J'attends l'extinction des feux
"Not much happens in Dominique Fabre's novel The Waitress Was New. But then, that's entirely the point." ("Pas grand chose ne se passe dans le roman de Dominique Fabre, La serveuse était nouvelle. Mais c'est entièrement le propos.")
En évoquant de la sorte la version anglaise de La serveuse était nouvelle parue aux Etats-Unis en 2007, le Los Angeles Times résume toute l'oeuvre que Dominique Fabre construit depuis plusieurs années. Depuis Moi aussi un jour j'irai loin, paru chez Maurice Nadeau en 1995, le génie de Dominique Fabre s'attache en effet à évoquer ce "not much" qui fait toutefois la vie de ceux, si nombreux, qu'on a coutume d'appeler les "petites gens".
Génie, oui, car comment qualifier autrement cette capacité d'un écrivain à tisser des histoires autour de gens sans histoire ? D'entendre dans la voix des anonymes cette mélodie irréductible, ce chant intime du genre humain ? Dans ce nouveau recueil de nouvelles, J'attends l'extinction des feux, il est question d'enfances. De rêves enfermés dans un dortoir d'internat, de mères seules qu'emmènent pour un soir des hommes mariés, sous les yeux plein d'interrogations d'un fils sans père.
Il est question de la certitude précoce que rien ne sera jamais tout à fait facile, jamais tout à fait rose, que les appartements resteront toujours petits, et les trains de banlieue, poussifs. Il est question d'amour. L'enfance ressemble ici à l'apprentissage d'une solitude inéluctable, et pourtant, jamais naturelle. L'amour peut résoudre ce paradoxe.
Et les personnages de Dominique Fabre l'attendent, le cherchent, l'espèrent. Sans savoir qu'ils l'ont déjà trouvé - chez leur auteur. "Not much", c'est vrai. Un pas grand chose logé au coeur même de l'homme, et sans lequel tout le reste ne serait rien.
