort d’un arbre… L’exercice n’est simple qu’en ­apparence. A la contrainte du format s’ajoutent celles de ­l’absence de parole et de la distance entre deux images, ­que plusieurs pages de journal pouvaient séparer. Rassemblée dans un recueil de la taille d’un missel, cette petite signalétique animée fait triompher le concept de minimalisme en bande dessinée.
Frédéric Potet, Le Monde des livres - 17 Novembre 2016

Voir le livre et les avis »
Du vent

Du vent

Du vent, la littérature ? Indéniablement, le vent souffle dans toute page vivante, lui qui dissémine le pollen et disperse les cendres. Le voici moteur de ce roman de Xavier Hanotte, dont le héros est l’auteur, manipulable à loisir, de deux des trois récits ici enchâssés. Le premier ouvre le livre sur une scène de bondage rondement menée : à peine ­arrivée dans un hôtel anonyme, la lieutenant Bénédicte Gardier se fait saucissonner par une espionne décidée à usurper son identité. L’affaire se corse lorsque le héros entre en ­affaires avec Gérard Butte et Vincent Blaise, fondateurs de la maison d’édition B & B, autant dire Blaise & Butte, à l’arrière-goût luciférien. On s’étonne donc à peine que la lieutenant Gardier soit bientôt mise en présence de l’auteur qui a fantasmé ses aventures, capable de lire en elle « comme dans un livre ouvert », évidemment. Toujours habile, le vent retombe parfois en facéties convenables. L’exercice n’en reste pas moins mené à la diable : cartes sur table, à la façon d’une réussite.
Bertrand Leclair, Le Monde des livres - 17 Novembre 2016

Voir le livre et les avis »
Atlas de botanique poétique

Atlas de botanique poétique

Botaniste de renom, biologiste, ancien professeur à ­l’université de Montpellier, toujours entre deux missions scientifiques, Francis Hallé est aussi, à sa façon, un poète : ­la tête dans la cime des grands arbres et les pieds sur terre. ­Infatigable explorateur des forêts tropicales humides, il a pu ­observer, tout au long de ses nombreuses expéditions, la vie des végétaux dans leur immense diversité. La partie supérieure de ces forêts, la canopée, abrite en effet une part considérable de la flore et de la faune terrestres. Avec d’autres ­chercheurs, entomologistes ou herpétologistes, Francis Hallé a étudié ce milieu grâce à son ingénieux Radeau des cimes, une gigantesque nacelle déposée par un dirigeable, silencieux et écologique. Dans ce bel opus, le dendrologue livre le résultat d’observations étonnantes ou amusantes, accompagnées de dessins extrêmement ­détaillés, d’une incroyable poésie. De la « beauté envahissante » de la jacinthe d’eau au « figuier étrangleur », en passant par la « plante qui danse » ou l’« arbre-fontaine », Francis Hallé nous conduit de surprise en découverte, à des années-lumière d’un improbable « enfer vert ».
Lucien Jedwab, Le Monde des Livres - 17 Novembre 2016

Voir le livre et les avis »
Un garçon nommé Noël

Un garçon nommé Noël

Noël a fait couler tant d’encre qu’on se demande comment ­celle-ci ne s’est pas tarie. Il reste pourtant de belles histoires à conter. Celle de Nicolas par exemple, qui vit dans une cabane sordide, seul avec son père depuis la mort de sa maman. ­Comment ce garçonnet chétif va-t-il devenir le mythique Père Noël ? Le tour de force de Matt Haig, auteur et journaliste ­britannique connu notamment pour son drolatique roman pour jeunes adultes Humains (Actes Sud, 2014), est de camper un personnage fragile qui affronte des adultes cupides, se détache des figures parentales déchues pour mieux se trouver, et croit si fort à la magie que rien n’est impossible. L’itinéraire de Nicolas est chaotique mais déborde de tendresse. On y croise des fées faisant exploser les têtes, des lutins ayant interdiction de danser et des êtres qui cultivent une peur tenace vis-à-vis des étrangers censés apporter le malheur. Tout à fait d’actualité.
Marie Pavlenko, Le Monde des Livres - 17 Novembre 2016

Voir le livre et les avis »
Dernière communication à la société proustienne de Barcelone

