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L'Excuse
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L'Excuse

De Julie Wolkenstein

Editeur : Editions Gallimard
Parution le : 10 Juin 2010
ISBN : 978-2-0704-3856-3
EAN13 : 9782070438563
 Sélection Rue des Livres
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"J'aurais dû m'en apercevoir dès le début : la première fois que je l'ai vue, le soir où elle a débarqué sur l'île avec ma mère et s'est encadrée dans la porte-fenêtre, éblouie par le décalage horaire et le coucher de soleil, tout coïncidait, tout concordait. Nous reproduisions déjà à notre insu la situation de départ de ce vieux bouquin de James que, comme tous les étudiants américains, j'avais lu à la fac quelques années plus tôt. Sur le moment je n'ai rien compris. Mais maintenant j'en suis sûr : sa personnalité, ses voyages, les hommes qui l'ont aimée, celui qu'elle a épousé, ses enfants, ses deuils, tout a été écrit, imaginé il y a un siècle. Je ne suis pas superstitieux. Je ne suis pas fou. Mais son destin imite exactement celui d'un personnage de roman qu'elle ne connaît même pas. Et qui se termine par ma mort. Je peux peut-être déjouer cette espèce de malédiction. Je n'ai plus beaucoup de temps, je sais ce qui me reste à faire."

  • [Poche]
  • Collection : Folio

  • Prix conseillé : 6,20 € - Prix : 5,89 €

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    2010-06-09Note : 5/5
    Un labyrinthe époustouflant
    Parler d'un tel livre n'est pas une chose aisée tant il est marquant et brillant en tous points.

    Ce roman est construit de manière particulièrement originale et labyrinthique où il fait bon s'y égarer, il faut oser emprunter toutes les petites ruelles qui se dessinent et prendre le temps de s'y balader, ne pas hésiter à explorer le moindre recoin, et l'aboutissement conduit à l'enchantement, l'on ne peut en sortir qu'avec des étoiles plein les yeux.

    Plus concrètement, Julie Wolkenstein met à l'honneur Henry James ainsi que son célèbre roman « Portrait de femme ». Ce n'est pas tant l'intrigue qui se trouve au centre de ce roman, non, c'est la façon dont l'auteure exploite avec audace et habilité le remarquable texte du célèbre auteur anglo-saxon afin de construire son propre roman. Julie Wolkenstein manie avec subtilité le texte dans le texte, les protagonistes, les jeux de piste, le fictif et le réel, le suspens littéraire en semant des indices au fil des pages et par-dessus tout, elle nous offre un admirable exercice de style, une reconstruction magnifiquement orchestrée !

    Une très belle littérature à découvrir ! Magistral !



    2010-03-30Note : 4/5
    Littérature comparée
    Nick est persuadé que Lise revit un roman écrit au XIXe siècle par Henri James. Les coïncidences l'ont convaincu : elle est Isabel et lui Ralph dans une distribution au XXe siècle. Comme Ralph, il se sait depuis longtemps atteint d'une maladie incurable et décide de laisser à Lise un curieux testament : trois caisses et un manuscrit.

    Les caisses sont pleines de souvenirs mais c'est surtout l'absence des trois « bouts » - le 21, le petit et bien sûr l'excuse qui donne son titre au roman- dans un jeu de tarot pourtant neuf qui éveille la curiosité de Lise. Le tarot fait écho aux nombreuses parties qu'elle a jouées avec Nick et leurs amis mais surtout aux derniers mots que Nick lui a adressés. Certaine que cette absence est une énigme, elle se lance dans un curieux jeu de piste à la recherche des bouts manquants.

    Le manuscrit« Déjà-vu » est le « Portrait de femme » anachronique que Nick-Ralph dresse pour Lise-Isabel. Le roman alterne entre la lecture du manuscrit et les réactions de Lise. Si « Portrait de femme » permet au départ de relire la vie de Lise, de la mettre en perspective et d'enrichir son interprétation, il va peu à peu aussi l'influencer puisque c'est selon ou contre ce canevas que Nick va intervenir dans la vie de Lise et la manipuler. Mais la vie de Lise permet en retour aussi de relire le roman d'Henri James ; Nick réinterprète la relation d'Isabel et Ralph, tel un « hyperlecteur » qui dépasserait finalement l'auteur. Gorgés de champagne et de bains de mer, les personnages auraient pu aussi être des nantis de Francis Scott Fitzgerald. Mais si l'argent est un facilitateur - peut-être même un peu trop pour les rebondissements de l'auteur - il ne rend pas toujours service.

