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 | Les prodiges du cerveau Ou comment l'esprit se bonifie avec l'âge De Elkhonon Goldberg Editeur : Robert Laffont Parution le : 25 Octobre 2007
Avec humour, le neurologue américain nous rassure : malgré le jeunisme en vogue,on peut aussi se réjouir de vieillir.C'est la découverte la plus importante de ces dernières années en neurosciences : notre cerveau adulte, loin d'être figé comme on l'a longtemps cru, possède une remarquable capacité d'adaptation... Cette faculté à se modifier en permanence s'appelle la « neuroplasticité ». Selon nos actions (sport, musique...) et nos pensées (lectures...), il nous pousse de nouveaux neurones. Et de nouvelles connexions s'établissent, qui entretiennent l'agilité du cerveau. Tout aussi importante, il y a cette aptitude du cerveau mature à faire preuve de ce que le professeur Goldberg appelle la « sagesse » : il sait prendre des décisions plus vite et de façon plus habile que lorsqu'il était jeune, comme s'il portait en lui le bon programme cognitif, indispensable aux cerveaux vieillissants. L'ouvrage du professeur Golberg s'appuie sur l'exemple de ces grands leaders, écrivains ou artistes, tels Churchill ou Goethe, qui apportent la preuve que l'esprit se bonifie au cours de la vie.Si le professeur Goldberg ne nie pas, bien sûr, l'apparition possible de maladies comme celle d'Alzheimer ou de Parkinson, il insiste sur la capacité que conserve un esprit, même malade, à s'organiser. Et explique de façon claire comment se forment les utiles « schémas » mentaux auxquels sait faire appel un cerveau âgé, contrairement à un cerveau plus jeune, encore en apprentissage. |
Commentaires Amazon| 2008-03-08 | Note : 5/5 | Ouvrage original, dense et synthétique à la fois Mention : Ouvrage original, dense et synthétique à la fois, couvrant plusieurs champs de l'activité humaine mais dont la valeur informative et scientifique sont à relever ; l'engagement certain de l'auteur ne laisse pas indifférent sans entamer sa crédibilité.
A une époque où la population des pays économiquement aisés présente une part grandissante de seniors au prise avec les contradictions idéologiques, les anomies sociales, les réalités du pouvoir économique décisionnaire et celles liées à la solidarité entre forces vives générationnelles, aborder la question du vieillissement « sain » s'avérait nécessaire ; nonobstant ses formes pathologiques... L'objet de cet essai est donc à la croisée de moult préoccupations actuelles. La sénescence peut-elle, en et par elle-même, se concevoir hors des dichotomies jeune / vieux, aptitude / handicap, rébellion / soumission, ontogenèse / épigenèse, culture / nurture ? Qu'est-ce que les sciences du cerveau et de l'homme peuvent nous apprendre à ce sujet ?
Ancien élève d'Alexander Luria, Goldberg tente de lier neuropsychologie, psychologie et historicité sociale dans un tout cohérent. En cela, l'auteur est dans la droite ligne des conceptions de Luria et Vygotsky qui considéraient comme « [...] absolument inadmissible de restreindre l'activité mentale à l'unique influence de facteurs biologiques ou sociaux. » (Homskaya, 2001, p. 87). En même temps qu'il fait preuve d'un humanisme très slave, Goldberg affiche des positions qui relèvent de la neuroéthique (Gazzaniga, 2005). Ceci lui permet à la fois d'adopter un grand sens de la mesure dans ses appréciations, d'aborder différentes dimensions psychosociales, de santé publique, en cohérence avec la clinique ou les données des neurosciences, de mettre en perspective les stéréotypes sociaux associés au fait de vieillir.
Goldberg a émigré aux USA après son refus d'adhérer au PC soviétique (son père avait été déporté politique, cf. Goldberg, 2001), pourtant condition incontournable à la poursuite d'une éventuelle carrière dans son pays. De Luria, il a hérité cette conception qui tient à lier historicité sociale, individu (dont fait partie le développement des structures cognitives) et organisme, pour comprendre l'homme au quotidien, dans la rencontre de sa communauté et de sa différence. Goldberg s'oppose à l'idéologie du « jeunisme » et de ses avatars ; il restitue le rôle de l'histoire et de l'expérience dans le développement (y compris neural) individuel dans nos conduites, nos croyances, le rôle social et le mûrissement de l'être vers une assimilation du paradoxe de la sagesse...
Expliquer et donner à expérimenter par une prise de conscience directe ce paradoxe - ou, comment l'esprit peut devenir plus fort au fur et à mesure que le cerveau vieillit - tel est le défit relevé par Elkhonon Goldberg ... Comment peut-on expliquer que la réduction des potentialités individuelles est une résultante de processus biologiques régis par des lois créatrices de données de connaissance et d'adaptabilité, et, in fine de sagesses ?
Outre de nombreuses conceptualisations originales pour comprendre et expliciter les fonctionnements cérébraux et progresser en neurosciences, Goldberg, fidèle à son mentor soviétique, est un chercheur qui maintient des liens constants entre réalités cliniques quotidiennes, recherche fondamentale et implications sociétales.
