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Sans sang
De Alessandro Baricco
Editeur : Editions Gallimard
Parution le : 28 Octobre 2004

Dans la campagne, la vieille ferme de Mato Rujo demeurait aveugle, sculptée en noir contre la lumière du crépuscule. Seule tache clans le profil évidé de la plaine. Les quatre hommes arrivèrent dans une vieille Mercedes.
La route était sèche et creusée - pauvre route de campagne. De la ferme, Manuel Roca les vit. Il s'approcha de la fenêtre. D'abord il vit la colonne de poussière s'élever au-dessus de la ligne des maïs. Puis il entendit le bruit du moteur. Plus personne n'avait de voiture, dans le coin. Manuel Roca le savait. Il vit la Mercedes apparaître au loin puis se perdre derrière une rangée de chênes. Ensuite il ne regarda plus. Il revint vers la table et mit la main sur la tête de sa fille. Lève-toi, lui dit-il. Il prit une clé dans sa poche, la posa sur la table et fit un signe de tête à son fils. Tout de suite dit son fils. C'étaient des enfants, deux enfants

  • [Poche]
  • Collection : Folio

  • Commentaires Amazon

    2006-07-30Note : 3/5
    sens sang
    Avec un goût de brûlé dans la bouche, la petite fille de ce roman, crache les cendres de ses morts.

    Son enfance vécu en silence, elle devint femme lorsque son père adoptif la vendit au jeu de carte comme pièce maîtresse lui évitant la faillite.
    Forcée d'être mère, elle garde toujours la nuit, près de son caeur endolori, les genoux repliés hauts, pour se protéger du froid de l'oubli.
    Tant que rester vivante, l'horreur des souvenirs, la vengeance pigmente le parcours de son existence de veuve.
    Une illustration de l'aeuvre diabolique de la guerre qui suicide à petit feu les survivants des batailles obsolètes.
    Alessandro Baricco exprime la désespérance d'un jeune tortionnaire qui ne désire plus rien, que de recevoir à son tour la sentence qu'il mérite.
    C'est l'histoire troublante d'une amnésique reconstruisant son passé grâce aux paroles repentantes ou non, des exécuteurs de son père.
    Ainsi allégée de son fardeau et débarrassée de ses fantômes, la femme pourra enfin dormir en paix.

    Baricco malaxe les sentiments entre aime et haine, car le monde sans haine est à la mode.
    J'aime l'onde comme promesse d'évasion de cet océan cruel gonflé des réalités quotidiennes.

    2006-05-03Note : 2/5
    beaucoup moins bien que Soie

    J'avais beaucoup aime SOIE, beaucoup moins SANS SANG. Je n'ai pas vraiment compris la finalite de ce bouquin qui se lit tres vite mais rien de particulier ne subsiste après avoir lu ce livre que je trouve froid avec des personnages sans grande consistance.



    2005-02-20Note : 4/5
    Encore un peu du génie de Baricco
    Un petit roman en deux parties qui nous tient en haleine par la violence omniprésente de la première partie et le suspens de la deuxième où un dialogue semble osciller entre amour et haine, vengeance et pardon.
    La scène de la première partie est rapidement posée: quatre hommes en Mercedes se rendent dans une ferme isolée pour exécuter un homme qui vit là avec ses deux enfants. L'homme en question, Roca, dont on apprendra qu'il a été un bourreau pendant la guerre a le temps de cacher sa petite fille, Nina, sous une trappe avant de se faire descendre dans une souffrance terrible et de voir son fils haché par les balles d'un fusil-mitrailleur. Nina reste cachée sans comprendre ce qui se passe et sans saisir cette atmosphère qui ressemble a un réglement de compte mafieux. Avant de s'enfuir de la ferme, à laquelle l'un des hommes mettra le feu, un autre, surnommé Tito découvre la petite fille. Il pointe un revolver sur elle, mais en croisant le regard de cet enfant recroquevillé tel un animal dans sa tannière, il décide de refermer la trappe: "cette petite fille si bien rangée et propre lui a procuré une paix (si) soudaine" qu'il décide de ne rien dire aux deux autres soldats qui ont participé au carnage.
    50 ans après, Nina va retrouver Tito devenu vendeur de billet de loterie. Tito, cet homme qui à l'âge de 20 ans a tué son père, en "bon soldat" parce qu'il le fallait au nom d'une guerre qui donnait à ces hommes l'illusion d'un monde meilleur. La seconde partie relate cette rencontre, cette confrontation entre Nina et Tito, tous les deux des vieillards mais dont les années n'ont pas atténué la mémoire de la violence de évènements, ni permis à Nina de comprendre pourquoi on a tué son père magnifique. A travers un dialogue interrompu de silences, Nina et Tito essaient de saisir chacun leur propre vérité et c'est sans sang que Nina parviendra à surmonter sa haine et pardonner à Tito. "Alors elle pensa que, même si la vie est incompréhensible, nous la traversons probablement avec le seul désir de revenir à l'enfer qui nous a engendré, et d'y habiter auprès de qui, un jour, de cet enfer, nous a sauvé. Elle essaya de se demander d'où venait cette absurde fidélité à l'horreur, mais elle s'aperçut qu'elle n'avait pas de réponse. Elle comprenait seulement que rien n'est plus fort que cet instinct de revenir là où on nous a brisé, et de répéter cet instant pendant des années. En pensant seulement que ce qui nous a sauvé une fois pourra nous sauver à jamais..."' et elle s'endormira avec Tito, son front posé contre son dos, dans une chambre d'hôtel.
    A. Baricco pose des questions graves dans ce court roman, comment vivre avec la haine, comment vivre quand on a connu la guerre, pourquoi passer sa vie à chercher un homme qui vous a sauvé mais qui vous a aussi condamné? ce sont ces sujets qui sont posés dans ce petit livre fabuleux où l'écriture est exacte, précise, simple, déterminée mais aussi, juste et vraie.

    2003-08-07Note : 4/5
    Baricco hispanisant
    Sans sang est surprenant, Baricco montre une fois encore qu'il peut imaginer n'importe quelle histoire. L'univers est cette fois hispanisant, et n'était la brièveté du récit, on croirait lire un texte de Garcia Marquez. La force du récit n'atteint certes pas le pouvoir d'évocation du roman Soie, mais Baricco explore l'amour dans tous les univers possibles.

    2003-05-24Note : 5/5
    Une perle
    Alessandro Baricco nous a une fois de plus offert un perle. Le style rappelle beaucoup Soie. Un moment magique a savourer.

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