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Fiche livre | | |
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 Cliquez pour agrandir | L'Ecriture ou la vie De Jorge Semprun Editeur : Gallimard Parution le : 13 Septembre 1996
Déporté à Buchenwald, Jorge Semprun est libéré par les troupes de Patton, le 11 avril 1945. L'étudiant du lycée Henri-IV, le lauréat du concours général de philosophie, le jeune poète qui connaît déjà tous les intellectuels parisiens découvre à Buchenwald ce qui n'est pas donné à ceux qui n'ont pas connu les camps : vivre sa mort. Un temps, il va croire qu'on peu exorciser la mort par l'écriture. Mais écrire renvoie à la mort. Pour s'arracher à ce cercle vicieux, il sera aidé par une femme, bien sûr, et peut-être par un objet très prosaïque : le parapluie de Bakounine, conservé à Locarno. Dans ce tourbillon de la mémoire, mille scènes, mille histoires rendent ce livre sur la mort extrêmement vivant. Semprun aurait pu se contenter d'écrire des souvenirs, ou un document. Mais il a composé une oeuvre d'art, où l'on n'oublie jamais que Weimar, la petite ville de Goethe, n'est qu'à quelques pas de Buchenwald. | [Poche]
Commentaires Amazon| 2007-12-06 | Note : 5/5 | Différent On a là un roman, est-ce vraiment le bon terme, traitant de la déportation d'une façon différente de ce qu'on voit d'habitude. On a droit à quelques anecdotes de la vie dans le camps de Buchenwald, mais l'auteur nous offre surtout au fil du livre sa réflexion liée à ce récit, même entre-liée pourrait-on dire. C'est là que les choses sont vraiment intéressantes, et c'est cette prise de recul et ce lien entre les événements, le vécu et ce que cela peut évoquer intellectuellement à l'auteur qui va être délicieux.
L'auteur va ainsi nous faire découvrir la vie littéraire de l'époque, et nous allons parcourir avec lui des parties de sa vie. L'alternance entre les récits de moments de vie et les réflexions personnelles aide à rendre le tout agréable et entraînant.
| | 2007-04-08 | Note : 5/5 | Témoin de la Shoah, transforme l'impensable Alors qu'en janvier dernier l'on a fêté le cinquantième anniversaire de la libération des camps de concentration comme Auschwitz, que l'on voit fleurir quantité de témoignages , d'exhortations au trop fameux "plus jamais ça!!" où l'émotion et la grandiloquente indignation font de la mort un spectacle, Jorge Semprun publie une grand oeuvre de quarante ans d'effort.
Prisonnier à 21 ans au camp de Buchenwald,tout proche de Weimar-petite ville pleine d'une délicate intimité entre nature et culture, creusé de tant de beaux esprits- Semprun nous offre une oeuvre d'art à l'écriture épurée et sensible, un essai-récit où l'authenticité et le dérisoire cotoyent une réflexion sur l'homme et ses engagements, l'essentiel de sa lutte pour affirmer la vie quand la mort à tous les visages.
Philosophe, poète, écrivain, militant clandestin du partie communiste sous Franco-avant d'être exclu pour libre pensée-, Ministre de la jeune république espagnole, il raconte, sans rancoeur aucune, les années d'une obscure mémoire où le mal indélébile illumine l'appétit de vivre et de s'imbiber de l'esprit humain, qui ne l'a jamais quitté. Semprun nous parle d'acceptation de la vie et non de résignation, en des lignes de tourments pudiques, de ce que tout est susceptible de prendre valeur de signe et de jalonner son existence suivant la cohérence que l'on y décèle.
