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Scènes de la vie d'acteur

Scènes de la vie d'acteur

Auteur :

Editeur : Seuil

" Voici regroupées des chroniques écrites au fil du temps depuis maintenant une dizaine d'années. Si je les souhaite à peu près véritables, elles n'en sont pas moins romancées. L'anonymat n'est pas prétexte à me donner licence de tout dire. Peu importe qui parle et de qui je parle (les noms sont fictifs - à l'exception des morts -, les circonstances très souvent modifiées). J'ai toujours écrit ces textes dans le désir, non d'affirmer quoi que ce soit, mais de décrire, dépeindre, raconter une vie ordinaire de comédien ordinaire. Je ne donne aucune connotation péjorative à ce mot, que je ne prends pas dans le sens de terne, moyen, médiocre, mais dans celui de coutumier, régulier, normal. La banalité en question m'est précieuse. Un autre mot serait pour moi tentant, s'il n'était source de malentendu: le beau mot de classique. Plus exactement, sans porter le moindre jugement de valeur, sans jouer le désenchantement du comédien qui commence à en avoir beaucoup vu, je voudrais montrer l'ordinaire d'une vie que l'on a coutume de percevoir comme nécessairement et toujours extraordinaire. Et j'aimerais évidemment qu'on perçoive le caractère un peu, parfois, extra-ordinaire de cet ordinaire. "

19,30 €
Vendeur : Amazon
Parution :
311 pages
ISBN : 978-2-0206-2917-1
Les avis

La presse en parle

Avec son expérience, il pourrait publier un livre de conseils aux jeunes acteurs, mais à quoi bon ? Jouvet l'a fait si brillamment, lisez ou relisez "Ecoute, mon ami" chez Flammarion, Jouvet a notamment cette phrase valable pour tous les jeunes: "Choisis ce que tu veux devenir". Donc ici, pas de leçons, non, mais une suite de scènes vécues, sur le plateau de la Comédie Française, en répétition, en tournée, sur des plateaux de cinéma aussi. Podalydès est un conteur hors pair, il a aussi le trait d'un Daumier. En quelques coups de crayon, il évoque l'acteur et sa passion du jeu, du texte, mais surtout son incroyable fragilité. "Jouer, quelle souffrance!" Ce pourrait être le titre du livre. Le maître mot de ses chroniques, la vraie compagne du comédien, c'est la souffrance, la peur. Peur de sombrer dans l'académisme, à force de jouer jusqu'à 3 pièces par jour, "on entre, on sort, on a du métier, on pousse les wagonnets comme au fond d'une mine tarie", peur de l'immodestie, un soir, il pense dans la pièce "Chat en poche" avoir trouvé le meilleur geste, or le lendemain, tout s'écroule, son arithmétique a échoué. Peur de perdre la voix, peur du trou de mémoire. Avec une précision d'horloger, il se souvient du 9 mai 1999 à Bourgoin-Jailleux, où il joue dans Le Legs de Marivaux . Brutalement, surgit "le noir de l'enfer du trou, cratère immédiat, précipice abrupt". Ses longues descriptions de la scène prouvent l'interminable durée du trou et la douleur qu'elle entraine. Seule la confiance perçue dans les yeux de sa partenaire l'aide à retrouver le texte. Il est beaucoup question des autres, le Français est une troupe avec ses figures, avec ses haines aussi. Terrible moment où après avoir voté le renvoi d'un acteur, il erre dans les coulisses après une représentation, des acteurs saluent le public et sortent du plateau, aucun ne le salue. Autour de lui, il y a beaucoup d'éclopés. Toujours très tendrement, en prenant soin de changer les noms, par discrétion, Podalydès croque plusieurs de ses grands aînés si merveilleux sur scène et si médiocres à la ville. Combien ont sombré dans l'alcool pour tuer leur fatigue! Splendeurs et misères donc de l'acteur, avec une ombre bouleversante qui traverse son livre et occupe souvent ses pensées. Le plus jeune de ses frères qui s'est donné la mort au moment où lui, Denis, entrait à la Comédie Française et qui depuis le hante.

Vincent Josse, France Inter

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