Dernière communication à la société proustienne de Barcelone

« L’Orient est une putain aveugle que besognent des pendus. » Bréviaire des thèmes et obsessions de Mathias Enard (chroniqueur au « Monde des Livres »), ce recueil de vers en trois parties rassemble vingt ans ­d’impressions qui, « de Beyrouth à Sarajevo, de la Russie au Tadjikistan et à l’Espagne », suivent les romans de l’auteur, en dessinent comme la doublure onirique, entre stupeur belliqueuse et humanisme souriant : « Nous mangions des esquimaux/En regardant des soldats bouger de lourds mortiers. » Le récipiendaire du prix Goncourt 2015 compose aussi bien en français qu’en espagnol ou en catalan, en vers libres et rimés avec la santé qu’on lui connaît, pour « faire concurrence à la mort », y ­compris à celle de Proust, comme le titre l’indique, ou d’Apollinaire : ­ « A la fin cou coupé/Le soleil finira par entrer dans la chambre/On ouvrira les rideaux que ­vous avez si bien fermés. »
Eric Loret, Le Monde des Livres - 17 Novembre 2016

Voir le livre et les avis »
Les nouvelles métropoles du désir

Les nouvelles métropoles du désir

C’est une ville qui n’a pas de nom. Mais c’est incontestablement une ville. On pourrait même dire que tout le texte d’Eric Chauvier consiste à nous dire ce qu’est « la » ville. Un peu comme Baudelaire ou Georg Simmel (1858-1918) avaient tenté de saisir l’essence de sa modernité, l’auteur la capte dans sa post-modernité. Et cette post-modernité dit d’abord la chasse gardée, le rejet voire l’acculement de certaines populations dans « les limbes » – ces limbes qui « relient plus sûrement les individus que n’importe quelle vie apparemment positive ». De lien, en effet, il est question. De celui qui se crée, par une sorte de pressentiment, de solidarité fulgurante, entre le narrateur banlieusard et « trois furies » venues des « zones blanches et dures », qui déversent arbitrairement leur haine sur un hipster de passage. Dans ce texte littéraire maîtrisé, qui rend avec talent les jeux d’ambiance et de signes saturant les centres urbains, Eric Chauvier, anthropologue de l’ordinaire et auteur d’une récente observation sur La Rocade bordelaise, souligne la perversité avec laquelle les villes organisent la « libre » circulation – toute surveillée – de ceux qui viennent de la périphérie. Elles les prisent autant qu’elles les méprisent, puisque, sans leur puissante sauvagerie, plus moyen de « s’encanailler », de « “s’enracailler” pour renouer avec une vie vraie ».
Julie Clarini, Le Monde des Livres - 17 Novembre 2016

Voir le livre et les avis »
Nirvanah

Nirvanah

Nirvanah : disparition du désir, ­délivrance intellectuelle et affective. C’est le mot que choisit Yvonne Baby – créatrice du service culture du Monde, qu’elle dirigea de 1971 à 1985 – pour prénommer la jeune héroïne ­lycéenne de son roman, l’autre étant « Clémence », sa grand-mère, écrivaine érudite. « La communication n’a plus d’âge et devient évidente, une communauté se crée et se rebelle contre les habitudes » entre la plus jeune et son aînée, chacune se nourrissant du savoir ou de l’expérience de l’autre. Un livre d’une douceur extrême, porté par la musique (les quatuors de Beethoven, entre autres) et la littérature – de Tolstoï à René Char en passant par Robert Walser –, qui voit Nirvanah grandir et Clémence mener à bien un travail d’écriture mémorielle, en même temps qu’elle développe un rapport nouveau à son ­présent de vieille dame : « Clémence songe à errer, plutôt à rôder en quête d’une traversée, qui découvrirait autrement le relief des objets, les pays, les saisons, les âges. »
Eric Loret, Le Monde des Livres - 17 Novembre 2016

