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Des femmes bien informées

Des femmes bien informées

Auteur : Carlo Fruttero

Editeur : Robert Laffont

Un crime...
Huit femmes...

On découvre dans un fossé de la périphérie de Turin le cadavre d'une jeune prostituée roumaine.
Crime des bas-fonds ?
Règlement de comptes ?
Trouble machination ?
Tandis que la police piétine, huit femmes prennent tour à tour la parole.
Chacune raconte ce qu'elle sait, ou croit savoir, ou feint de ne pas savoir.
Car chacune est, de près ou de loin, mêlée à ce meurtre...

Le retour de Carlo Fruttero, avec son premier roman sans Lucentini : de la grande manipulation, du grand polar, une comédie de moeurs aussi impitoyable que savoureuse.

Un succès spectaculaire lors de sa parution en Italie : 200 000 exemplaires vendus en un mois.

Né en 1926 à Turin, Carlo Fruttero y vit toujours -et y situe l'action de ce nouveau «thriller turinois», en hommage à La Femme du dimanche, son premier succès, cosigné avec son indéfectible complice Franco Lucentini, mort en 2002. Pendant près de quarante ans, Fruttero et Lucentini ont été les enfants terribles des lettres italiennes, un couple indissociable, un duo littéraire unique, entré dans le club des best-sellers internationaux par le biais de polars «métaphysiques» ingénieux et bourrés d'humour. L'Amant sans domicile fixe, l'un de leurs chefs-d'oeuvre épuisé depuis trop longtemps, reparaît simultanément en «Pavillons Poche».

18,50 €
Vendeur : Amazon
Parution :
231 pages
ISBN : 978-2-2211-0921-2
Extrait

Oui, en pratique, c'est moi qui ai découvert le corps de cette femme dans le fossé et qui ai appelé les carabiniers, de mon portable, sans y réfléchir à deux fois. Qu'est-ce que je pouvais faire, rentrer tranquillement chez moi, me préparer un café et ne plus y penser, je n'ai rien vu, ce ne sont pas mes affaires, et la putain, quelqu'un d'autre la trouvera ?
Je n'ai pas cette mentalité, sans compter que dans mon métier de surveillante-chef, je suis aimablement priée de toujours garder les yeux bien ouverts tous azimuts. Cesare, mon mari, ce n'est pas qu'il m'ait vraiment crié dessus, mais il est du genre à dire et à répéter - comme il l'a fait encore cette fois-ci - qu'il y a des choses dont il vaut toujours mieux rester à bonne distance, que tout ça est un monde dangereux, drogue, esclaves du sexe, maquereaux, clandestins de toutes races, et que pour peu qu'on mette un doigt dans l'engrenage, on ne sait jamais comment ça va finir. Un minimum de prudence, de bon sens, selon lui. Un maximum de trouille, selon moi, parce que Cesare est un trouillard, un gros lâche, j'en ai fait l'expérience mille fois. D'ailleurs, tous les hommes sont grosso modo comme lui : pas d'ennuis, par pitié, pas de complications. C'est pour ça qu'ils vont voir les putes : un moment de douce intimité dans la voiture, on paie ce qu'on doit et au revoir, personne n'a rien vu, même si ensuite on s'aperçoit qu'ils ont chopé le virus.
Je ne sais pas si Cesare va y goûter aussi, à la douce intimité, j'espère que non, je préfère encore ne pas savoir ! Mais la fille, à coup sûr, c'en était une, de putain. Pas d'erreur possible. Morte ? Aucun doute. Oh, ce n'est pas que je l'aie touchée, parce que ça m'a impressionnée, pour tout dire. Mais pas endormie ou évanouie, il suffisait de la regarder. On aurait dit un sac qu'on aurait jeté là. Et puis, minijupe en faux croco rouge, bas résille noirs, un haut noir remonté jusqu'aux aisselles, une sandale avec un talon de la taille de mon bras, l'autre perdue va savoir où. Bref, en uniforme. Pas de sang, heureusement. Couchée sur le flanc, avec un visage qu'on ne voyait pas bien entre les cheveux et l'herbe du fossé. Élancée, plutôt maigre, mais pas d'une maigreur vilaine, pas osseuse, je veux dire. Jeune, je pense, mais avec ces filles-là, on ne sait jamais si elles ont dix-sept ans ou trente-cinq.
J'ai fait ce que m'avait dit le carabinier au téléphone, je n'ai pas bougé d'où j'étais. C'était dimanche matin, fin mai, ciel presque serein, air doux. J'ai regardé l'heure, ça pouvait toujours servir aux carabiniers : 10 h 42. J'étais arrivée là sur ma Mobylette depuis un quart d'heure au plus, par un des sentiers qui courent au milieu de ces prés qui sont restés des prés, entre Beinasco et Rivalta, après l'hôpital San Luigi. En vue, trois autres personnes, mais loin, deux femmes et un homme, déjà occupés à faire ce pour quoi j'étais venue : cueillir une petite herbe sauvage que dans la région on appelle des tournesols, pas de vrais tournesols, mais des petites touffes à ras de terre, blanc et vert, qu'on mange en salade avec des oeufs durs. Pas terrible, mais Cesare s'en fait toute une fête, il lui en faut à chaque printemps. En plus, maintenant, c'est devenu une espèce de primeur écologique, au marché on n'en vend qu'à quelques étals et ça coûte la peau des fesses.

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