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Interview | |  |
Nicolas Cauchy2006-09-17
Auteur de plusieurs livres pour enfants, Nicolas Cauchy a été remarqué pour son premier roman La véritable histoire de mon père paru aux éditions Robert Laffont.
Rue des Livres - Vous avez écrit plusieurs livres pour les enfants: "Icare et dédale", "le voyage d'Ulysse". Sujets choisis: des héros de la mythologie: une passion ?
Nicolas Cauchy - Pour être exhaustif, il existe cinq titres édités à ce jour : Hercule, Ulysse, Jason, Thésée et Icare. L’adaptation de la mythologie est à la fois pour moi un exercice de style et une excellente occasion de renouer avec les textes fondateurs et l’histoire antique.
Rue des Livres - Il semble que vos livres soient très documentés: avez-vous une formation particulière à ce propos?
Nicolas Cauchy - Initialement, la collection a été lancée en même temps que l’Hercule de Walt Disney pour proposer en parallèle un texte qui soit le plus proche possible de la source. Donc évidemment, oui, il convient de ne pas commettre d’erreur et de se documenter. D’ailleurs mes textes sont relus chez Hachette par un spécialiste de l’antiquité.
En ce qui concerne ma formation, je suis diplômé de l’École du Louvre. L’histoire de l’art, c’est aussi l’histoire tout court.
Rue des Livres - Les graphismes sont superbes: comment se déroule le travail avec le graphiste ? S'agit-il d'un échange incessant ou bien une intervention du graphiste une fois que le livre est bouclé pour l'écrivain ?
Nicolas Cauchy - Morgan est un illustrateur, pas un graphiste : il n’utilise d’ordinateur, ce qui contribue à la qualité et la force de ses dessins. C’est une personne très reconnue dans la profession qui a reçu de nombreux prix. Mais je ne le connais pas, je ne l’ai même jamais vu !
Lui, travaille sur le texte achevé. De mon côté, je ne vois son travail qu’une fois la maquette montée, c'est-à-dire à l’extrême fin du processus. Je n’ai jamais été déçu. Certains auteurs sont très sensibles à l’adéquation de leur imaginaire avec celui de l’illustrateur, au point de demander des modifications dans les dessins. C’est quelque chose que je ne fais pas, peut-être parce qu’il ne s’agit pas à proprement parler de mon imaginaire, mais d’une adaptation.
Rue des Livres - Et, puis, changement brutal: « la véritable histoire de mon père », votre premier roman. Un livre remarquable, très noir, et surprenant jusqu'au dernier mot. Comment passe-t-on de livres pour enfants à un ouvrage de la force de « la véritable histoire de mon père »
Nicolas Cauchy - A vrai dire, il ne s’agit pas d’une progression linéaire. J’avais écrit d’autres romans qui n’ont pas été publiés et qui ne le seront probablement jamais. Celui-ci était le plus abouti.
La force de ce livre, qui est un sujet tabou, un infanticide est également difficile à porter en tant qu’auteur, et père. Mais dans tous les cas, il s’agit d’une fiction, d’une histoire que l’on raconte à des lecteurs. Sauf qu’ici, ce sont des adultes. On explore d’autres sujets.
Rue des Livres - Si vous aviez à classifier ce livre, ce serait: thriller, policier ou roman psychologique ?
Nicolas Cauchy - Un roman psychologique mais qui utilise les techniques, quelques unes, du thriller.
Rue des Livres - Le roman particulièrement noir, met en scène un père, qui par amour, tue sa propre fille de 4 ans. C'est une histoire d'une violence inouie. Comment avez-vous eu cette idée et comment êtes vous parvenus à la mettre en forme ?
Nicolas Cauchy - Je voulais vivre une expérience littéraire intense, me plonger dans un personnage pour lequel il n’y aurait plus de retour possible, un mort parmi les vivants. L’acte en lui-même, celui de tuer sa fille n’était que le moteur à son exclusion définitive du monde des vivants. C’était plus symbolique qu’autre chose. Mais il a quand même bien fallu écrire le meurtre. Ce chapitre, il y en a eu plusieurs versions, certaines mêmes proposées par mon éditeur. Initialement, le meurtre était plus explicite, ce qui était pour moi, une manière de rendre compte de la violence de l’adulte face à l’innocence désarmée de l’enfance. Mon éditeur a préféré une version plus ambiguë, qui pouvait laisser croire à un accident. Mais pour les lecteurs, la thèse de l’accident n’est pas crédible.
Le personnage de Simon est né au milieu d’autres, puis a fini par prendre la première place et les éclipser tous. Le vouvoiement s’est imposé naturellement et ce n’est qu’au trois quart du récit qu’il a trouvé sa justification dans la construction narrative telle qu’elle est révélée à la fin du livre.
Rue des Livres - Ce livre est très angoissant pour le lecteur, qu'en est-il pour l'écrivain au moment de la rédaction ?
Nicolas Cauchy - C’était une sorte de plongée en apnée, d’autant que j’ai écrit ce livre très tôt, le matin, entre cinq et sept heures, ce qui a participé à son ambiance sombre. Un déchirement, une souffrance, quelque chose de très intense. C’était en même temps pour moi une manière de ressentir d’une manière très violente tout l’amour que j’éprouve pour ma fille.
