 | Les deux Républiques françaisesDe Philippe Nemo
Editeur : Presses Universitaires de France - PUF Parution le : 7 Avril 2010 ISBN : 978-2-1305-8273-1 EAN13 : 9782130582731
En réalité, notre Marianne nationale ne représente pas une seule et unique République pour tous les Français. Ceux-ci se font de ce régime deux conceptions bien différentes, qui reflètent des discordes politiques, sociales, économiques et culturelles. Pour les uns, la République est un État de droit démocratique et libéral, pour les autres, un projet de société étatiste et socialiste.Comment pourrait-il y avoir en France un consensus dès lors qu'on s'en fait des représentations aussi antagoniques ? Le propos de cet essai est d'étudier cet antagonisme, sa nature exacte, ses origines historiques et son devenir au cours des deux derniers siècles. Pour l'auteur, 1793 et la Ire République ont aboli l'oeuvre constitutionnelle et législative de 1789, représentative de l'esprit des Lumières, car « la Révolution et la République sont deux choses différentes », et « 1793 est une religion honteuse, non consciente d'elle-même qui se présente comme un athéisme, un laïcisme et un matérialisme qui fonctionne sociologiquement comme une religion () Pour son malheur, la France a donné à cette religion (que l'auteur appelle la Gauche, en expliquant ses raisons) l'église dont elle avait besoin, c'est l'Éducation nationale » : d'où, selon lui, la reproduction des mythes identiques d'une génération à l'autre et l'impossibilité d'un véritable débat.
Philippe Nemo est professeur au Groupe École supérieure de commerce de Paris, où il enseigne l'histoire des idées politiques et sociales. |
Prix conseillé : 15,50 € - Prix : 14,73 € |
Acheter ce livreAmazon
 | | Acheter chez votre libraire Indiquez votre code postal pour trouver les librairies près de chez vous |
Commentaires Amazon| 2010-01-28 | Note : 5/5 | Du petit lait... J'ai beaucoup apprécié la lecture de ce formidable ouvrage de philosophie politique, écrit de manière très limpide, à la façon d'un très bon cours d'Histoire.
Je l'ai savouré lentement, pour mieux m'en délecter de toute la substance. Car c'est un ouvrage vraiment très riche, plein d'enseignements précieux, voire d'érudition. Mais cela tient surtout à son auteur, à l'origine de nombreuses publications de qualité à l'image, entre autres, d'une monumentale Histoire des idées politiques dans l'Antiquité et au Moyen Age suivie d'une Histoire des idées politiques aux temps modernes et contemporains, ou encore d'un très intéressant Qu'est-ce que l'Occident ?.
Ici encore, on apprend beaucoup. Ainsi, si l'on sait que notre pays, la France, se caractérise par une particulière importance des mouvements révolutionnaires, désireux de rompre avec le capitalisme ou de "changer de société", si l'on sait que les tentations totalitaires (même si elles ne portent pas ce nom) ont été légion, et si l'on sait, pour reprendre les mots de Philippe Némo, qu'"il ne s'est pas instauré en France, comme en tant d'autres démocraties libérales, une bipolarisation entre un parti (ou une coalition) de droite et un parti (ou une coalition) de gauche modérées, du type conservateurs-travaillistes en Angleterre, ou républicains-démocrates aux Etats-Unis, où les deux adversaires s'opposent sur les politiques concrètes (le taux souhaitable de prélèvements obligatoires, la nature et le degré d'intervention dans l'économie, le choix et l'ampleur des politiques sociales, etc.), mais admettent les mêmes institutions et le même modèle global de société", on ne sait en revanche pas forcément bien dire pourquoi.
Et c'est la force de cet ouvrage que d'en expliquer les causes, grâce aux explications historiques.
Ainsi, partant de la Révolution française, Philippe Némo montre en quoi on peut opposer très nettement les idées de 1789, véritablement fondatrices de ce que l'on appelle la démocratie libérale, de celles de 1793, qui elles n'ont pas grand chose de démocrate et moins encore de libéral. Je schématise, bien sûr, ici à l'excès ; il faut lire l'ouvrage pour mieux comprendre toute la subtilité de la thèse.
