Interview | |  |
Arnauld Pontier2006-08-17
 | (c) Roberto Battistini
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Arnauld Pontier est l'auteur de six livres dont quatre ont été publiés aux éditions Actes Sud.
Rue des Livres - L'écriture est assez récente dans votre vie, était-ce un projet ou bien une envie ou besoin soudaine?
Arnauld Pontier - J'écris depuis l'âge de quinze ans/seize ans. J'ai commencé par écrire des poèmes.
C'est vers dix-huit ans que j'ai éprouvé le désir (besoin ?) d'écrire des textes plus longs, des nouvelles puis, vers vingt-cinq ans, des romans. J'écris pratiquement tous les jours depuis 1972, avec simplement deux années d'interruption, lors de la naissance de mes enfants : les nuits étaient agitées ! Je crois qu'écrire a été pour moi la manière de faire le deuil de mon père, mort alors que j'avais quinze ans, de colmater la blessure. Même si les rapports avec ce père étaient difficiles. On écrit pour combler un vide ; pour réclamer de l'amour, sans doute.
Rue des Livres - Quel est le cheminement entre la première idée d'écrire un livre et sa réalisation ?
Arnauld Pontier - Une idée forte m'inspire assez vite un titre. Je ne peux pas commencer à écrire un livre sans cela. Ensuite, pour l'histoire, je me laisse mener en grande partie par l'inspiration, en bâtissant le plan de l'ouvrage presque au fur à mesure, tout en ayant à l'esprit des points de passages obligés, et la chute. Le premier travail est cette rédaction, assez simple - il suffit d'un peu d'imagination. La véritable difficulté commence ensuite : travailler le style, la sonorité des phrases, donner
un sens aux situations en les ancrant dans une problématique intéressante, un paysage, une émotion. Le but est de provoquer des émotions, de trouver une façon
originale, personnelle de dire des choses que des milliers d'écrivains ont évoqué avant vous ! A quoi bon écrire un livre de plus, sinon ?
Disons, en somme, que j'écris mes histoires en déroulant un film qui se passe dans ma tête, ensuite je souligne les moments qui me semblent pouvoir être forts, susciter des émotions (la littérature est souvent fade, même brillante, il est rare qu'elle vous fasse rire ou pleurer, alors que le plus mauvais film drôle ou guimauve peut susciter ces réactions.). Dernière étape, étape d'artisan, je veille à ce que le déroulé du roman soit attractif - qu'on ne s'ennuie pas, qu'on ait envie de tourner la page pour lire le chapitre suivant. Enfin, cela fini, je reprends tout, jusqu'à ce que mon texte soit une évidence, jusqu'à ce que ses personnages existent vraiment. Ils doivent être incarnés au point de faire partie véritablement de mon vécu, de ma mémoire. Sinon, qui y croirait ? Dans ce travail de reprise, je gomme beaucoup. Mais ce que je gomme a été écrit, cela forme l'âme des personnages ; il sont emplis. A y réfléchir, c'est peut-être cela qui différencie l'écriture de la littérature : la littérature est pleine.
Rue des Livres - En écrivant votre premier livre pensiez vous déjà à l'édition?
Arnauld Pontier - Au tout début, oui, les premières années, j'ai envoyé mes poèmes et mes nouvelles, et un roman. Des lettres types des éditeurs me parvenaient. Du genre : « c'est très bien, mais cela n'entre pas dans notre programme éditorial ». J'ai écrit des dizaines de livres que je laissais dans des placards. Je n'en ai conservé aucun. Il s'agissait de brouillons. Je n'étais pas doué pour l'écriture, je crois. Si on me reconnaît aujourd'hui une certaine qualité stylistique, c'est à force de travail, de réflexion, d'observation, de lecture, etc.
C'est un ami, l'un des rares qui savait que j'écrivais, qui, en 2002 , a voulu lire le dernier manuscrit que je venais de remiser à la cave. J'ai cédé, par vanité, par provocation, qui sait ? C'était sans doute le premier livre dont j'étais fier.
Rue des Livres - Lorsque votre premier livre a été écrit, avez vous eu des difficultés à trouver un éditeur?
Arnauld Pontier - Je l'ai envoyé à trois éditeurs : étant éditeur moi-même (je dirige les éditions des musées de la Ville de Paris : Paris Musées), j'ai eu la chance qu'ils me répondent plus vite que si j'avais été un parfait inconnu, sans doute. Un privilège de confrère. En revanche, sur ces trois éditeurs, deux seulement étaient prêts à le publier. J'ai choisi Actes Sud, parce que j'aime leur politique éditoriale et la beauté de leurs livres.
Rue des Livres - Vous écrivez un voire deux livres par an: l'écriture est-elle difficile ou spontanée?
Arnauld Pontier - Spontanée lorsqu'il s'agit de raconter une histoire ; difficile après : pour essayer d'en faire de la littérature !