Voir le livre et les avis »
Le zen dans l'art de l'écriture

Le zen dans l'art de l'écriture

Depuis l’année de ses 12 ans, où il reçut à Noël une machine à écrire, Ray Bradbury a couché sur le papier au moins un millier de mots par jour. Deux jours sans s’atteler à la tâche, le voilà pris de tremblements. Un jour de plus et la folie le guette, confie-t-il dans Le Zen dans l’art de l’écriture, un recueil de textes, jusque-là inédits, rédigés à diverses époques de sa vie. Il s’y livre et y délivre quelques secrets utiles aux jeunes romanciers : par exemple, lire de la poésie (« elle fait travailler des muscles dont on ne se sert pas suffisamment », « développe les sens ») et taper à toute vitesse sur le clavier. « Moins vous réfléchissez, plus vous écrivez, et plus vous êtes honnête. Avec l’hésitation apparaît la pensée. Et avec elle, la préoccupation du style, là où saisir la vérité au vol est le seul style qui vaille de risquer la mort ou de partir à la chasse au tigre. » Lui-même a souvent procédé par association d’idées, reliant les points entre des listes de mots surgis de son subconscient, son « autre moi ». Une corne d’abondance ? Plutôt une bosse pour traverser des déserts. « Le premier film que je vis fut Le Bossu de Notre-Dame, avec Lon Chaney. Ce jour bien lointain de 1923, je fus pris d’une gibbosité qui ne me quitta pas – au dos et à l’imagination. Depuis je sais reconnaître, lorsque j’en croise, merveilleusement grotesques, les membres de cette confrérie des ténèbres. »
Macha Séry, Le Monde des livres - 17 Novembre 2016

Voir le livre et les avis »
La silicolonisation du monde

La silicolonisation du monde

Dans son nouvel essai, cet écrivain et philosophe, critique informé du monde digital, montre combien l’accompagnement permanent de nos existences par les algorithmes n’a rien d’un paradis. Plutôt un enfer masqué. Bien entendu, au premier regard, le guidage perpétuel de nos itinéraires, de nos achats, de nos comportements a l’air de faciliter la vie. En fait, il tend à l’éliminer en la contrôlant de bout en bout et en la déshumanisant de part en part. [...] A contre-courant des convictions dominantes, Eric Sadin ne se fera pas que des amis. Il se pourrait que sa critique passe pour archaïque, qu’elle suscite contresens ou malentendus. Pourtant, si son travail contribue à sauvegarder la vieille vie imparfaite, limitée, incertaine, la seule qui soit humaine, alors un jour, peut-être, des survivants lui diront-ils merci.
Roger-Pol Droit, Le Monde des Livres - 17 Novembre 2016

Voir le livre et les avis »
La petite gamberge

La petite gamberge

La Petite Gamberge, qui se donne pour un livre d’hommes et de nuit, d’alcool et de zincs, de déambulations dans une ville qui était Paname avant d’être Paris, est d’abord le royaume du verbe. S’y entendent le parler de la rue, l’argot des petits malfrats, la jactance altière des comptoirs que ­Robert Giraud pratique en autochtone et qu’il écrit avec l’oreille absolue, dans une langue orale qui incorpore images, rythmes, silences. Cette justesse magnifique à rebours du cliché sentimental d’un Paris canaille, à rebours de la complaisance facile que suscitent les rades tièdes où la misère coudoie la solitude, fait la beauté du livre : contre le pittoresque, Giraud écrit pour rallier la verve, les corps, les mouvements et les gestes, le destin qui s’emballe comme un train dans la nuit. Ses phrases taillent dans la noirceur humaine, progressent dans le sombre, le doute ronge l’amitié, le soupçon pousse au crime, l’alcool piège, les rêves s’échappent, la police rôde, la barbe grise d’un vieillard vengeur flotte à la surface du fleuve. Et si La Bonne Treille est bien éclairée dans la nuit, l’argot y demeure ce que Victor Hugo dans Les Misérables nomme « la langue des ténébreux ».
Maylis de Kerangal, Le Monde des Livres - 17 Novembre 2016

Voir le livre et les avis »
Récit d'un Avocat

Récit d'un Avocat

Il y a du Meursault, le personnage central de L’Etranger, d’Albert Camus, chez le narrateur sans nom de Récit d’un avocat, d’Antoine Brea. Même impuissance à décider de son destin. Même recours au monologue intérieur dépourvu d’affection. Même sentiment d’être « étranger » au monde qui l’entoure. La comparaison s’arrête là cependant, le concept d’absurde cher à Camus n’étant nullement traité par l’auteur. Son mini-roman offre en revanche une plongée dans les eaux glacées du grand désenchantement contemporain. Cent pages en format poche d’une écriture taillée à l’os, d’où exsude un malaise persistant.
Frédéric Potet, Le Monde des livres - 17 Novembre 2016