Toujours est-il que cette opposition radicale entre ces deux tendances a des conséquences fondamentales et explique beaucoup de choses dans l'histoire politique de notre pays jusqu'à aujourd'hui. 1793 n'a duré qu'un an, mais a laissé des traces durables.
Cet essai vaut, ensuite, par son rétablissement d'un certain nombre de vérités.
On sait tous que l'Histoire a beaucoup eu tendance à "être réécrite" au cours des précédentes décennies (voir, entre autres, L'histoire assassinée : Les pièges de la mémoire de Jacques Heers, L'histoire interdite de Thierry Wolton, ou encore Historiquement correct : Pour en finir avec le passé unique de Jean Sévilla), en particulier avec les lunettes déformantes des principes de la lutte des classes et toute la désinformation qu'elle implique (voir, par exemple, la Petite histoire de la désinformation de Vladimir Volkoff).
C'est pourquoi Philippe Némo s'attaque ici à un certain nombre de mythes qui ont la vie dure et déforment la vision que nous pouvons avoir de notre société ou les rapports politiques qui la modèlent.
Le premier mythe est celui-ci : "1793 aurait été démocrate". Rien de plus faux lorsque l'on s'intéresse de près aux événements et que l'on sait avec quelle violence inouïe ceux-ci se sont enchaînés (voir par exemple Révolution française, Tome 2 : Aux armes, citoyens ! (1793-1799) de Max Gallo). Et, non seulement la violence, les émeutes et autres "voies de fait" ont toujours été de mise dans la tradition des héritiers de 1793, mais en outre le plein respect des élections puis de leurs résultats n'ont pas non plus toujours été le fort de ces derniers. Les nombreux faits ici exposés le justifient.
La très intéressante explication de Philippe Némo vaut également son pesant d'or, reposant sur le "millénarisme laïcisé" de cette orientation.
Deuxième mythe : "1793 aurait fondé la République". Là encore, un peu d'histoire permet de montrer que les choses sont loin d'être aussi caricaturales, loin s'en faut. Mais je vous laisse le découvrir, par la lecture de l'ouvrage, par volonté de ne pas simplifier à outrance.
Troisième mythe : "1793 aurait été laïque". On pourrait plutôt parler de laïcisme, tant l'anticléricalisme a dérivé vers le fanatisme, puis les persécutions multiples et répétées.
On appréciera tout particulièrement le long exposé sur les francs-maçons, sujet que je connaissais très mal et mouvement dont je sous-estimais l'importance jusque-là. Très instructif.
Le rôle majeur de l'école, notamment, est particulièrement marquant et assez central ici dans l'orientation politique de notre pays.
Quatrième mythe : "1793 aurait été dreyfusard". Un sacré mythe, qui a la vie dure et qui est un sacré mensonge ! (là encore, place à l'histoire et au déroulement factuel des événements, dans le respect de la chronologie). Avec des conséquences très lourdes sur la rupture effroyable que cela a provoqué en définitive, puisque l'on a alors assisté à une spectaculaire recomposition des blocs politiques, qui scelle la fin de l'espoir d'une "conjonction des centres" conforme à ce que nous évoquions plus haut et correspond à la situation politique de la plupart des démocraties libérales.
Cinquième mythe : "les adversaires de 1793 auraient été nazis". De l'influence du marxisme dans la culture française d'après-guerre et de ses origines (pour faire court). Ici, vous n'apprendrez pas grand chose de plus que ce que vous connaissez certainement.
Et sixième mythe : "Il n'y aurait de républicains qu'à gauche". On peut toujours refaire l'Histoire... Mais on peut aussi la relire au fil des faits et des événements. On s'aperçoit alors que cela ne coïncide pas forcément (en cohérence avec ces deux mythes, voir par exemple Les contre-réactionnaires : Le progressisme entre illusion et imposture de Pierre-André Taguieff).
Un ouvrage, en définitive, magistral. Très intéressant et très instructif.
