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Mémoires de porc-épic
Alain Mabanckou
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      Interview


    Alain Mabanckou

    2008-03-23

    Alain Mabanckou
    Alain Mabanckou, né au Congo, professeur de littérature à l'université de Los Angeles est l'auteur de nombreux ouvrages poétiques et romanesques. Après avoir obtenu le prix Renaudot 2006 pour son roman « Mémoires d'un porc épic », il nous livre « Lettre à Jimmy », hommage profond et troublant à James Baldwin. Bien au-delà du profond respect qu'il évoque pour l'écrivain et l'homme, Alain Mabanckou propose une réflexion profonde sur l'engagement en littérature, la place des noirs Africains aux Etats-unis.....La redécouverte d'un écrivain et de son talent littéraire mais surtout la découverte d'un homme et de ses engagements.

    Rue des livres - Vous rendez « hommage » à James Baldwin au travers de votre essai « lettre à Jimmy », comment est née cette admiration et à quelle occasion avez vous découvert l'homme et son oeuvre ?

    Alain Mabanckou - J'ai découvert James Baldwin avec la lecture de "La prochaine fois, le feu" à une époque ou je m'intéressais de plus en plus à la question de l'identité des afro-américains - dans le but aussi de comprendre le lien qui m'unissait, moi Africain, à ceux-la qu'on avait toujours appelé "nos frères d'Amérique ou de la Diaspora". J'ai alors découvert un livre extraordinaire, une conception du monde très lucide et un sens de la tolérance immense. J'ai alors entamé la lecture des romans de cet auteur, et le désir de lui parler a fait naître mon livre, Lettre à Jimmy, écrit en trois ans entre les Etats-Unis et la France.


    Rue des livres - Vous choisissez un style d'écriture particulier , puisque vous rédigez votre essai sous forme d'une lettre que vous lui adressez. Est- ce une manière pour vous d'amener le lecteur dans une réelle intimité? Pourquoi avoir fait ce choix d'écriture ?

    Alain Mabanckou - La correspondance installe l'intimité, la complicité, et Baldwin était un écrivain de la complicité. On le lit toujours avec une affection infinie. Et puis le ton de la correspondance me semblait le moyen le plus adéquat de rendre plus clair ce que j'ai retenu des lectures de cet écrivain. C'est un livre de transmission, d'approche, de main tendue vers Baldwin.


    Rue des livres - Vous abordez , au cours de cet essai, les relations entre les noirs africains et les noirs américains, pouvez-vous nous en dire plus sur votre expérience personnelle et votre réflexion actuelle ?

    Alain Mabanckou - Il y a des zones d'ombre dans les relations entre Africains et Noirs-américains. Parce tout simplement les deux "peuples" n'ont pas vécu l'Histoire de la même manière. Les uns viennent d'un continent, la terre-mère ; les autres y ont été déracines pour un long voyage vers d'autres cieux ou ils ont subi l'esclavage, la ségrégation raciale et d'autres tragédies de l'Histoire. De ce fait le discours n'est plus le même, et Baldwin rappelait qu'il fallait parfois mettre un dictionnaire sur la table pour que l'Africain et le Noir américain se comprennent. J'ai une expérience sur trois continents : je suis né en Afrique et j'y grandi jusqu'à 21 ans, j'ai vécu ensuite en France puis aujourd'hui au Etats-Unis. Des lors la condition du peuple noir me semble très éclatée entre les Noirs de France qui luttent pour une reconnaissance de leurs droits et les Noirs Américains qui réclament désormais une place de choix dans les affaires - l'exemple de Barack Obama vient encore poser la question - mais aussi le désespoir des Africains qui souffrent des exactions de la dictature, celle orchestrée par des Africains contre les Africains. Je crois qu'il y a beaucoup à écrire la-dessus.


    Rue des livres - D'autre part, l'antisémitisme des noirs est aussi un sujet que vous mettez en exergue. Comment vos réflexions ont-elles été reçues ?

    Alain Mabanckou - Je n'ai fait que partir d'un article de Baldwin sur la question, puis j'ai pris pour exemple l'antisémitisme qui croit en France avec aussi des idéologues - parfois des intellectuels français - qui ajoutent de la peur dans ce débat. En somme l'antisémitisme doit être combattu avec une farouche détermination. Lorsqu'il vient des Noirs, il faut chercher à "déconstruire" cette haine tout en évitant d'installer une concurrence des victimes de l'Histoire comme je le constate aujourd'hui en France.


    Rue des livres - Votre « lettre à Jimmy » aborde beaucoup de sujets profonds, ne pensez-vous pas qu'ils nécessiteraient à eux seuls un ouvrage et pensez-vous que vous y consacrerez des livres à part entière ?

    Alain Mabanckou - C'est cela le but d'un livre : ouvrir des portes, nourrir les questionnements et ne pas aligner des certitudes car la vérité est une histoire de raisonnement auquel il faut ajouter les conditions historiques.

    Ce livre a pour but de saluer un homme épris de liberté, une homme qui a laissé une Parole - ce qui n'est pas le cas de tous les écrivains.


    Rue des livres - Si vous deviez aujourd'hui faire découvrir l'oeuvre de James Baldwin, quels ouvrages conseillerez vous ?

    Alain Mabanckou - "La prochaine fois, le feu" est une belle entrée en matière. Puis le roman " La chambre de Giovanni". Ce sont ces deux livres qui m'ont entraîné vers Baldwin.


    Rue des livres - Lors de notre rencontre au salon du livre 2007, nous avions parlé du prix Renaudot reçu pour « mémoire d'un porc épic » et vous m'aviez dit: « Cela m'a prouvé que je faisais de la littérature ». Qu'est ce que la Littérature pour vous ?

    Alain Mabanckou - La littérature c'est la vie, c'est l'expression de notre intelligence - de ce fait elle doit s'ouvrir au monde.


    Rue des livres - Le lecteur imagine aisément vos nombreuses lectures, pouvez-vous nous confier celles que vous souhaiteriez partager ?

    Alain Mabanckou - Actuellement je lis "Je suis un écrivain japonais", roman de mon grand ami Danny Laferriere - qui est à mon avis l'un des plus grands écrivains d'expression française actuellement. Autrement je relis mes classiques, Les Contemplations de Victor Hugo, les Poèmes complets de Cesaire et de Senghor, et je me plonge dans les lettres du japon et de l'Amérique latine.


    Rue des livres - Quels sont vos projets actuels et les ouvrages en cours ?

    Alain Mabanckou - Je souhaite me lancer dans la traduction de romans de l'anglais au français. Écrire aussi un autre essai et terminer le roman sur lequel je travaille actuellement.

    Propos recueillis par Marie-Laure

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