Rue des Livres - Comment votre « premier » roman a-t-il été accueilli par les éditeurs ?
Nicolas Cauchy - Parmi tous les refus que j’ai reçu lors du traditionnel envoi postal, voici celui que j’ai reçu celui de Sylvie Genevoix, qui était alors la responsable littérature chez Albin Michel : « Nous nous sommes heurtés à un rejet (affectif, subjectif, beaucoup plus que littéraire), sur le meurtre []. C'est essentiellement pour cette raison que je n'ai pas pu faire accepter votre manuscrit. [] ». Le sujet a beaucoup rebuté. Chez Robert Laffont, c’est Laurent Bonnelli, libraire, qui a fait passer le texte et l’a défendu avec beaucoup de force. Mais au prix de nombreuses modifications.
Rue des Livres - Comment a-t-il été accueilli par les lecteurs et les critiques ?
Nicolas Cauchy - Il y a eu beaucoup de presse et je suis très fier d’avoir eu un article dans Le Monde des livres dont je suis un lecteur assidu. Mais l’article le plus fin, le plus complet est probablement celui de Renée Mourgues dans le journal pyrénéen « l’Eclair ».
Et bien sûr, la critique de la Rue de Livres !
Si je fais abstraction de mes proches, je n’ai pas eu beaucoup de retours de la part des lecteurs, si ce n’est celui d’une lectrice, très présente sur Internet, qui n’a pas aimé mon livre et qui le dit partout ! Le résultat est qu’une recherche sur le titre « La véritable histoire… » donne dans les premières réponses « En fait, je n’ai pas aimé ce livre… » ce qui illustre bien les effets à doubles tranchants d’Internet.
Rue des Livres - Plusieurs critiques ont sussuré que « la véritable histoire de mon père » ferait un bon sujet de film,
Y avez vous déjà pensé ou avez vous eu des propositions ?
Nicolas Cauchy - Je suis très influencé par le cinéma et, bien sûr, je rêverai que cette histoire soit adaptée. Mais aucune démarche n’a encore été faite en ce sens.
Rue des Livres - « De manière à connaître le jour et l'heure »est en cours de finition.Votre méthode est suprenante mais plutôt sympathique.Vous demandez aux lecteurs de participer aux corrections:d'où vous est venue cette idée ?
Nicolas Cauchy - C’est une expérience que j’ai voulu mener, de livrer au fur et à mesure l’état d’avancement du récit. Elle a été très utile pour moi dans la mesure où j’ai gardé trace de réflexions ou de pistes que je n’aurais pas notées autrement. Elle m’a permis également d’illustrer des lieux d’écriture et de sortir d’un relatif isolement propre à l’écriture.
L’idée m’est venue des making of présents sur les DVD qui m’ont toujours passionnés.
Rue des Livres - Les lecteurs ont-ils répondu présent à votre demande ?
Nicolas Cauchy - En terme participatif, très peu. Je ne suis pas sûr que la forme s’y prête vraiment. Mais dans tous les cas, il y a souvent une confusion entre le livre et l’auteur, où, dans de nombreux blogs, l’accent est mis sur l’auteur au détriment de son travail. Je crois qu’il est plus difficile de réagir à une proposition littéraire qu’à des états d’âme ou du vécu au quotidien. Lorsque l’on m’écrit, « Super, je vois que tous les écrivains, dont je fais partie, sont des tarés », je me dis que l’objectif n’a pas été atteint.
En revanche, ce blog servira après publication du récit – s’il est publié – rendant compte des chemins empruntés.
Rue des Livres - Ne craignez-vous pas de l'avoir trop dévoilé ?
Nicolas Cauchy - Non parce que le dernier tiers du livre n’est pas publié sur le blog et qu’il manque un certain nombre de chapitres. De toute façon, je serais surpris d’apprendre que tous les textes ont été lus.
Rue des Livres - Cela doit être une expérience passionnante que ce partage d'écriture, pouvez vous nous en dire plus ?
Nicolas Cauchy - J’aime bien l’idée de travail collaboratif, comme autour d’un scénario où, souvent, plusieurs personnes interviennent, même si c’est l’auteur qui, au final, prend sa décision. Mais pour cela, il faut bien connaître le texte, l’avoir analysé, y passer du temps, ce que je ne peux pas demander aux internautes. Je ne parle pas ici de critique, de « j’aime » ou « j’aime pas », mais de travail sur le contenu, de questionnement, de pistes à explorer ou fermer.
Cela dit, l’expérience inverse m’intéresserait : un écrivain qui soumettrait ses textes pour avis.
Rue des Livres - Avez-vous des auteurs ou des livres que vous souhaiteriez conseiller à vos lecteurs ?
Nicolas Cauchy - Le jardin des Finzi Contini de Giorgio Bassani
Rue des Livres - Quels sont vos projets d'écriture ou autres pour les mois à venir ?
Nicolas Cauchy - J’ai débuté la rédaction d’un récit mêlant une histoire d’amour trahie et l’ascension d’un homme politique. Mais il est possible que l’histoire évolue beaucoup en cours d’écriture.
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