Voir le livre et les avis »
Le nouveau siècle politique

Le nouveau siècle politique

Alain Touraine en est ­convaincu, l’élection présidentielle française de 2017 n’opposera pas la droite et la gauche, mais bel et bien le passé et l’avenir. Du côté du passé : le libéralisme économique le plus féroce, d’une part, et la défense de droits spécifiques comme ceux liés au travail, d’autre part. Du côté de l’avenir : la revendication radicale d’un droit fondamental, le « droit à avoir des droits », comme dit Touraine et, citant Hannah Arendt, la ­dignité humaine. Face à un pouvoir économique et politique de plus en plus « total », il s’agit dorénavant pour les individus de s’engager dans des mouvements nouveaux, éthiques autant que politiques, comme le furent les grandes manifestations consécutives aux attentats de l’année 2015. Alain Touraine dessine dans ce livre la route longue et sinueuse que devra prendre le nouveau « sujet-citoyen » dans le siècle qui s’ouvre. Celui-ci arrivera peut-être « un jour », comme il l’écrit, à se choisir un président qui « saura unir les exigences de la production avec les justes revendications populaires dans une version accueillante et moderne du progrès, qui saura au mieux impulser le développement de l’économie nationale, valoriser les idées des classes moyennes et prendre en charge la défense des catégories les moins favorisées ». En attendant ce jour, Alain ­Touraine s’empare ici de sujets ­attendus sous sa plume, tels que la démocratisation de l’école ou la laïcité, et d’autres plus étonnants, sur lesquels ses prises de position ne manqueront pas de susciter le débat, comme le djihadisme, cet « anti-mouvement social », l’écologie ou la place des femmes dans la société.
Gilles Bastin, Le Monde des Livres - 16 Novembre 2016

Voir le livre et les avis »
I love Dick

I love Dick

Roman-performance, autofiction aussi ludique que sérieuse, I Love Dick est l’histoire un peu folle d’une passion déraisonnable et salutaire, analysée au microscope et relatée avec force. Pour Chris, aimer Dick et lui écrire, même si cet amour n’est pas réciproque, est l’occasion de se pencher sur ses propres attentes, et de s’autoriser à exprimer sa vulnérabilité. « Et, parfois, j’ai honte de tout cet épisode, écrit-elle, de ce dont ça doit avoir l’air pour toi ou pour toute personne extérieure. Mais (…) je ne suis plus guidée par les voix des autres. ­Désormais, c’est le monde selon moi. » Et avec nous.
Florence Bouchy, Le Monde des Livres - 16 Novembre 2016

Voir le livre et les avis »
Sommes-nous trop bêtes pour comprendre l'intelligence des animaux ?

Sommes-nous trop bêtes pour comprendre l'intelligence des animaux ?

Frans de Waal, ne manque pas d'humour. Surtout, il prend un plaisir manifeste à relater des dizaines d'expériences menées depuis des lustres dans des labos du monde entier, truffant son récit érudit d'anecdotes savoureuses et de confidences personnelles. Il tape du poing sur la table, aussi, à l'image du coup de gueule qui conclut le livre : « Cessons de faire de l'homme la mesure de toute chose ! Evaluons les autres espèces par ce qu'elles sont, elles ! »
Marc Belpois, Telerama - 14 Novembre 2016

Voir le livre et les avis »
Derniers feux sur sunset

Derniers feux sur sunset

Tout est romanesque dans la vie du romancier. Et notamment ce dernier acte qui, de 1937 à 1940, court jusqu'à l'épuisement et l'infarctus fatal à 44 ans. En exergue à son roman, Stewart O'Nan reprend la fameuse phrase de l'auteur de Gatsby, « Il n'y a pas de deuxième acte dans les vies américaines », pour peindre avec une grande délicatesse un homme qui s'acharne à prouver le contraire. Fitzgerald court après la flamme de tous ceux qu'il a su incarner avec faste, le poète et le mondain, l'amoureux fou et le noceur. O' Nan fait son miel du décor hollywoodien, de la rude ambiance des studios et du bâtiment des auteurs (rebaptisé « poumon d'acier ») où s'agitent des figures acerbes, Dorothy Parker, Huxley, Bogart et Garbo. Il parvient surtout à isoler, d'un trait neutre sur ce fond éclatant, l'ombre de celui qui s'efface, lié à jamais au passé qui se défait, se déforme et le hante (magnifiques pages sur Zelda internée). Il dresse le portrait d'un écrivain. Un homme au travail qui s'acharne, dans la discipline, la douleur et la sueur, à traquer ce qu'il y a de grand en lui. Parce que c'est le seul salut : écrire.
Laurent Rigoulet, Teleram - 14 Novembre 2016

