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Fiche livre | | |
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 Cliquez pour agrandir | Miss Charity De Marie-Aude Murail Editeur : L'Ecole des Loisirs Parution le : 6 Novembre 2008
Charity est une fille. Une petite fille. Elle est comme tous les enfants : débordante de curiosité, assoiffée de contacts humains, de paroles et d'échanges, impatiente de créer et de participer à la vie du monde. Mais voilà, une petite fille de la bonne société anglaise des années 1880, ça doit se taire et ne pas trop se montrer, sauf à l'église, à la rigueur. Les adultes qui l'entourent ne font pas attention à elle, ses petites sœurs sont mortes. Alors Charity se réfugie au troisième étage de sa maison en compagnie de Tabitha, sa bonne. Pour ne pas devenir folle d'ennui, ou folle tout court, elle élève des souris dans la nursery, dresse un lapin, étudie des champignons au microscope, apprend Shakespeare par cœur et dessine inlassablement des corbeaux par temps de neige, avec l'espoir qu'un jour quelque chose va lui arriver... | Jeunesse
Commentaires Amazon| 2008-12-30 | Note : 5/5 | une merveille ! Ce roman est un refuge, dans lequel les 560 pages ne sont pas de trop pour nous couver, nous dorlotter, nous emporter. On ne se lasse pas une minute, on plonge, on adore et on décolle pour une autre dimension, on vit à l'heure victorienne dans cette Angleterre riche et prospère, un peu crispée et hypocrite sur ses arrières. C'est aussi l'histoire d'une jeune demoiselle, sensible et cultivée, intelligente et originale. Miss Charity Tiddler, née en 1870, est l'unique rejeton d'un couple guindé, qui appartient à la bonne société. C'est une enfant solitaire, elle aime trouver refuge au troisième étage de la demeure familiale, dans sa nursery où elle cache sa petite ménagerie. Car Charity s'entoure de petits animaux (des souris, des grenouilles, des lapins, des canards etc.) et passe son temps à les observer pour les dessiner, les peindre à l'aquarelle.
Son goût des sciences naturelles, ses longues promenades dans la campagne du Kent, ses discussions en aparté avec ses compagnons animaux et ses lectures de Shakespeare qu'elle apprend par coeur ne font pas d'elle une jeune lady appliquée. Et c'est justement parce que Charity Tiddler ne convient pas à l'image moulée et à l'archétype attendu qu'on s'attache à elle, en reconnaissant implicitement un parcours à la Beatrix Potter... Mais c'est de manière générale un hymne à la littérature, à travers Jane Austen, la comtesse de Ségur, Charlotte Brontë et George Sand, pour ne pas en nommer davantage, que cet épais ouvrage nous convie. C'est un véritable enchantement. Un remarquable travail de finesse, d'humour, de délicatesse. Et les illustrations de Philippe Dumas sont un atout inestimable dans cet ensemble raffiné.
J'ai tout bonnement adoré, c'est simple, je ne voulais plus en sortir. J'ai aimé les mille petits détails qui fourmillent à chaque page, la belle description de l'éducation anglaise, la volonté encore balbutiante de l'émancipation de Charity, son tempérament teinté de discrétion et de modestie, ses bonnes manières, sa gentillesse, son amitié pour sa gouvernante française et pour sa bonne, une écossaise à la chevelure rousse, Tabitha, qui raconte des histoires folles parce qu'elle-même est ravagée. Et Charity, à l'aube des manifestations d'indépendance pour la femme, apparaît davantage excentrique et incomprise. C'est une originale, certes, mais surtout elle est différente, rêveuse et douée. Elle chante faux, joue mal du piano, fuit la broderie mais elle se révèle dans le dessin et l'aquarelle. Elle comprend très vite une chose, « Autant les fleurs et les champignons trouvaient facilement leur nom et leur définition au clair soleil de ma raison, autant les choses humaines se déposaient au fond de moi, toutes grises et indécises. ». Miss Charity ne se mêle pas aux sorties mondaines, noue des relations profondes avec des personnages jugés inconvenables, comme Kenneth Ashley, un ami d'enfance de ses cousins, un fils de fermier qui s'est lancé dans le théâtre. Quelle belle rencontre, d'ailleurs. Ce jeune homme est remarquable, effronté et coquin pour l'apparat, mais sa fantaisie est attirante ; et on ressent presque des petits papillons dans le ventre lorsqu'il fait son entrée et taquine la timide Charity.
