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Extrait

L'Amour de Madeleine

Auteur : Rainer Maria Rilke
Editeur : Arfuyen

Extrait de l'avant-propos

Après la publication des Anfzeichnungen des Malte Laurids Brigge (1910), Rilke, affaibli et désorienté, accompagne des amis en Afrique du Nord et séjourne ensuite en Égypte. Lors de son retour à Paris, le fiacre est arrêté longuement rue du Bac dans un embarras de voitures. Devant une boutique d'objets religieux, dans le champ de son regard, une plaquette : un sermon français anonyme sur L'Amour de Madeleine. Rilke, pressé de continuer son trajet, ne l'achète pas sur le moment, mais retrouve l'opuscule quelques jours plus tard dans une autre librairie et en fait l'acquisition. Au moment de déjeuner, il s'aperçoit qu'il l'a perdu. Le même jour, il en achète un nouvel exemplaire, qu'il égare une seconde fois...

Nous sommes en 1911. Rilke loge alors au 77, rue de Varenne, où gîtent aussi plusieurs artistes ; il y attirera Rodin... Le lendemain, il retourne à la petite librairie et décide cette fois, à toutes fins utiles, d'acquérir plusieurs exemplaires de l'ouvrage. Mais il lui faudra encore attendre le départ d'un visiteur pour pouvoir enfin, vers minuit, prendre connaissance du texte tant convoité. Frappé par la beauté de cette oeuvre et intrigué tout autant par les circonstances de sa découverte, Rilke se met à le traduire avec dévotion et passionnément. Car voici un des temps où, pour sortir du désarroi, il se donne pour tâche la traduction.

Le 10 mai, il confie à la princesse de la Tour et Taxis : «Travailler : pour m'y entraîner, lentement et jour après jour, j'ai traduit Le Centaure de Maurice de Guérin : beau, beau, beau. Dans quelques jours je vais vous en envoyer une copie, et aussi un sermon remarquable, lumineux, d'une véritable actualité spirituelle : L'Amour de Madeleine que l'on a découvert à Saint-Pétersbourg dans un manuscrit et que l'on pourrait attribuer à Bossuet.» Puis le 16 juin, à Rudolf Kassner : «J'exalte mon coeur par des traductions : d'abord Le Centaure, de M. de Guérin, ensuite le merveilleux sermon dont le manuscrit a été trouvé à Saint-Pétersbourg, et que je vous envoie en même temps : il vous réjouira.»

Le 4 octobre, il mande à son éditeur Kippenberg qu'il a marqué au crayon rouge sur les épreuves tout ce qui au regard peut montrer à quel point le sermon sur Madeleine est devenu sa chose. La disposition des lignes, l'écartement des interlignes doivent figurer la projection même du discours à prononcer à haute voix. «Si donc vous n'y voyez pas d'objections, nous employons cette typographie de cette façon-là.»

Lors de son dernier séjour à Paris, de janvier à août 1925, Rilke eut la belle occasion de réviser, avec Maurice Betz, les pages des Cahiers de Malte Laurids Brigge.

Vers la fin du livre une scène est évoquée qui se passe à Venise dans un salon cosmopolite où une jeune fille va se décider à chanter. Arrivé à ce-moment le poète ne traduisit pas la chanson, mais, en demeurant très fidèle au mouvement et au sens du chant, il nous donna sans doute le plus pur de ses poèmes en langue française : il recueillait dans ces quelques vers le fruit de ses constantes méditations sur l'amour. Constantes, puisqu'elles vont des Lettres à un jeune poète aux Élégies de Duino en passant par les évocations des «grandes amoureuses» qui ponctuent la fin des Cahiers de Malte Laurids Brigge.