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Dans cet essai, à la fois synthèse scientifique, réflexion sur son existence en regard de ses engagements (cela n'est pas sans rappeler l'autobiographie intellectuelle d'Alexander R. Luria, 1979) Goldberg propose dans un optimisme mesuré de considérer le vieillissement, cérébral notamment, sous l'angle développemental de l'esprit, y compris dans son rapport à la plasticité cérébrale.
Si la plasticité cérébrale, et l'évolution vers la maturité du SNC, reposent sur la sélection et le renforcement de certains circuits neuronaux, et que le vieillissement s'accompagne d'une réduction du volume cérébral (moins par perte de neurones que de connectivité et de mylénine), les processus biologiques de façonnement et de remodelage en fonction des expériences tiennent compte de cette neuroérosion. La vigueur mentale participe de ce qui n'est pas seulement un processus de résistance contre des altérations cognitives progressives, parfois insidieuses (mémoire, attention, prise de décision, contrôle du comportement), mais aussi d'une plus grande efficacité des procédures de traitement de l'information corroborée par les fondements et les exigences sociales vis-à-vis de la maturité, un affinage des heuristiques cognitifs qui permettraient d'aller à l'essentiel.
« Après tout, nous pouvons définir la sagesse comme la capacité de connecter le neuf avec l'ancien, d'appliquer l'expérience antérieure à la solution de problèmes nouveaux » (p76)
C'est donc avec une vision talentueuse entre le souhaitable et le possible que l'auteur aborde, avec distance et respect, les grandes questions qui taraudent nos sociétés occidentales. Il bouscule les stéréotypes négatifs sur le vieillissement associés à la notion d'une plus grande rigidité cognitive et affective, aux phénomènes de pertes progressives des capacités de traitement de l'information et de capacités d'action. Elkhonon Goldberg montre l'ensemble des arguments, y compris biologiques (e.g., le développement du lobe frontale est le plus tardif de tout le cerveau et sa justification), qui sont au caeur du fameux débats nature/nurture (Dowling, 2004) et de la neuroéthique (Gazzaniga, 2005), en regard de questions telles que la prise de décision et la quête de cohérence par exemple... L'auteur aborde la sagesse en ce qu'elle est une aspiration commune à toute religion et toute philosophie, orientales ou non... Pour croître en sagesse, il faut réduire les champs des possibles, exercer des choix et accepter ses limites et faiblesses.... Cet ensemble de processus dépend de la maturité et de l'intégrité du fonctionnement du lobe frontal... « La sagesse humaine mûrit sur une trajectoire en zigzag de la réalisation de soi. » (Austin, 1999, p. 660).
Cet ouvrage s'adresse à toutes les personnes qui se proposent de comprendre dans un soucis de cohérence et d'intégration du domaine des sciences humaines, « The making of mind » (le faire de l'esprit) pour paraphraser le titre d'une des autobiographies d'Alexander Romanovitch Luria.... Médecins (psychiatres, gériatres, neurologues et spécialistes des maladies neurodégénératives), biologistes, psychologues, orthophonistes, psychomotriciens, chercheurs en sciences sociales ou de la santé publique, philosophes, trouveront ici matière à penser, et quantité d'informations susceptibles de les aider à sortir de leurs apories conceptuelles ou de stimuler leur créativité au service de la communauté.
J.A.L.
Austin, J.H. (1999). Zen and the brain, CAMBRIDGE (MA) : The MIT Press.
Dowling, J.E. (2004). The great brain debate, Nature or Nurture? Washington, DC : Joseph Henry Press.
Gazzaniga, M.S. (2005). The ethical brain, NEW YORK: Dana Press.
Goldberg, E. (2001). The executive brain, frontal lobes and the civilized mind. Oxford: Oxford University Press.
Homskaya, E.D. (2001). Alexander Romanovich Luria, A scientific biography, New York: Kluwer Academic / Plenum Publishers.
Luria, A.R. (1979). The making of mind : A personnal account of Soviet psychology (M. Cole & S. Cole, Pour la traduction). CAMBRIDGE, MA: Harvard University Press.
| | 2008-01-11 | Note : 4/5 | Une lecture qui devrait être obligatoire à partir de 50 ans! Encore un remarquable ouvrage sur le cerveau pour le grand public, accessible et passionnant, par un neuropsychologue professeur à l'Ecole de Médecine de New York.
Préparez-vous à faire le ménage dans la masse d'informations qui traitent de nos capacités cérébrales... Et c'est plutôt de l'optimisme qui émerge de cette écriture limpide et réjouissante, puisque on y démontre que si le cerveau d'un humain, avec l'âge n'est ni plus fort ni plus faible qu'avant, il est tout simplement différent. La science côtoie la philo, la sociologie, les réflexions personnelles de l'auteur (qui sont souvent les nôtres). Vieillir commence à devenir vraiment intéressant...
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