Je ne saurais que trop vous en conseiller la lecture.
| | 2009-11-05 | Note : 3/5 | Bof... Ce livre enfonce, finalement, des portes ouvertes. Toute société est un équilibre qui résulte de la lutte entre conceptions de la société, entre intérêts antagonistes. François Guizot, historien libéral de talent, écrivait en 1828, dans son Histoire de la civilisation européenne:
« L'Europe moderne est née de la lutte des diverses classes de la société (...) En Asie, par exemple, une classe a complètement triomphé et le régime des castes a succédé à celui des classes et la société est tombée dans l'immobilité. Rien de tel, grâce à Dieu, n'est arrivé en Europe. Aucune classe n'a pu vaincre ni assujettir les autres ; la lutte, au lieu de devenir un principe d'immobilité, a été une cause de progrès ; les rapports des diverses classes entre elles, la nécessité où elles se sont trouvées de se combattre et de se céder tour à tour, la variété de leurs intérêts et de leurs passions, le besoin de se vaincre sans pouvoir en venir à bout, de là est sorti peut être le plus énergique, le plus fécond principe de développement de la civilisation européenne »
Comme quoi, la lutte des classes est un facteur fécond de construction des sociétés, pour autant qu'on n'en fasse pas une lecture marxiste où l'une doit écraser l'autre. Dire que le nazisme est l'enfant de 1793 est une absurdité qu'il n'est pas besoin de commenter.
La gauche française ne devient profondément débile qu'avec la venue du communisme qui a certes tenté un hold-up sur l'histoire de la Révolution. Mais les dérives de 1793 ont duré moins de un an et bien moins longtemps avec bien moins de morts que la Révolution anglaise et la dictature de Cromwell qui, toutes durées confondues ont duré 28 ans! (1640 -1688). Mais comme elle a accouché d'un système à la base du libéralisme moderne, on lui pardonne tout.
Némo, comme d'habitude, fait plus oeuvre d'idéologue libéral que d'historien. Ce livre est plus un essai qu'une histoire des idées politiques. Le mélange des genres ne donne jamais rien de bon. Il suffit de voir les réactions "enthousiastes" de certains lecteurs qui réagissent en idéologues et en militants politiques pour s'en convaincre.
| | 2009-07-09 | Note : 5/5 | Remarquable Excellent fresque historique brossée par Philippe Nemo, auteur des déjà très remarqués deux volume d'Histoire des idées politiques, de l'Histoire du libéralisme en Europe ou encore de Qu'est-ce que l'Occident ?.
Partant de la Révolution française, parcourant les XIXe et XXe siècles, et en particulier l'Affaire Dreyfus, la Deuxième Guerre mondiale ou encore la lutte anticléricale de la fin du XIXe siècle, Philippe Nemo en conclut que depuis plus de deux siècles s'opposent en France deux idéaux-types, au sens de Weber. Le premier est démocrate-libéral, garant du respect des minorités, de la liberté et de la justice, de l'équilibre des pouvoirs, c'est "1789". Le second est jacobin, unanimiste, égalitariste, fondé sur un millénarisme qui puise ses racines dans les jacqueries du Moyen Age, c'est "1793". Tout oppose ces deux idéaux-types.
Au fil des siècles, des figures historiques, des événements, "1789" et "1793" vont entrer en conflit. L'apparition de l'Eglise de "1793", l'Education nationale, marquera la victoire à ce jour décisive de la tendance jacobine, au détriment de la tendance libérale. Les tenants de "1789" ont aujourd'hui bien du mal à se faire entendre. Mais il n'est pas dit pour autant que "1793" ait définitivement gagné. A une nouvelle génération de relever ce défi.
| | 2009-07-09 | Note : 5/5 | Les 2 républiques Simplement passionnant, édifiant. L'analyse sur l'Education Nationale est remarquable de lucidité et de cruelle vérité.
| | 2009-04-26 | Note : 5/5 | Analyse pénétrante des ressorts de la politique française Excellente analyse de l'histoire de France depuis la révolution montrant que deux courants se sont constamment opposés et succédés: un courant libéral et démocratique s'inspirant des principes de liberté individuelle de 1789; un courant radical, socialiste voire révolutionnaire qui s'inspire des principes totalitaires de 1793. L'auteur montre avec force exemples à l'appui que non seulement ces deux visions de la République se sont concurrencées, mais que celle de 1793 a essayé par tous les moyens, de se parer de vertus qu'elle n'a pas.
Ce livre éclaire à merveille le présent. A lire absolument.
|
Donnez votre avis  Vous devez être inscrit pour poster un avis sur ce livre. Pour vous inscrire, cliquez ici.
|