    « L'excuse » est au final un brillant exercice de style, très littéraire mais pas pédant. La trame est originale. Cette lecture croisée est traitée comme une intrigue quasi-policière et ouvre des réflexions intéressantes sur la littérature, la lecture et le destin.

    2009-02-06Note : 5/5
    Une étincelante virtuosité
    L'Excuse de Julie WOLKENSTEIN est un roman formidablement brillant. Je dirai même étincelant.
    Le résumer à un exercice de style réussi serait par trop réducteur : c'est à la fois un roman palpitant, un policier à rebondissement et une réflexion sur la lecture et l'écriture. L'idée semble simple, et presque déjà vue : la vie de Lise Beaufort, jeune Française débarquée un beau jour aux États-Unis chez la première femme de son père, serait l'exacte reproduction du destin d'Isabelle Archer, l'héroïne du roman d'Henry JAMES, Portrait de femme. C'est son cousin - qui n'en est pas vraiment un puisqu'il est le fils de la première femme et n'a donc aucun lien de parenté "sanguin" avec Lise - qui le dit, qui l'affirme et qui va tenter de lui prouver, tout au long du livre, tout au long de sa vie, puisque les deux se confondent.

    Car là est le prodige et là est le vertige : littérature et vie se mêlent, s'entremêlent, deviennent inextricables au fur et à mesure que Lise progresse dans sa vie et dans sa lecture. Le roman débute à la fin de la vie de Lise, de retour à Matha's Vineyard, dans la demeure des origines. Tous sont morts et elle reste la dernière, celle qui doit déchiffer tous les signes, tous les indices que Nick lui a destiné, accompagnés de ses derniers mots de mourant : "Garde contre". Va s'ensuivre une histoire pleine de péripéties où le jeu de tarots tient une grande place.

    Ce roman est truffé de références, qu'elles soient littéraires, cinématographiques ou carrément érudites. Ne pas les connaître toutes ne pénalise absolument pas la lecture. En revanche, en retrouver certaines plonge dans un état de jubilation intense... Je n'ai personnellement jamais lu Portrait d'une femme - je sais, je sais, honte à moi - mais cela ne m'a absolument pas empêché d'évoluer dans le labyrinthe du roman. J'y ai retrouvé les théories d'Umberto ECO sur le "lecteur modèle", extraites de son Lector in fabula, analysées ici, ou encore l'esprit de Proust, cité d'ailleurs en exergue du livre.

    Ce roman est celui d'une universitaire, c'est indéniable. Il n'est cependant jamais pesant ou pédant, car la vie prend le pas sur la théorie. Oui, "la vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature", comme le dit Proust (voir plus bas l'extrait du Temps retrouvé où j'ai piqué la citation), oui, le lecteur a un rôle, celui de retisser les fils que l'auteur a laissé volontairement lâches. Mais tout ceci se fait dans le bonheur, celui des verres de champagne, des clam chowders et des baignades en mer, des apéritifs pris ensemble et des parties de tarot ardemment disputées. La vraie vie, donc...

    2008-12-01Note : 5/5
    Brillant, vraiment
    Dans les années 2000 au large de Boston... après la mort de tante Françoise, Lise hérite d'une maison sur l'île de Martha's Vineyard et de quelques boîtes laissées par son cousin (et ex amant) Nick décédé lui aussi, boîtes qui contiennent des photos, des cassettes, et un manuscrit intitulé déjà-vu. Dans ce manuscrit, Nick revisite Portrait de femmed'Henry James... Lise est-elle sûre d'être maître de sa vie, n'aurait-elle pas déjà été écrite un siècle plus tôt par le romancier anglo-saxon ? Troublants parallèles... Mais le jeu de piste va au-delà, à travers les trois bouts du jeu de tarot qu'elle doit retrouver, l'excuse, le 21, et le petit. Cartes qui lui donneront des éclaircissements sur sa vie, et la manipulation dont elle a été victime. Jusqu'à la toute fin, qui montre combien les codes du roman sont intéressants quand ils sont parfaitement maîtrisés.

    C'est surprenant, bien mené, bien écrit, on se laisse vraiment emporter dans cette reconstruction. Brillant exercice de style et très belle déclaration d'amour posthume, c'est de la littérature, de la vraie, et ce n'est absolument pas barbant ! Brillant, vraiment.



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