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Lettres

Lettres

Auteur :

Editeur : Gallimard

Ce volume propose un large choix de lettres de Céline, ainsi que quelques lettres à lui adressées ou le concernant, présentées dans l'ordre chronologique et couvrant plus de cinquante années : depuis le premier séjour que les parents de Louis Destouches l'envoient faire en Allemagne, jusqu'à sa mort en 1961, au lendemain du jour où il a annoncé à Gaston Gallimard le manuscrit de son dernier roman. Les inédits sont nombreux : de 1907 à 1915 - les séjours à l'étranger, les cuirassiers, la guerre et le combat -, par exemple, on ne connaissait quasiment aucune lettre.
Cet ordre chronologique, préféré à un classement par correspondant, n'est pas sans conséquences. Ce que les lettres permettent désormais de saisir, c'est moins la relation que Céline entretint avec tel interlocuteur que sa propre trajectoire, indissolublement liée à l'histoire du XXe siècle. Ce qu'elles révèlent, c'est l'extraordinaire variété de ses voix, des mieux connues aux plus surprenantes : les manières respectueuses et affectueuses du garçon s'adressant à ses parents et qui ne ressemblent pas à celui que met en scène Mort à crédit ; l'ardeur patriotique du soldat en campagne, en fort contraste avec les propos de Bardamu dans Voyage au bout de la nuit ; le ton déférent ou amical que Céline sait prendre avec les écrivains qu'il estime ; l'attitude protectrice qu'il adopte avec des femmes qui lui furent liées ; le tour dru et cru qu'il donne aux lettres adressées aux hommes avec qui il parle de sexe ; la tendresse qui pointe lorsqu'il écrit à son épouse depuis sa prison danoise ; le besoin d'être compris quand il tente d'expliquer le mouvement de la création littéraire telle qu'il la conçoit (ce qui fait de ces lettres, soit dit en passant, le meilleur accompagnement critique de son oeuvre) ; et, bien entendu, la violence, violence des mots, des sentiments et des idées lorsqu'il est ou se sent attaqué, et, à partir de 1936 surtout, violence débridée de l'antisémitisme : dans un volume qui entendait serrer de près le mystère de Céline, il fallait que ce versant noir soit représenté. Il l'est donc.
Céline attire ou repousse, attire et repousse. «Fait par Dieu pour scandaliser» (d'après Bernanos), l'écrivain reste, comme l'homme, une énigme. D'abord en rupture avec la littérature de son époque, son oeuvre est aujourd'hui l'une de celles qui nous parlent le plus. Mais à côté de tant de pages qui répondent à l'idée que nous nous faisons d'une littérature pour notre temps, combien d'autres sont la négation du lien que la création artistique cherche à établir entre les hommes ? Ces Lettres nous font parcourir tout le chemin par lequel Céline en est arrivé là. Sans doute ne donnent-elles pas le mot de l'énigme. Mais, mieux qu'aucune autre source, elles nous permettent d'en faire le tour, au plus près.

67,50 €
Vendeur : Amazon
Parution :
2034 pages
ISBN : 978-2-0701-1604-1
Les avis

La presse en parle

«Denoël a dû vous dire que je ne m'étais jamais défait des danseuses. J'ai même entraîné l'une d'elles dans mon atroce aventure. Non seulement il me faut des haines, des injures, des épreuves, des horreurs, mais aussi des papillons ! Ah, que la vie est compliquée.» C'est bien ça qu'on lit avec enchantement et dégoût, joie et exaspération, tout ensemble et page à page, dans ce gros volume de lettres choisies et annotées par Henri Godard avec un soin de bénédictin. Des lettres inédites d'Allemagne à ses parents écrites à 14 ans jusqu'à celle, le 30 juin 1961, d'un drôle atrabilaire de 67 ans réclamant comme toujours du fric à son éditeur Gaston Gallimard («sinon je loue, moi aussi, un tracteur et vais défoncer la NRF, et pars saboter tous les bachots ! Qu'on se le dise !»), on suit cette métamorphose : Céline devient son propre monstre par les mots. C'est par eux qu'il déploie son génie de l'abjection. Tout est tapissé de rire, de haine, d'élans tendres, de paranoïa. Tout est tristesse, violence, solitude, émotion...
Si ce choix épistolaire, effectué par le maître d'oeuvre des quatre tomes des romans de Céline dans la Pléiade, est un petit événement, c'est d'abord parce qu'il dresse le portrait du bonhomme de style et le panoramique de son existence très agitée.

