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      Interview


    Olivier Descosse

    2006-10-27

    Olivier Descosse

    Avocat pendant une douzaine d'années (à New York, à Chicago, à Lyon et à Papeete et en Polynésie Française), Olivier Descosse s'est tourné vers l'écriture. Avec maintenant quatre livres à son actif, Olivier Descosse est devenu un auteur reconnu dans le monde du polar. Ses ouvrages sortent en poche et Le pacte rouge a obtenu le Prix du polar en 2005.


    Rue des livres - Avocat de formation, vous décidez après 12 ans d’exercice de votre profession de vous lancer dans l’écriture de polars. Quel a été le déclic pour ce changement radical ?

    Olivier Descosse - En fait, il ne s’agit pas à proprement parler d’un changement radical. D’abord parce que je suis toujours avocat, inscrit au barreau de Paris, ensuite, parce que c’est une autre forme d’écriture mais dont la mécanique s’apparente pour moi à ce que j’ai l’habitude de faire dans ma pratique professionnelle.

    Pour le déclic, je crois que c’est arrivé à un moment de ma vie où j’étais prêt, tout simplement. J’ai toujours écrit, des nouvelles, des poèmes, des chansons et même des débuts de roman. Je n’avais jusque-là pas le courage, ou la volonté, d’achever un travail plus conséquent, plus construit. Je me suis rattrapé depuis car maintenant, qu’il pleuve, qu’il neige ou que le soleil brille, je m’arrange pour écrire tous les matins, même le premier janvier…

    Rue des livres - Votre expérience d’avocat vous sert-elle de base pour les scénarii de livres ?

    Olivier Descosse - Tout dépend sous quel angle on se place. Mon expérience ne me sert pas à proprement parler pour l’intrigue, les personnages ou les situations qu’ils ont à vivre. Je préfère me baser sur mon imaginaire ainsi que sur le travail de documentation que je fais parallèlement.

    En revanche, mon expérience me sert pour la construction. Bâtir une structure, c’est mettre en place un raisonnement qui doit conduire à la solution de façon logique. Lorsque l’on monte un dossier juridique, le principe est le même. La seule différence, mais elle est de taille, tient dans le fait que quand on écrit un polar, il faut distiller l’information, appâter le lecteur, sans lui en dire trop ni pas assez. Devant un magistrat, il est préférable d’aller droit au but si l’on veut être écouté jusqu’au bout et surtout, entendu.

    Rue des livres - comment s’est déroulé l’accueil, par les éditeurs, et ensuite par la presse, de votre premier roman : « Mythes » ?

    Olivier Descosse - Les éditeurs m’ont d’abord ignoré. J’ai dû adresser mon manuscrit à une vingtaine d’entre eux, qui soit ne m’ont pas répondu, soit m’ont refusé le texte. C’est ainsi, il n’y a pas grande leçon à en tirer, si ce n’est que la publication d’un premier roman tient souvent du hasard, de la chance, pour ne pas dire du miracle.

    J’ai eu cette chance, je ne l’ai pas laissée passer. J’ai aussitôt réitéré avec « Le couloir de la Pieuvre » que j’ai adressé aux Éditions Stock. Jean Marc Roberts a parié sur moi, après m’avoir quand même fait retravailler un bon tiers du texte.

    Côté presse, « Mythes » n’est pas significatif. Je n’ai eu aucun article, hormis une chronique sur un site de littérature fantastique sur Internet ; « Noosfere ». Ma première maison d’édition, Paris-Méditerrannée, avait peu de moyens et aucune communication n’avait été faite sur la sortie. Donc, pas de retombée presse…

    Rue des livres - Votre personnage, Paul CABRERA, est un flic musclé, aux allures de loubard qui promène le lecteur dans Marseille, votre ville de naissance. Est-ce une manière pour vous de montrer votre attachement à cette ville ?

    Olivier Descosse - Sans doute… J’adore cette ville, même si j’ai parfois une relation conflictuelle avec elle. C’est d’ailleurs ce que vit Cabrera quand il prend conscience de certains de ses travers. Néanmoins, il y est, comme moi, profondément attaché.

    Et pourtant il en part… Ses enquêtes démarrent toujours à Marseille, mais elles l’amènent chaque fois ailleurs, parfois même sur d’autres continents. C’est ma façon de concevoir le port d’attache. Partir, pour mieux y revenir, avec en poche l’expérience de l’ailleurs.

    Rue des livres - Votre premier succès, le Couloir de la pieuvre, est en cours d’adaptation au cinéma. Pouvez-vous nous parler du roman ?

    Olivier Descosse - Malheureusement, en ce qui concerne l’adaptation, je crains qu’il ne faille attendre. Le projet ne s’est pas développé comme je le souhaitais et pour l’instant, c’est en stand-by. D’autres propositions d’adaptation me sont parvenues, mais j’attends pour me décider de faire la bonne rencontre. Le cinéma est une affaire extrêmement compliquée, il faut y aller en prenant toutes les précautions quant à ses partenaires…

    Sur le roman, je ne sais trop qui dire, si ce n’est que j’ai adoré l’écrire. Il m’a permis de replonger dans les eaux troubles de la Polynésie Française, où le lagon n’a pas toujours la couleur idyllique qu’on veut bien lui prêter.

    Rue des livres - Êtes vous satisfait de son adaptation cinématographique ?

    Olivier Descosse - Difficile de dire non, c’est moi qui l’ai adaptée. Il y a sans doute des boulons à visser, le travail d’écriture n’a pas de limites. Hormis celle que l’on se met ou les délais qui imposent leur timing.

    Rue des livres - Miroir de sang, sorti en 2004, est salué par la critique comme étant l’une des histoires les plus noires de 2004. Qu’en pensez-vous ?

