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Dans les veines ce fleuve d'argent
De Dario Franceschini
Editeur : Editions Gallimard
Parution le : 2 Mai 2008
Sélection Rue des Livres

A l'heure où sa vie s'approche de son automne, Primo Bottardi décide de revenir sur les lieux de sa jeunesse et de retrouver un ami qui lui avait posé quarante ans plus tôt une question à laquelle il n'avait pas su répondre. Son périple le ramène au bord du Pô, parmi les pêcheurs d'esturgeons, dans une atmosphère de brume et d'eau qui change la plaine en un mirage infini. La présence immémoriale du fleuve imprègne les faits et gestes des hommes. Elle nourrit leur vie, s'insinue dans leurs rêves et les saisit parfois de crainte ou d'effroi, jusqu'à la tragédie finale qui confère au récit les accents définitifs du mythe. On a pu parler à propos de ce roman de « réalisme magique ». La lenteur du voyage, le pittoresque des personnages, la douceur des rencontres et le sortilège de maints épisodes contrastent avec la silencieuse et obscure pression du destin que l'on sent peser sourdement et qui révélera enfin son visage dans une scène inoubliable et foudroyante.

  • Littérature étrangère

  • Commentaires Amazon

    2008-08-15Note : 5/5
    Une écriture qui mime le cours du Pô ...
    Primo Bottardi est un homme singulier : il a toujours confondu le silence avec le froid. Seul le bruit peut le réchauffer. Mais parmi les paroles chaleureuses de sa femme et de sa fille, il mène une existence paisible.
    A l'automne de sa vie, alors qu'il se laisse aller dans un moment de silence, il pense à son vieil ami Massimo Civolani qu'il n'a pas revu depuis plus de quarante ans. Celui-ci lui avait posé une question et Primo ne lui avait pas répondu. Plus de quarante après, l'urgence de lui répondre s'impose.
    Mais après tant d'années, il ne sait pas où le trouver. Miraglia, son ancien professeur, le sait peut-être ?
    Malheureusement, hormis une carte postale reçue il y a plusieurs années, le professeur ne sait pas où vit Civolani. Il l'envoie vers Scabbia qui semble avoir gardé contact avec lui. Mais là non plus, la réponse est imprécise. Hormis le nom d'un village, Lenticchia, l'homme ne sait pas où se trouve Civolani.
    Primo décide de partir en train dès le lendemain. Arrivé au village, il fait la connaissance d'une femme qui a très bien connu Civolani. Mais cet homme -qui désormais se fait appeler Capoccia - pêche l'esturgeon et il ne vit plus ici : il est plus en amont sur le fleuve.
    Commence alors une longe route pour Primo. Ses compagnons de voyage ? Le Pô bien-sûr, qui recèle de nombreux trésors, et un charretier Francesco Artioli.

    La narration est comme la charrette : elle prend son temps (et qu'est-ce que j'ai savouré ce temps suspendu !) et il n'est pas rare que des digressions pointent le bout de leur museau dans ce roman.
    Ainsi on apprendra qu'un village a été plongé dans le brouillard et que seules les femmes étaient capables de s'orienter dans cette brume ; qu'ailleurs des villageois perdent leur identité chaque jour ... que chaque jour ils recommencent une nouvelle vie. Le Pô, toujours en arrière plan, apporte lui aussi son lot de légendes.
    L'écriture du roman est à l'image du fleuve : elle tourne et s'engouffre dans tous les recoins de la mémoire. (Bravo à Chantal Moiroud pour son travail de traduction.)

    J'ai apprécié cette narration lente : dans notre monde où tout va extrêmement vite, ce choix est audacieux. Mais j'ai vraiment aimé goûter aux joies du fleuve, aux couleurs brumeuses des paysages, à l'onirisme qui prend le lecteur au détour du Pô.
    Dario Francheschini signe là un premier roman rempli d'une douce magie perceptible dès les premières pages.
    (Le livre a été récompensé par le prix Bacchelli et le prix du premier roman au festival de Chambéry.)

    Quant à la question qui porte Primo vers son ami ? C'est à la fin du roman que vous la connaîtrez et vous commprendrez pourquoi Primo a entrepris ce voyage.

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