Philippe Lançon - Libération


Le «Malin» se glisse sans cesse dans ces «Lettres», acerbe, sournois, violent et doté de cet humour ravageur qui, loin d'atténuer le malheur, l'accentue...
Cette édition des «Lettres» de Céline, explique Henri Godard, dans la préface, ne peut être considérée comme «la correspondance» de l'auteur du Voyage au bout de la nuit. D'abord, on est loin de disposer encore de toutes les lettres en circulation, éparpillées. Ensuite, les répétitions d'une lettre à l'autre surabondent et il a fallu faire un tri, pour ne pas accabler plus encore le lecteur... La nouveauté, par rapport aux éditions «ciblées» antérieures correspondant aux échanges avec tel ou tel personnage, ce sont les lettres de l'enfance, pour la période 1907-1909. Le jeune Louis Destouches est envoyé par ses parents en «séjour linguistique» prolongé en Allemagne (deux fois) et en Angleterre. Il y apprendra deux langues et manifestera à ses parents une reconnaissance disciplinée dans laquelle on ne sent guère «poindre» l'anarchiste révolté qui suivra...

Bruno Frappat - La Croix


Sept très bonnes raisons de se précipiter sur les lettres de Céline : elles sont un formidable témoignage sur l'homme et l'écrivain. Elles éclairent à la fois son oeuvre et ses engagements, le révèlent dans ses contradictions. Et montrent, s'il était encore à prouver, son formidable talent littéraire...
Parce que l'on n'y croyait plus. Annoncé depuis des années, ce volume était sans cesse repoussé...
Parce qu'elles constituent une formidable autobiographie épistolaire. Présentée dans un ordre chronologique, cette correspondance raconte la vie d'un "aventurier" - le mot est de Céline...
Parce qu'il y livre les secrets de son art poétique. Sa définition de la littérature ? "Faire danser des Alligators sur une flûte de Pan."...
Parce qu'on y lit son amour des femmes...
Parce que l'on saisit le moment où il bascule dans l'antisémitisme. Céline est cet homme capable d'écrire d'une main un mot doux à une amie autrichienne d'origine juive, Cillie Ambor, dont le mari vient de mourir à Dachau et, de l'autre, L'école des cadavres, insoutenable pamphlet antisémite.

Jérôme Dupuis - L'Express


Quoi, encore Céline ? Et encore des lettres ? Après toutes celles déjà éditées par Gallimard dans les "Cahiers Céline" et rééditées en partie dans ceux de la NRF (masse à laquelle il faut ajouter ses correspondances publiées dans la "Blanche" et même de plus récentes (1)) ? Quel intérêt ? Oui, quel intérêt (penseront les plus blasés ou croyant l'être) de replonger à nouveau dans les râlantes rafales de cette bourrique lyrique au puissant génie comique, certes, mais dont la victimisation tordue, l'atroce mauvaise foi, les sempiternelles suées d'angoisse et les roublardises rabâchées ont fait long feu ? Eh bien justement, réactivation ne signifie pas répétition. Car s'il est des entreprises éditoriales qui limitent le sens d'une oeuvre, d'une expérience, d'une vision, il en est d'autres qui les libèrent, les élargissent, les rendent à leurs variations d'infini comme à leur infernale complexité.

Cécile Guilbert - Le Monde


Il serait temps de s'aviser qu'un écrivain est un bloc. Rien à jeter. Ses lettres font oeuvre comme le reste. Céline n'y échappe pas...
Le cas Céline, Henri Godard, minutieux éditeur de cette Pléiade épistolière avec Jean-Paul Louis, le résume remarquablement dès l'incipit de sa préface : «De quel désastre obscur faut-il que son oeuvre nous parvienne, pour contenir, à côté de tant de pages qui répondent à l'idée que nous nous faisons d'une littérature pour notre temps, tant d'autres qui sont la négation même du lien que la création littéraire cherche à établir entre les hommes ?» On ne saurait mieux dire le double mouvement dialectique d'attraction/répulsion que provoque son oeuvre complète. Ce recueil de correspondances couvrant le spectre 1907-1961, on passe effectivement par les différents stades de l'amusement, de l'admiration, de la fascination, du dégoût et du doute face aux différentes explosions de «l'antinomie célinienne»...
Ce recueil a ceci de passionnant qu'il permet d'observer plusieurs phénomènes qu'une biographie ne peut mettre en lumière. D'abord, la permanence d'un thème, obsessionnel : la mort, la mort, la mort... Puis la recherche permanente du point limite, de manière à savoir en toutes circonstances jusqu'où aller trop loin puisque le propre d'un tabou est d'être transgressé. Enfin, le dernier mais pas le moindre, l'évolution de son style. Et là, on entre vraiment dans la fabrique. Toutes ses voix intérieures se font entendre.

Pierre Assouline - Le Magazine Littéraire

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