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Extrait

La vie intellectuelle en France : Volume 2, de 1914 à nos jours

Auteur : Collectif
Editeur : Seuil

Bourbaki [nom collectif d’un groupe de mathématiciens], dont l’activité a connu un sommet dans les années 1950-1970 et qui fait maintenant partie de l’histoire, a-t-il contribué à la circulation des idées en France ? On sait que certains de ses membres (Laurent Schwartz, Henri Cartan, fils d’Elie, et Jean ­Dieudonné, principalement) furent dans les années 1970 à l’origine de la réforme dite des “maths modernes” dans l’enseignement primaire, réforme mal préparée qui n’a pas “pris”, contestée à la fois par les parents, les instituteurs et ­l’establishment universitaire.

On connaît moins l’impact que l’idée de structures abstraites, simples – qu’il est tentant de considérer comme étant celles de l’esprit humain (Jean Piaget ira jusque-là) – a pu avoir en littérature. Trois auteurs témoignent de cet engouement : Jean Queneau (…) ; Roger Caillois (voir Méduse et Cie, entre autres) et François Le Lionnais, auteur et organisateur d’un livre exceptionnel au sens propre du mot : Les Grands Courants de la pensée mathématique. Conçu en 1942, dans la clandestinité en zone sud, paru en 1948 aux Cahiers du Sud, ce recueil de cinquante contributions rassemble, outre celles de plusieurs membres de Bourbaki, des articles signés des “grands noms de l’analyse à la française” (Borel, Bouligand, Valiron), un texte de Louis de Broglie, un autre de Le Corbusier, etc. Le Lionnais est également le fondateur, avec Queneau, de l’Oulipo (Ouvroir de littérature potentielle), auquel ont contribué des auteurs comme Jacques Roubaud, Georges Perec et Italo Calvino, entre autres amateurs éclairés (et parfois professionnels) de la pensée mathématique.