Voir le livre et les avis »
De terre et de mer

De terre et de mer

L'élégance un peu surannée des mots, les échos romantiques des situations, la vibration à fleur de peau du moindre sentiment, la retenue dans la mise en scène des passions, la forme ramassée de ce court récit composé avec une précision de miniaturiste lui donnent une singulière puissance, l'ensemble se déployant dans l'esprit du lecteur, invité à prolonger le texte, à en combler les vides et les hors-champs. Le jeune homme est peintre, elle écrit de la poésie. La beauté les occupe tous deux. Elle envoûte le lecteur jusqu'à la fin déchirante, quand soudain le temps suspendu se heurte au fracas de l'Histoire, la culture et les arts à la barbarie de la guerre qui s'annonce. Le livre prend alors toute sa dimension, celle de la tragédie. Cent cinquante pages d'une rare intensité auront suffi à l'incarner magnifiquement.
Michel Abescat, Telerama - 14 Novembre 2016

Voir le livre et les avis »
Aquarium

Aquarium

Tout en s'éloignant des îles et des lacs d'Alaska qui servaient d'étouffants décors à Sukkwan Island (prix Médicis étranger 2010) ou Désolations, David Vann continue d'écrire des tragédies dans lesquelles une poignée de personnages d'une même famille se mentent, se déchire, en prenant les enfants à témoin. Cette fois, pourtant, le romancier tient à distance ses souvenirs et laisse poindre une lueur, l'espoir d'un pardon. Mais la fiction n'en demeure pas moins crépusculaire, comme la lumière bleutée de cet aquarium où tournent jour et nuit les espèces rares. Parallèlement, l'écriture de l'auteur s'est transformée, allégée par le désir de rédemption, l'envie de ne plus faire payer au cadet la violence du père ou de la mère. Sa prose respire au rythme de ce lieu poétique, illuminé de l'intérieur et apaisant comme un ventre maternel. Dans cette fable d'une beauté obsédante, David Vann accorde pour la première fois à son héroïne le droit à la légèreté.
Christine Ferniot, Télérama. - 14 Novembre 2016

Voir le livre et les avis »
33 révolutions

33 révolutions

Né à La Havane en 1974 et décédé l'an dernier, Canek Sánchez Guevara était le petit-fils du Che. Artiste libertaire, il a écrit 33 révolutions, son unique roman, comme trente-trois photographies ou trente-trois pages de journal : de petits textes sur la vie quotidienne, l'apathie d'un peuple qui n'a plus d'espoir. Cuba est comme « un disque rayé », on y entend toujours les mêmes paroles officielles et les mêmes silences. Tout s'effondre, les murs des maisons comme les idées politiques. Le narrateur travaille dans un ministère, où règne l'ennui, ses seules occupations consistant à faire des photocopies, à tamponner des circulaires, à attendre l'heure du déjeuner puis celle du départ. Quant à sa vie personnelle, elle se réduit à boire du rhum frelaté, à flâner sur le Malecón pour regarder la mer, aussi infranchissable qu'un mur de barbelés, et à rencontrer la Russe qui habite au neuvième étage de son immeuble, une femme dont même le corps est « plein de réalisme socialiste ». Le narrateur le sait : « Il n'y a rien de positif à attendre d'aujourd'hui. Dans les jours pareils, la vie lui semble [...] un traité de l'inutile et du superflu, et il marche lentement, les yeux rivés au sol, avec l'envie de tomber dans le caniveau et de mourir écrasé par l'habitude. » Dans 33 révolutions, on entend les télévisions qui diffusent les telenovelas et l'on sent l'humidité poisseuse de La Havane. Quant à la politique, elle est morte depuis longtemps, et ne survit que dans le disque rayé d'une lointaine et historique révolution cubaine.
Gilles Heuré, Telerama - 14 Novembre 2016