En bref, j'ai plus qu'aimé. Je me suis noyée avec bonheur dans ce roman-pavé de près de 600 pages. Impossible de l'abandonner. C'est en outre regrettable de tourner la dernière page et de lâcher la main de Miss Charity. Marie-Aude Murail a su brillamment nous enchaîner... encore, des lectures de la sorte !
| | 2008-11-07 | Note : 5/5 | Oh, Miss ! C'est avec la complicité talentueuse de Philippe Dumas que l'école des loisirs a conçu pour Marie-Aude Murail le formidable écrin de son dernier opus, Miss Charity. Grand format, couverture à rabats, papier, maquette et impression impeccable des quelque cent aquarelles de l'illustrateur par Mame, Imprimeurs à Tours, tout a concouru à la production d'un livre unique. Ce que le lecteur pressent en le prenant en mains, ce n'est pas seulement le poids des mots, mais celui d'un corps d'écriture, qui nous est offert avant même d'ouvrir le livre et qui se donnera à nous vierge et vivace chaque fois que nous le reprendrons. Miss Charity, c'est d'abord la gloire du Livre vivant. C'est l'effet irrésistible d'une alliance déjà ancienne - vingt années - entre un auteur et un éditeur tous deux exceptionnels dans le champ de l'édition française pour la jeunesse. Ecrire n'est pas jouer. Editer non plus. Conjuguant leurs métiers, l'école des loisirs et Marie-Aude Murail l'ont compris depuis longtemps. Fiertés de professionnels et au-delà. Avec eux, la lecture devient liturgie, tout simplement. Parce qu'un lecteur, c'est sacré, quel que soit son âge.
Passé ce choc sensuel du livre-objet d'art, il reste à découvrir l'itinéraire d'une petite fille et d'un vouloir vivre qui éclate à chaque instant et ne cesse de grandir jusqu'aux derniers mots de la dernière page, la cinq cent soixante troisième... Marie-Aude Murail, comme à son habitude mais plus longuement cette fois, nous prend par la main dès les premières lignes et ne nous lâche plus. Ce « MOI, récitant », planté crânement au milieu de la première page, façon théâtre ou Comtesse de Ségur, ce moi qui s'énonce d'emblée comme sujet et fin de la connaissance de Dieu - mais d'un Dieu appris par coeur dont il ne sera plus question - c'est la petite Charity Tiddler qui va devenir sous nos yeux une adolescente, une jeune fille, une femme, dans l'enchaînement de ses métamorphoses tantôt douloureuses tantôt merveilleuses. Et au bout de ce chemin d'apprentissage qu'empruntent tous les personnages des romans de Marie-Aude Murail, la construction d'une femme aimée et indépendante, d'une illustratrice fêtée par tous les enfants du monde. Rendues à l'épilogue, les histoires pour la jeunesse, surtout celle-là qui concerne intimement l'auteur, ne sauraient mal finir. L'Histoire suffit à cet emploi.
Nous nous laissons transporter volontiers dans ce XIXème siècle anglais dans lequel Charles Dickens a, de longue date, baigné Marie-Aude Murail. Si la reconstitution de l'époque victorienne paraît exemplaire, ce n'est pas seulement en raison de son historicité, mais parce que nous croyons vraiment y être et nous y retrouver chaque fois que nous rouvrons Miss Charity. Et même nous le voulons, parce que ce livre et ses images, machine à voyager dans le temps et dans l'espace, nous font désirer infiniment ces transports immédiats qui ne consomment qu'une forme d'énergie inépuisable, celle du lecteur, indéfiniment renouvelée par la lecture. Dans la classe des loisirs par temps de crise, lire pourrait bien devenir une valeur en hausse, quasi écologique.
La chambre de Charity ressemble à celle du petit Marcel, l'affection en moins et les animaux en plus : nul baiser maternel du soir mais tout un bestiaire au pied du lit, plumes, poils, écailles. Roman-monde d'une aventure immobile, Miss Charity est une démonstration de résilience à l'anglaise, par l'humour et la volonté, ordonnés à la naissance d'une créatrice.
Même lorsque la vie de Charity menace de tourner au pire cauchemar, celle-ci trouve en elle les ressources pour mettre à bonne distance les malheurs du jour, d'un simple clin d'aeil fait à Master Peter ou, parfois, au prix d'un évanouissement. Ne crains rien, lecteur, c'est juste pour faire avancer mon histoire, comme ces lettres que j'adresse à mon futur.
Et notre héroïne de repartir avec « cette petite flamme qui tout à la fois nous dévore et nous réchauffe, l'envie d'être en vie, la volonté, je ne pouvais mieux dire, la Volonté » (p. 220). Lointain écho à Gérard Murail, le père poète : « Je brûle ma substance avec mon propre feu ». Il ne nous manque jamais rien tant que la volonté, telle pourrait être la morale de ce roman.
Ce passage de la volonté à la Volonté, de la minuscule à la Majuscule, que Marie-Aude Murail rejoue à la fin de son roman avec « la vie, la Vie », c'est son unique opérateur de transcendance. Chez elle, il n'est de rédemption que par la volonté, il n'est de création que dans l'humour. Volonté et humour sont d'autres noms pour "amour", mot qu'elle n'a guère à utiliser, tant la chose submerge personnages et lecteur. A eux deux, ils disent la double leçon de celle qui ne prétend rien moins que d'en donner mais qui, résolument « demeurée en enfance » et restant fascinée par la ligne claire d'Hergé, a toujours préféré, à l'usage de son public, la lumière aux ténèbres.
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