Si son ami Primo Levi a rendu compte dans son dernier livre des mécanismes de l'horreur et de la dégradation de l'homme plongé dans le système totalitaire, avant son suicide, J. Semprun aurait pu écrire avec G. Bataille que " comme les pyramides ou l'Acropole, Auschwitz est le fait, est le signe de l'homme. L'image de l'homme est inséparable, désormais d'une chambre à gaz...". Pourtant, il n'en va pas ainsi. Humblement il rapporte son expérience et l'espoir qu'il a d'en faire quelque chose, car Buchenwald fut au service du Nazisme comme du bolchevisme. Mais si pour J. Follain "La moindre fêlure-d'une vitre ou d'un bol peut ramener la félicité d'un grand souvenir..." Semprun, bien que réglant un compte avec l'histoire en y puisant des raisons de vivre, Semprun sait qu'il suffit d'un clignement de paupière pour revivre...son appartenance. J.-L. Brochier du magazine littéraire parle de chef-d'oeuvre, je dirais un livre, une pensée, une humanité qui compte dans une vie, ne serait-ce que dans celle du lecteur.
J.A. Lapasset
Levi P.: Les naufragés et les rescapés, Paris: Gallimard, 1989
Bataille G.: A propos de Jean-Paul Sartre, Réflexions sur la question juive, in Critique (1967), repris dans Oeuvres Complètes, Tome XI, Paris:Gallimard, 1988, P226
Follain J.:Félicité, poème p 101 in Exister suivi de Territoires, Paris: Gallimard, 1969
| | 2007-01-21 | Note : 4/5 | Réflexion sur la pensée comme vigilance continuelle à propos de la Shoah Semprun est un témoin précieux sur la Shoah et offre une réflexion aboutie sur l'horreur du concentrationnisme et le travail de mémoire. Son parti pris est le contraire de celui de Wiesel : il considère que la Shoah est si invraisemblable que l'art est l'une des rares manières de la rendre vraisemblable et de la faire connaître de tous... L'écriture ou la vie qui obtint d'ailleurs le Prix Fémina est le reflet de cette réflexion, il me semble. (?) Non loin de nous, des flammes montaient d'une fosse, des flammes gigantesques. On y brûlait quelque chose. Un camion s'approcha du trou et y déversa sa charge : c'étaient des petits enfants. Des bébés !", écrivait Wiesel. Semprun préfèrera s'interroger et c'est très humble et louable car cela laisse moins place à l'émotion instantanée : "(?) Comment raconter ?(?) dès le départ, j'avais pensé, même avant de songer à écrire une ligne, qu'il fallait construire une narration, qu'il fallait utiliser les procédés de la fiction narrative pour raconter la vérité et pour que la vérité devienne vraisemblable."
Toute vérité issue d'une mémoire et donc d'une subjectivité marquée par le temps reste relative. Très à la mode en ce moment, Semprun est aussi intéressant dans sa démarche même si celle-ci semble plus doctrinale et moins humaniste que celle de Si c'est un homme ou La Trêve ! J'avoue que la position de Semprun me semble philosophiquement assez juste même si je préfère Levi. Il ne faut jamais considérer une telle tragédie seulement dans l'émotion de l'horreur, sinon on ne pourrait plus en parler!
| | 2006-10-02 | Note : 4/5 | Touchant J'ai aimé lire ce roman (en est-ce vraiment un ?) car il m'a beaucoup touché et je l'ai trouvé très "intelligent". La lecture n'est pas toujours évidente par les propos et le style. Je le conseille pour l'émotion et la reflexion qu'il provoque chez le lecteur.
| | 2003-12-10 | Note : 4/5 | Une réalité mise en perspective grâce à l'art d'écrire Un livre qui rappelle l'horreur de la seconde guerre mondiale, l'antisémitisme... Buchenwald, Auschwitz... Comment faire comprendre aux lecteurs l'horreur présente, parure du Mal Absolu, lors de cette guerre? Jorge Semprun y parvient grâce à son art d'écrire, même s'il sait que pour comprendre, il faut avoir vécu les tortures et surtout avoir "traversé" la mort. Se comparant à un revenant qui n'est toujours pas tout à fait revenu, ses souvenirs le hantent, et il essaie de se rattacher à la vie par l'écriture. Résultat : un livre sur le ton de la confession, fabuleux témoignage pour ceux qui n'ont pas vu, senti l'odeur de la fumée des crématoires, ressenti cette peur omniprésente... Comment s'empêcher de frissoner à la lecture de ce livre?
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