Voir le livre et les avis »
Le Canard Enchaîné, 100 ans

Le Canard Enchaîné, 100 ans

Plusieurs idées fortes se dégagent de cette somme. D’abord, que Le Canard a donné des coups de bec sans distinction sur tout ce qui incarne une autorité, qu’elle soit politique, religieuse, morale, intellectuelle… Ensuite, qu’un certain esprit « de corps » ou « d’équipe » – on ne sait comment le qualifier tant les militaires et les sportifs ont été épinglés par le journal – lui a permis de traverser les désaccords inhérents à toute rédaction. Enfin, que le succès actuel du titre – plus de 400 000 exemplaires vendus chaque semaine – ne serait rien sans son indépendance, incarnée par ses révélations opiniâtres d’affaires politiques et financières.
Frédéric Potet, Le Monde des livres - 10 Novembre 2016

Voir le livre et les avis »
Les dévots du bouddhisme

Les dévots du bouddhisme

Sans jamais se moquer, ni sombrer dans une empathie mielleuse, Marion Dapsance nous offre une ethnographie saupoudrée d’un salvateur éclat de légèreté, sur un sujet qui en est pour le moins dépourvu. Son livre, étoffé par un savoir tibétologique, échappe à la facilité de la caricature, de l’amalgame et de la généralisation, à l’image de ses dernières lignes : « Cela n’a rien à voir avec la pratique tibétaine du bouddhisme ; il s’agit plutôt d’un effet pervers de la transformation d’une religion hiérarchisée, dé­votionnelle et ritualiste en ersatz de psychothérapie pour Occidentaux fatigués et spirituellement démunis. » Le lecteur, lui, n’a pas attendu d’arriver à la fin de l’ouvrage pour le comprendre.
Anne Both, Le Monde des Livres - 9 Novembre 2016

Voir le livre et les avis »
Romans, récits et nouvelles I, II

Romans, récits et nouvelles I, II

Il écrivait d'une seule traite sur la violence et la misère qui avilissent. Une anthologie superbement traduite.
Gilles Heuré, Telerama - 9 Novembre 2016

Voir le livre et les avis »
M pour Mabel

M pour Mabel

On découvre choses et choses, à la lecture du très mystérieux et fascinant troisième roman de l'Anglaise Helen Macdonald. Non seulement sur les rapaces, la patience, le dressage ; mais aussi sur soi, le deuil des êtres aimés et le deuil d'être aimé. [...] Tissé d'actions spectaculaires comme d'énigmes métaphysiques, d'aventures sportives en forêt comme de références historiques, philosophiques, le curieux ouvrage flirte avec la sauvagerie, l'animalité comme avec la descente aux enfers de soi, de la ­dépression, de la perte, de l'absence et du chagrin. [...] Evitant tous les pièges qui pourraient rapprocher la passion de la nature, du paysage, des traditions ancestrales de quelconques dangereux conservatismes politiques et sociaux, Helen Macdonald réussit un poignant récit-essai ­picaresque et mystique à la fois. On y apprend que l'on aime peut-être la ­nature dans l'espoir, fou, un jour, de s'aimer soi-même.
Fabienne Pascaud, Télérama - 7 Novembre 2016

Voir le livre et les avis »
Le garçon qui n'existait pas

Le garçon qui n'existait pas

1918. Dans un Reykjavík sépulcral, Máni, éphèbe homosexuel hypersensible, tente de se faire une place. Un livre à la langue âpre, magnétique.
Marine Landrot, Télérama - 7 Novembre 2016

Voir le livre et les avis »
L'inclinaison

L'inclinaison

De plus en plus, les romans de Priest deviennent des quêtes personnelles. Parti à la recherche de lui-même, Alesandro Sussken reviendra avec un regard neuf sur ce qui l'entoure et pourra devenir acteur du monde dans lequel il vit. L'univers de Priest fascine parce qu'il mélange la précision et le flou. Si chaque île est décrite de façon minutieuse, il y flotte aussi quelque chose de mouvant, d'impalpable. Le romancier ne cède jamais à la facilité de l'explication scientifique, préférant laisser au lecteur le soin de mettre lui-même le point final à ses histoires. Ainsi, il réussit un roman fluide et envoûtant sur la création et l'inspiration.
Hubert Prolongeau, Télérama - 7 Novembre 2016

Voir le livre et les avis »