Rue des Livres - Dans votre livre Equinoxe , vous réalisez deux prouesses: entrer dans l'intimité d'une femme et dans l'intimité d'une personne en fauteuil. Avez-vous fait des recherches concernant la vie des handicapés pour arriver à une pareille justesse?
Arnauld Pontier - J'ai lu plusieurs livres techniques sur le sujet, je suis allé sur des sites et des blogs de personnes handicapées et je me suis bien gardé de lire les rares romans sur le sujet (qui mettent en scène des handicapés hommes, d'ailleurs). J'ai surtout écouté ma colère face à leur situation et ma curiosité. Mon insatiable curiosité qui me dit que « rien de ce qui est humain de m'est étranger ». J'écris par empathie. Je dois être mes personnages, sincèrement, jusqu'au bout, charnellement (il paraît d'ailleurs que c'est ce qui fait mon style, malgré l'extrême différence de tous mes livres : une écriture charnelle). C'est une sorte de schizophrénie, je suppose. La nuit je suis un autre. D'ailleurs, pour « Equinoxe », je crois que j'aurais eu plus de difficultés à parler d'un homme handicapé : j'aurais calqué mon personnage sur mon ressenti, et faussé la donne. En choisissant d'être une femme, j'allais vraiment, totalement vers l'étranger. C'était plus facile donc : je n'avais pas à m'écouter et à interpréter, il fallait que j'écoute les autres. Mes soeurs. Il y a également, sans doute, une part de féminin importante en moi. Je me suis senti très « mère » à la naissance de mes enfants. Et, à situation donnée, je préfère souvent la manière féminine d'aborder les problèmes. Je crois qu'il y a une vraie différence entre les hommes et les femmes : un schéma chimique différent pour résoudre un même problème. C'est ça qui est fascinant. C'est pourquoi j'aime les femmes ; l'altérité vous enrichit.

Rue des Livres - Que vous apporte l'écriture de vos livres à titre personnel? Est-ce le contact avec le lecteur (vous semblez être un homme de contact) ou le plaisir simple de l'écriture ?
Arnauld Pontier - L'écriture m'apporte sans doute les racines que je n'ai pas eues, du fait de mon histoires personnelle (mort du père, voyages à l'étranger, etc.), et depuis que mes livres sont publiés, j'écris aussi pour ce plaisir immense d'être lu. Il y a aussi une composante « maniaque », sans doute, qui me rassure sur moi-même, dans ma relation au monde : avoir écrit un livre tel que vous le souhaitiez , à la virgule près, c'est une satisfaction inexprimable, comme l'achèvement d'une quête. Je dois être mystique, fondamentalement.
Et puis, c'est une bouffée de bonheur que vous recevez lorsque l'on vous dit que l'on aime ce que vous écrivez ! Enfin, je pense à mes enfants : je leur laisserai une part réfléchie de ce que je suis, une véritable dépouille... au bon sens du terme. C'est un acte d'amour. Et d'orgueil, certes. Peut-être.

Rue des Livres - Si vous deviez choisir un de vos livres, lequel prendriez vous?
« Le Cimetière des anges ». C'est le plus poétique, le plus littéraire. Le plus difficile, certes, mais. tant pis. C'est un livre que l'on peut lire plusieurs fois, qui s'intéresse à la condition humaine au sens spirituel : l'agnostique que je suis se pose sans doute plus de questions que le croyant ; il n'a pas de vision d'avenir post mortem. Je voulais creuser mes origines, judéo-chrétiennes, voir ce que l'on pouvait faire de ce qui est pour moi la fantasmagorie de la croyance. Mais je suis très attaché à tous mes livres : leurs personnages existent en moi comme de véritables personnes ; je ne peux en renier aucun. C'est sincère ce que je vous dis, ce n'est pas une figure de style, une préciosité d'auteur. Je le ressens comme cela. Je crois même que mes personnages, en moi, ont plus d'existence que certaines personnes du monde réel. C'est grave, docteur ?
Rue des Livres - Vous dites vous-même qu 'écrire n'est pas un métier, mais bien autre chose. Pouvez-vous expliciter ?
Arnauld Pontier - Je crois avoir répondu : c'est une façon de concevoir la réalité, et ipso facto une façon d'appréhender la fiction. Même s'il y a une technique, indispensable, c'est votre regard sur le monde qui fait l'originalité ou non de ce que vous écrivez, l'intérêt.
Rue des Livres - A quand le prochain bouquin, est-il en cours d'écriture et pouvez-vous nous en dévoiler le sujet?
Arnauld Pontier - Le prochain est pour le printemps 2007, c'est un recueil de poésies : « Marbre ».
Je suis très heureux de cette publication à venir ; c'est un long travail, ciselé, charnel. sur un sujet unique : le marbre ! Il sera illustré de sublimes détails de cette pierre vivante, parcourue de veines.
Le prochain roman, lui, est en cours d'écriture, depuis cinq mois. Et je peine.
Comme d'habitude. J'ai un brouillon, que je vais triturer encore une bonne année.
J'ai bon espoir, donc, que ce nouveau roman, qui devrait s'appeler « L'Attachement », puisse paraître (si mon éditeur l'accepte !) en 2008. Après six livres en quatre ans (bientôt 7 en 5 ans), je vais un peu souffler. Et dormir un peu plus que quatre heures par nuit !
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