    Olivier Descosse - C’est vrai que je n’ai pas fait dans la dentelle. Je traversais à cette époque une période difficile et sans doute l’ai-je retranscrite, à ma façon. Certaines scènes sont paraît-il insoutenables, mais elles me semblaient justifiées au regard de la construction. D’ailleurs, des lecteurs sont venus m’en parler à l’occasion de salons ou de dédicaces…

    Mais ils m’ont aussi dit qu’ils avaient apprécié l’histoire d’amitié liant Paul à Riad, le combat d’un père pour sa fille, et tous ces sentiments humains que j’essaye de retranscrire et qui habillent l’histoire au-delà de l’intrigue.

    Ce point est pour moi très important. C’est comme ça que je m’attache à un roman, lorsque les personnages existent, vivent, souffrent ou aiment, et véhiculent contradictions et ambiguïtés. Quand j’y parviens, c’est une belle récompense de pouvoir le faire partager à mes lecteurs.

    Rue des livres - Le 16 Octobre, vous recevez le prix du polar 2005 pour le Pacte rouge. De quelle manière avez-vous reçu ce prix et comment avez-vous vécu ce moment ?

    Olivier Descosse - C’était incroyable. J’étais assis à ma table, pendant le dîner au cours duquel les prix étaient remis, et je plaisantais avec un autre auteur en disant que de toute façon, ce n’était pas pour nous. Lorsqu’on a annoncé mon nom, j’ai eu une grosse décharge d’adrénaline. Je me suis levé pour aller le recevoir en flottant sur un petit nuage. Je ne m’y attendais tellement pas…

    Puis la machine s’est emballée. Photos, interviews, signatures, j’ai passé deux jours à me demander ce qui m’arrivait. Je crois que je l’ai réalisé plus tard, quand j’ai vu le bandeau sur le livre en passant dans une librairie. Quoi qu’il en soit, c’était une expérience formidable et je remercie encore les jurés de m’avoir fait cet honneur.

    Rue des livres - Vous avez choisi d’écrire des thrillers et des polars. Quelles ont été les lectures ou les auteurs qui vous ont influencés ?

    Olivier Descosse - Je crois que ce n’est un secret pour personne, j’adore Jean-Christophe Grangé. Pour moi, c’est le n° 1, tant dans la construction de ses intrigues, que dans son style à la fois littéraire et incisif. J’aime aussi Werber, qui a une imagination délirante, Connelly, qui sait peindre le réel, ou encore, dans un autre registre, Douglas Kennedy pour sa capacité à cerner l’âme des personnages.

    En fait, mes lectures sont assez éclectiques. J’ai toujours un bouquin en cours, mais je peux passer de Stephen King à Houllebecq sans problèmes. J’ai récemment lu un livre extraordinaire que je recommande à tout le monde même si ce n’est pas une nouveauté : « La première épouse » de Françoise Chandernagor. Sur un sujet aussi banal que l’abandon d’une femme par son mari, elle réussit à faire 400 pages de ressenti, sans jamais se répéter ni en rajouter. Du grand art !

    Rue des livres - Lequel de vos livres vous a donné le plus de satisfaction au moment de l’écriture ?

    Olivier Descosse - Très honnêtement, c’est toujours celui qui est en cours d’écriture. Donc, en ce moment, celui que je retrouve tous les matins en me mettant devant mon bureau, avant d’aller enfiler ma robe d’avocat.

    Rue des livres - Quels sont vos projets d’écriture (ou autre) actuels ?

    Olivier Descosse - Mon prochain roman sortira au mois de mars. Une histoire très différente de celles qu’à l’habitude de vivre Cabrera, qui se passe dans le monde plus feutré des cabinets d’avocats d’affaire parisien et des marchands d’art de la rue du Faubourg Saint Honoré. Le personnage principal aura une quête à mener, qui lui fera découvrir la face cachée de son père et l’entraînera dans différents pays et sur plusieurs continents. Au bout de cette quête, l’horreur absolue…

    J’ai terminé ce livre en mai dernier, mais la sortie en a été retardée car j’ai changé entre-temps d’éditeur. Il paraîtra non plus chez Stock, mais chez Michel Lafon.
    Depuis, je me suis attelé à un nouveau projet, mais il est encore un peu tôt pour en parler. Il s’agit toujours d’un thriller et la justice est au cœur du sujet.

    Rue des livres - Pensez vous rester dans le même registre, ou envisagez-vous d’écrire des romans totalement différents ?

    Olivier Descosse - J’adore le roman noir, le thriller et tout ce qui touche à l’aventure. J’aime fouiller les revers de l’âme humaine afin d’en saisir toutes les contradictions, et parfois même toute la noirceur. Le genre que j’ai adopté, ou le contraire, je ne sais plus, permet cet exercice. Mais je commence à penser que d’autres histoires pourraient aussi servir cet intérêt. J’ai d’ailleurs commencé à en écrire une, en parallèle du reste, sur laquelle je reviens régulièrement sans pouvoir encore l’achever. Ça viendra, c’est une question de maturation et je ne dois pas être tout à fait prêt.

    Rue des livres - avez-vous des auteurs ou des livres à faire découvrir aux lecteurs de rue des livres ?

    Olivier Descosse - Je pense, en dehors de ceux que j’ai cités précédemment, à l’excellent Bret Easton Ellis. J’adore. Mais je pense aussi à Caryl Ferey, avec son roman Utu qui a gagné le prix polar SNCF l’année dernière. Enfin, un auteur peu connu, mais que j’ai beaucoup apprécié, Marc Spacesi, qui a publié « Marseille-Cassis », chez Crayon Bleu.

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