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Interview d'Agnès Abécassis

5 Février 2007
Agnès Abécassis, née le 16 mars 1972, vit et travaille à Paris. Elle débute comme rédactrice et illustratrice dans un féminin-santé, où elle tient également une chronique mensuelle : « le Billet d’Humour d’Agnès ABK6 ». Scénariste pour une émission enfantine sur Canal +, elle est aujourd’hui journaliste et chroniqueuse littéraire pour divers magazines. Après « Les tribulations d’une jeune divorcée », une comédie sur la vie après le mariage, elle signe, avec « Au secours, il veut m’épouser ! », son second roman.

Rue des Livres - Avez-vous été influencée par vos lectures récentes ou anciennes dans l'écriture de vos romans ?

Agnès Abécassis - Il est vrai que certaines de mes lectures d’adolescente ont pu m’influencer : Goscinny, Nicole de Buron, Gotlieb… mais je lisais aussi beaucoup de science fiction à l’époque avec Isaac Asimov, je dévorais Stephen King, et cela ne se retrouve pas particulièrement dans mes écrits. En fait, j’aime quand la lecture est un profond moment de détente et de plaisir. C’est mon côté sauvagement épicurienne, j’imagine.

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Rue des Livres - Certains articles de presse comparent vos romans au « journal de Bridget Jones », qu'en pensez-vous ?

Agnès Abécassis - Eh bien je n’en pense pas grand-chose… En même temps, Helen Fielding commence à se lasser de ce que les journalistes la comparent sans arrêt à l’auteur des « Tribulations d’une jeune divorcée » et de « Au secours, il veut m’épouser ! » Donc on fait avec, que voulez-vous.

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Rue des Livres - Vous êtes vous-même mère de deux enfants, chroniqueuse et vous trouvez le temps d'écrire des romans. Avez-vous une recette, un sens de l'organisation très pointu ou tout simplement la passion de l'écriture vous permet-elle de décupler les heures ?

Agnès Abécassis - Vous voulez que je vous dévoile mon secret ? Très bien. En réalité, ce sont mes filles qui écrivent mes livres à tour de rôle, tandis que moi je fais leurs devoirs. Mon éditrice et leurs maîtresses n’y voient que du feu, j’ai le temps de faire la cuisine (c’est à dire de décongeler des trucs tout prêts) et un peu de ménage (poussière planquée sous le tapis qu’il faut d’ailleurs absolument que j’achète), et tout le monde est content.

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Rue des Livres - La lecture de vos livres fait penser qu'ils sont écrits avec beaucoup de plaisir, plaisir que le lecteur ressent très rapidement. Avez vous une préférence entre l'écriture de vos romans et celle de vos chroniques ou s'agit-il d'un plaisir complémentaire ?

Agnès Abécassis - Ce sont deux manières d’écrire différentes, avec autant de boulot pour chacune, parce que sous le plaisir de l’écriture de roman (que vous devinez à juste titre), il y a quand même pas mal de sueur. Ce n’est pas non plus la même angoisse : les chroniques passent, les livres restent…

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Rue des Livres - Un tour sur votre site, www.agnesabecassis.com permet rapidement de constater que vous avez un humour indéniable. Connaissez vous l'origine de cet humour et est-il fondamental et tout aussi présent dans votre vie ?

Agnès Abécassis - Dans la vie quotidienne, mon mari m’appelle la reine du premier degré ! Et quand j’essaie de faire de l’humour, il ne s’y attend tellement pas que c’est une source récurrente de malentendus. En fait, le spécialiste des vannes qui font mouche dans notre couple, c’est plutôt lui. Manque de pot, ses vannes font tellement mouche que bien souvent il me vexe et que c’est reparti pour un tour de malentendus. Donc oui, c’est exact, l’humour est très présent dans ma vie, mais pas au sens où vous l’entendez…

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Rue des Livres - Je viens de terminer votre livre « Au secours, il veut m'épouser !», publié aux éditions Calmann-Lévy, et j'en ai retenu plusieurs éléments qu'il me paraît amusant de souligner. Les faits racontés sont d'une véracité déroutante. S'agit-il pour vous d'évacuer un vécu ou bien un sens de l'observation aigu du monde qui vous entoure ?

Agnès Abécassis - Les faits racontés donnent parfois l’impression d’être très vrais, mais je ne les ai pas tous vécus, loin de là. A part peut-être la description de la jalousie de Déborah, subtilement inspirée de faits réels, et destinée, de façon quasi-subliminale, à prévenir toutes les femmes de cette planète que la première qui s’approche de mon mari se prend une baffe.

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Rue des Livres - Vos écrits font preuve d'une grande tendresse à l'égard des femmes et vous êtes parfois dure avec la gente masculine, limite caricaturale. Est-ce volontaire et conforme à ce que vous ressentez ?

