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Villa Amalia
De Pascal Quignard
Editeur : Editions Gallimard
Parution le : 2 Mars 2006

Loin devant les villas sur la digue, elle se tenait accroupie, les genoux au menton, en plein vent, sur le sable humide de la marée. Elle pouvait passer des heures devant les vagues, dans le vacarme, engloutie dans leur rythme comme dans l'étendue grise, de plus en plus bruyante et immense, de la mer.

La presse en parle

Il paraît que le roman séduit particulièrement les lectrices, sans doute parce que Quignard donne à son personnage principal, une femme quadragénaire, la liberté de recommencer sa vie. Après 15 ans de mariage, Ann Hidden, musicienne célèbre, aperçoit son mari avec une autre femme. Aucune preuve d'un adultère, mais un baiser aperçu, au loin, cela suffit à vouloir tout changer. Elle vend sa maison, quitte son travail, éjecte patiemment et radicalement son mari hors de sa vie. "Il faut tout jeter se disait elle, quelque angoisse que j'éprouve, il faut tout jeter. Se séparer de tout". Quignard, fasciné à l'évidence par les vies radicales, ces choix extrêmes tellement romanesques, entreprend alors l'écriture d'une renaissance. Et l'on est happé par son style, sec, incisif. Les phrases sont courtes, implacables, une petite musique, appelons là une fugue, se met en place. Chacun des gestes de l'héroïne est précis. On se croirait dans un film noir, elle agit avec précision, telle une meurtrière, le meurtre, c'est la mort de son destin tracé et l'invention d'un autre. Le roman pourrait s'intituler "Place nette". L'héroine fait place nette et s'installe en Italie, sur l'île italienne d'Ischia, près de Naples. Elle loue une villa et sa vie va effectivement prendre un deux trois tournants, au gré des rencontres. Seul point fixe de son existence, la réapparition de Georges, ami d'enfance dévoué, fidèle. Quignard fait de nous les observateurs attentifs de cette vie choisie. Nous sommes aux premières loges, fascinés par ces gestes découpés au scalpel. Ann Hidden vide, brûle, puis jubile une fois seule, avec pour compagnons, le bruit du vent, des vagues, et le son du piano. Le choix de sa vie nouvelle enrichit peu à peu celle que l'on se surprend à aimer ou à détester. Elle change et ce changement apparaît subtilement. "La souffrance, la nage, l'amour, la musique, la faim avaient d'elle une femme intense" écrit Quignard, mais va t-elle jouir impunément de cette liberté? Quignard, longtemps critiqué pour ne plus écrire que des livres obscurs et illisibles agit sans doute en grand romancier pour prouver son savoir faire, il est habile. Mais on le suit . Car, avec ce style magnifique d'épure, il parle de passions et de douleurs, de la mort, du temps qui passe et du désir, notamment du désir de fuir sa vie, celui que l'on éprouve, parfois, sans oser passer à l'acte.

