S. ou L'espérance de vie
" Ça commence par une photographie. Mon histoire. C'est un jour d'hiver, ils portent tous deux un manteau, ils se trouvent sur un promontoire. Ils sont enlacés, la tête de ma mère contre le cou de mon père, Ivan Alejandro, et lui serre son épaule avec son bras, sa main. Ils sourient. Ils sont heureux. Radieux. Ça saute aux yeux. Je suis né de cette photographie. C'était le temps de la Splendeur des Amberson. Ils s'étaient rencontrés quelques mois auparavant à une réception du consulat de France à Los Angeles. Et maintenant, ils vivaient en France, mariés, amoureux. Il y a trop d'amour dans cette photo. Trop de promesses de bonheur. Ils semblent résolument à l'abri des coups de griffes des fauves de la vie. Je la garde, bien cachée, au fond d'un placard. Cette photographie. Je ne peux pas les voir. Pas les voir ainsi, quand on pense à tout ce qui s'est passé après. Elle fait trop mal, cette image, cette icône. "
Comment exister lorsqu'on est le fils d'un grand écrivain (Romain Gary) et d'une grande actrice (Jean Seberg), que l'on a assisté au naufrage de sa mère dans la folie et vécu à seize ans le suicide de son père ? À cette interrogation, Alexandre Diego Gary répond par l'écriture. À travers - ou à l'abri - de multiples doubles, qui lui permettent d'introduire la distance de la fiction romanesque, il raconte ses parents "difficiles", se souvient de la vieille gouvernante, Eugenia, dont l'affection l'a bien souvent soutenu, ou encore confesse sa culpabilité de n'avoir pu se rendre à l'enterrement de son meilleur ami... Un roman de libération intérieure par la prise de parole, tout autant qu'un portrait de deux monstres sacrés.