Agnès Abécassis - Mais pas du tout ! Ce que vous décrivez comme caricatural à l’égard de la gente masculine a été trouvé par la gente en question incroyablement bien vu et très proche de la réalité. C’est à dire que même moi, je n’en suis pas revenue d’à quel point ils se sont reconnus... Par ailleurs, je n’ai pas le sentiment d’être particulièrement complaisante à l’égard de mes consœurs, bien au contraire : qui aime bien châtie bien !

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Rue des Livres - Le titre « Au secours, il veut m'épouser ! » m'a quelque peu déroutée en fermant le livre, car je n'ai pas l'impression qu'il soit conforme à son contenu. Qui a choisit ce titre et qu'en pensez-vous ?

Agnès Abécassis - C’est moi qui ai choisi ce titre, validé par mon éditrice et j’ai une totale confiance en son jugement. Pour ma part, je n’ai pas du tout l’impression qu’il soit décalé. Alors oui, si vous vous attendiez à lire les mésaventures d’une femme qu’on cherche à marier de force et qui traverse toutes les pages du livre en courant pour échapper à son fiancé vieux et moche, je comprends que vous ayez pu être surprise. Mais toutes celles qui ont déjà connu un divorce comprennent ce que signifie l’angoisse de ré-envisager un mariage, même si c’est avec celui qu’on aime, en particulier quand les couples de ses amies partent en vrille.

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Rue des Livres - Vous devez avoir plein de projets en tête (voir en cours) quels sont-ils ?

Agnès Abécassis - Là immédiatement tout de suite : lancer une machine à laver, terminer ma vaisselle et ranger un peu la salon, avant d’aller m’affaler sur le canapé pour m’offrir un petit quart d’heure de télé avant de me remettre à écrire (mais je ne vous dirai pas quoi). L’avantage, quand on travaille chez soi, c’est de pouvoir gérer son emploi du temps à sa guise. Le seul inconvénient, c’est juste d’avoir à gérer son emploi du temps.

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Rue des Livres - Pensez-vous continuer dans cette catégorie de romans très féminins voir très adolescents ?

Agnès Abécassis – Eh bien en fait, je ne trouve pas que le style de mes romans soit « adolescent »… sauf si l’on considère que l’humour et la comédie sont réservés aux moins de seize ans ! Grâce aux mails que je reçois par l’intermédiaire de mon site internet, je peux vous assurer que la moyenne d’âge de mes lecteurs se situe autour de 25 à 45 ans. Je sais également qu’une de mes lectrices sur quatre est un homme. Je ne compte pas les batraciens et les fourmis qui, parfois, feuillètent mes livres, mais qui en réalité ne savent pas lire. Pour vous répondre, à priori oui, je vais tâcher de continuer d’amuser les femmes, leurs maris, leurs mamans et leurs filles.

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Rue des Livres - Quelles sont, pour vous, les principales qualités requises pour l'écriture de roman ?

Agnès Abécassis – Très sérieuse question à laquelle je ne me sens pas de répondre sérieusement, vu que je ne me prends pas au sérieux…

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Rue des Livres - Vous êtes chroniqueuse, écrivain de deux romans, comment le choix de l'écriture vous est-il venu et quel est donc votre parcours à ce propos ?

Agnès Abécassis - Un parcours classique, à base d'études de lettres.et puis un poste de rédactrice dans un magazine. J'ai voulu à un moment bifurquer vers la chanson, mais mon mari m'a fortement découragée. Comme j'insistais, il m'a proposé d'interpréter un titre, de l'enregistrer et de le mettre en ligne sur mon site, afin que les internautes puissent juger. J'ai trouvé l'idée géniale, j'ai attrapé un micro et, honnêtement, j'ai tout donné. L'écoute du résultat m'a fait comprendre que j'étais condamnée à l'écriture.

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Rue des Livres - Votre premier livre,"les tribulations d'une jeune divorcée" est un best seller : comment une jeune personne qui ne se prend pas au sérieux réagit-elle face à un succès qui ne peut pas laisser indifférent ?

Agnès Abécassis - En fait, j'essaie de ne rien changer dans ma vie, sauf qu'il faut m'appeler « votre altesse » et me faire une révérence et un baise-main avant de m'adresser la parole. Mais sinon, je continue d'envoyer mes domestiques faire mes courses chez Carrefour. Je suis restée quelqu'un de très ordinaire.

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Rue des Livres - Si l'un de vos romans devait être tourné au cinéma, comment le verriez-vous ?

Agnès Abécassis - Ben, assise dans un fauteuil.

Propos recueillis par Marie-Laure le 03 Février 2007.
Agnès Abécassis