Vincent Josse, France Inter

Commentaires Amazon

2008-08-04Note : 4/5
Chassés-croisés.
Une femme poursuit un homme dans la nuit. Elle le découvre avec une autre femme. Au même moment, un ancien camarade de classe, perdu de vue depuis une quarantaine d'années, la surprend...
A priori on pourrait avoir là tous les ingrédients d'un bon roman de gare propre à nourrir une insipide série américaine, mais l'auteur, loin de tout cela, nous entraîne sans cesse d'inattendu en surprise, de désamour en amour. Pour mieux apprécier le récit, il convient donc de n'en pas trop dire, mais on peut néanmoins dessiner le personnage principal, Ann, qu'un narrateur, qui ne se dévoile que très tardivement, nous montre passionné, troublé, contrasté, capable de choix radicaux allant jusqu'à tenter de se détruire socialement pour mieux renaître à une vie que l'on se choisit et que l'on croit pouvoir maîtriser.
La musique s'érige en véritable fil rouge du roman. Tout comme Ann vit de ses compositions et transcriptions, les personnages semblent chacun tenir une ligne de ce qui pourrait s'apparenter à une symphonie parfois concertante, mais toujours inachevée. Les voix se mêlent et se croisent et n'ont que faire des règles académiques. Les couples se forment, se détachent, se croisent, parlent d'amitié ou d'amour, ne regardent pas le sexe de l'être aimé, mais cherchent une forme de bonheur qui n'a de cesse d'échapper à ceux qui veulent l'enfermer.
De la même manière, la mer se retrouve toujours face aux personnages, des bourrasques de l'Atlantique breton aux couleurs de la mer Tyrrhénienne. Le lecteur se laisse emporter par les mouvements imprévisibles des vagues, cherche à les retrouver dans une musique qu'Ann veut plus libre, libérée de la servitude de tout instrument lors de sa composition, et qui cherche à retranscrire une intensité et une réalité humaines toujours plus complexes que ce que l'on parvient à écrire.
C'est là sans doute l'une des gageures de Pascal Quignard : s'il parle de création musicale cherchant à traduire le chant profond et ineffable des êtres, son roman s'attache à retranscrire à sa manière, grâce à la création littéraire, une part de l'indicible des relations humaines.


2008-06-01Note : 3/5
Une étrange symphonie
Le style ? Il est de prime abord d'une simplicité surprenante. Des phrases brèves, souvent réduites à : sujet - verbe - complément. Les descriptions ? Elles sont parfois d'une grande banalité quand l'auteur nous dépeint avec détails la vie quotidienne. L'histoire ? Elle frôle souvent l'excès, tant on assiste à une accumulation de drames et de tempêtes, en un temps très court.
Et pourtant, quelque chose se dégage, dès les premières pages, qui nous tient en haleine. Ce livre est une sorte de mélodie saccadée, intense, fievreuse. Une musique qui enfle, qui gronde, qui se charge d'émotions et de tensions. Tout comme l'héroine est musicienne et compositeur, c'est comme si Pascal Quignard avait écrit une oeuvre musicale. Le rythme, la cadence, les changements de narrateur forment un tourbillon. Une symphonie ardente. Les sons s'entrechoquent, grondent, s'apaisent, et s'intensifient à nouveau. L'auteur crée des changements de tons et de rythme, alternant non-dits, mystères et détails les plus insignifiants.
Et puis, il y a la Villa. Le refuge. Le lieu de tous les bonheurs, mais un lieu éphémère. Havre de paix à peine trouvé, déjà perdu. Symbolique. Comme si la vie dans son ensemble n'était que souffrances et combats ponctués de très rares moments de grâce et de bonheur. On croit les saisir, mais ils volent facilement en éclat. Alors, on continue à vivre avec leur souvenir. Souvenir, qui bien que toujours un peu douloureux, finit par devenir réconfortant. Une trace du bonheur.

2006-07-31Note : 5/5
Tout oublier, tout laisser derrière soi pour renaître à la vie...
Pascal Quignard nous revient ici avec un roman de facture classique, comme un repos depuis l'oeuvre très spirituelle et personnelle qu'est le Dernier Royaume.

Le retour au romanesque avec cette fois-ci une figure féminine, musicienne compositrice de 47 ans, qui décide d'abandonner sa vie actuelle, les valeurs auxquelles elle appartenait, après avoir découvert l'infidélité de son compagnon. Elle va même jusqu'à changer d'apparence (physique, vestimentaire), et part s'exiler en Italie. Partir à l'état pur, se réfugier dans une villa au toit bleu située au pied d'un volcan.
Une fuite dans un autre temps, renconstruisant sans cesse sa vie à travers d'autres vies, tombant amoureuse d'une maison, d'une petite fille. On retrouve l'image de la cabanne, sorte de matrice où l'on se retire pour composer (le Gumpendorf, comme la cabanne de Sainte Colombe dans Tous les Matins du Monde).

C'est un roman à la troisième personne, et puis au milieu du livre, un homme arrive, qui ressemble beaucoup à l'auteur, et dit "je", comme un témoin de la vie du personnage principal.

