Un autre malentendu ? Auteur de génie, selon beaucoup, Albert Camus se devait d'essayer l'art délicat du théâtre. A la manière de Giraudoux, d'Anouilh et autres, l'écrivain se lance dans une tragédie prosaïque et au langage moderne et prend comme héros Caligula. Un essai qui lui vaudra sueur et mélancolie...Caligula est un empereur dément. Trop jeune pour gouverner, trop éclairé pour s'imposer, trop dérangé pour durer. Aimant d'une rare passion sa s?ur, provoquant à tout va les vieux sénateurs, jouant les tyrans despotiques auprès de sa cour, Caligula enrage devant la crainte révérencielle que voue son peuple aux interdits. Lui n'a qu'une idée en tête, le réveiller en lui dévoilant un chemin aussi effrayant qu'irréel. N'hésitant pas à tuer pour se faire comprendre (ou pour distraire son ennui trop grand), le jeune empereur romain se tisse un réseau d'ennemis bientôt invincible et ébranle l'amour que lui démontrent ses proches, comme sa femme Caesonia ou son jeune disciple Scipion. Le Malentendu est un huit clos : deux femmes, une mère et sa fille, que l'ennui ont transformées en meurtrières, tiennent un hôtel. Pour que leur rêve devienne réalité, vivre au bord de la mer, elles tuent leurs clients masculins et solitaires afin de leur dérober tous leurs biens. Mais un soir, un jeune homme arrive et cache son identité : il est le fils et le frère de ces deux pitoyables monstres. Deux pièces de théâtre compilées dans une belle édition folio malheureusement dénuées de suspens et de sentiment. On a parfois l'impression que le théâtre est, en réalité, pour Camus, un exercice de style dont il n'attend rien. Certes, le prix Nobel de la littérature certifie avoir mis du c?ur à l'ouvrage, mais l'on ne vibre que trop rarement. On pourrait rétorquer qu'une pièce de théâtre ne se lit pas, mais se vit sur scène... Ce serait dévaloriser la fougue et le talent d'un grand nombre d'auteurs dramatiques, à commencer par Beaumarchais (même si la comparaison est déroutante). Bien que replacées dans leur contexte historique (l'Occupation des années 40), les deux pièces ne parviennent à convaincre. De jolis coups de plume cependant...
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