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Table rase

Table rase

Auteur :

Editeur : Editions Gallimard

" "Cyprien ? Tu n'as pas peur de te lasser de mon corps ?" me demande Flavie d'un ton désinvolte. Bien sûr que je vais me lasser de son corps. Comme j'en ai eu assez du squash, des animaux domestiques, des vacances entre amis, des noëls en famille, des salles de cinéma, des voitures trois portes, des abonnements téléphoniques, des films de Godard, des livres de Duras, des expos le dimanche après-midi, des premiers pique-niques en avril, des soirées où l'on doit repartir avec le dernier métro, des chauffeurs de taxi qui veulent absolument parler (surtout quand on vient de rater le dernier métro), des gens qui disent "Je veux dire" et qui ne disent rien, de ceux qui demandent "Tu vois ?" et qui ne nous montrent rien, des ticket-restaurant d'une valeur inférieure au prix du plat du jour, des dépanneurs qui terminent leur intervention par " Et voilà, ce n'était pas grand-chose " et qui reviennent deux jours plus tard, des étudiantes de Sciences-Po... J'ai trouvé plaisante chacune de ces choses (aimant certaines passionnément) et les ai détestées par la suite. Pourquoi en irait-il autrement pour le corps de Flavie ? "

16,25 €
Vendeur : Amazon
Parution :
224 pages
ISBN : 978-2-0707-7926-0
Les avis

La presse en parle

On trouve dans ce roman des phrases comme celle-ci : « A l’instar de beaucoup de jeunes hommes de 28 ans, Adrien en a d’abord eu 14. » Ou comme celle-là : « Faut vraiment être certain de son sex-appeal pour inviter une fille voir la Jeanne de Péguy. » Léger, brillant, désinvolte, piquant, volontiers fantaisiste voire cocasse, Table rase, deuxième roman de Jean-Baptiste Gendarme, séduit d’abord par l’impertinence de son style et l’élégance de sa phrase. Les scènes, les personnages, les considérations les plus diverses, les digressions en série s’enchaînent, rapidement troussées, sur le mode marabout-bout de ficelle. Le propos pourtant est fort sombre. Minutieusement organisé autour d’une absence – celle d’une mère victime d’un accident de voiture –, Table rase raconte, en biais, le destin de ses deux fils. Adrien, l’aîné, que l’on retrouve une quinzaine d’années plus tard en séjour psychiatrique. Et Cyprien, le narrateur, sans doute le plus proche de l’auteur, né comme lui en 1978, qui court après les filles et la vie, observateur du monde, solitaire et désenchanté. Et c’est sans doute à cet endroit que le roman touche le plus. Dans cet art de la distance ironique, cette façon de dire sans s’approcher trop près, d’être juste, précis, mordant, en demeurant à la lisière. Jean-Baptiste Gendarme empile les sacs de sable, protège, colmate, édifie une barrière bien haute et bien étanche. Le cœur de son livre – inaccessible directement – n’en est que plus incandescent.

Michel Abescat, Télérama n° 2944

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