On retrouve un univers très bucolique cher à l'auteur, ainsi que son souci du détail dans ses descriptions d'endroits, de pièces intérieures, de jardins, qui font penser à des natures mortes.
Ici, Quignard est plus que jamais à la recherche du pur, du dénué, tel l'enfant encore dans le ventre de sa mère. Il décrit une femme sans nous dévoiler toutes ses émotions profondes, la laissant là, à son désir de fuite et de retour à la terre, à sa condition première.

Roman très profond, qui revient hanter l'esprit du lecteur longtemps après l'avoir terminé sur ce mot: "au paradis". Avoir suivi cette femme pendant trois cents pages et l'avoir laissé vieillir a quelque chose de cruel, tant cette idée d'abandon et de renaissance nous a tous traversé l'esprit au moins une fois dans notre vie. Cela m'arrive tout le temps.
Et cette relation que le lecteur noue avec le personnage trouve un écho très marquant dans une phrase à la fin du livre: "L'envie que l'autre a de soi invente un règne dont la disparition l'emplit de douleur".

2006-05-21Note : 4/5
Oui, mais!
Si la Villa est à vendre, j'achète. Pour le livre, je suis partagée.C'est l'histoire d'une femme, qui décide de quitter son compagnon (depuis seize ans) et de recommencer sa vie. Très aisément, elle vend sa maison, ses meubles, ses pianos (c'est un grand compositeur), donne ses vêtements, change d'apparence et part se réfugier temporairement chez un ami d'enfance, soudainement réapparu au bon moment.
Je n'aurai pas pensé, que cela soit si simple de renoncer à son passé, son amour, sa vie quotidienne.
Les étapes de sa nouvelle vie vont s'enchaîner facilement, un peu trop à mon goût. On ne sait jamais ce que pense, ressent réellement l'héroïne Ann Hidden, tout est bouleversé, elle laisse son compagnon, sa mère , son ami et elle reste lisse, déterminée dans sa quête d'exil.

Alors, de ce livre, il me reste une très belle écriture, un portrait de femme dans sa volonté de détachement, de très belles images de maisons et surtout celle de la Villa Amalia, un paradis sauvage, sous le soleil au bord de l'eau.

Au final, j'ai aimé ce livre au style très dépouillé, abrupt, mais certains aspects à peine effleurés de l'héroïne m'ont manqués.



2006-04-27Note : 5/5
le meilleur roman de Quignard
J'ai terminé ce dernier roman de Pascal Quignard il y a environ deux semaines, et je reste encore plongée dans la beauté et la béatitude de ce livre superbe, magnifique.
Je le considère comme son meilleur roman, d'une sensibilité bouleversante, et enfin cet écrivain réussit un roman épuré, dépouillé, ce qui rend les sentiments de cette jeune femme plus intenses, les sentiments se passant de fioritures. Cette simplicité de l'écriture rend le livre d'une force incroyable.
Anne Hidden est une femme que l'on voit changer au fur et à mesure de la lecture, "Hidden" comme dit Quignard dans son roman signifie "caché" en anglais. Ann Hidden part pour tout abandonner, pour ne garder comme unique contact celui de son ami Georges retrouvé par hasard alors qu'elle observe, cachée, l'homme qui partage sa vie avec une autre femme. c'est le déclic pour Ann, le déclenchement d'une autre vie, nouvelle, le début d'une fuite, le recommencement de sa vie, elle change de vêtements, de coupe de cheveux, Ann Hidden semble avoir un visage nouveau.
Elle part pour Ischia... petite île près de Capri, au large de Naples.
Villa Amalia est un roman sur lequel je ne peux pas encore poser suffisamment de mots, j'aimerais tant en parler plus longuement, c'est un bonheur à lire, à vivre encore quand la lecture est terminée, achevé, un roman que l'on n'abandonne pas quand la drnière page est lu, un roman qui reste, indélébile de la mémoire, ce qui est un gage de talent, d'un livre réussi. Un livre qui vous marque, que l'on ne peut pas oublier...

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