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Le congrès

Le congrès

Auteur :

Editeur : Robert Laffont

Dans une pièce réquisitionnée pour l'occasion, prêtres et hauts dignitaires de l'Église, représentants du corps judiciaire, ainsi que médecins et matrones entourent un grand lit. Plus loin, courtisans et bourgeois de qualité se pavanent en ricanant. C'est que le procès qui se tient là, en cette année 1685 à Versailles, n'a rien de banal : il s'agit d'un congrès, épreuve durant laquelle un mari, accusé d'impuissance, est sommé d'honorer publiquement son épouse, une union non consommée étant une offense aux saints sacrements du mariage. Cette mascarade épouvantable, sanctifiée par l'Église et reconnue par la Justice, est l'œuvre de la famille Vallade, soucieuse de s'approprier les marchés de la construction de Versailles qui, de droit, reviennent au jeune époux allongé nu sur le lit. Il appartient au clan des Maîtres des Bâtiments du Roi et est l'héritier de charges qui rapportent fortune et puissance. Pour lui voler cet héritage, les Vallade n'ont pas hésité à le discréditer par ce procès en impuissance. Jehane, sa jeune femme, est protestante, ce qui accroît la bienveillance de l'Église pour les Vallade : en cette époque précédant de peu la révocation de l'édit de Nantes, la chasse aux protestants est un jeu auquel les fanatiques catholiques s'adonnent avec férocité. Ainsi, Jehane et son mari, acculés par la rapacité des uns et la haine religieuse des autres, se trouvent-ils contraints à ce double viol public de leurs corps et de leur intimité : " dresser, pénétrer, mouiller ", telle est l'injonction à laquelle ils doivent répondre pour sauver leur mariage et leur honneur. Mais le désir peut-il se glisser dans une telle parodie de l'acte de chair ?

20,00 €
Vendeur : Amazon
Parution :
268 pages
ISBN : 978-2-2211-1378-3
Les avis

La presse en parle

Historiquement passionnant et palpitant comme un polar, « le Congrès » ne cède pas aux stéréotypes faciles de l'érotisme et du voyeurisme. Malgré quelques lenteurs, il parvient à montrer la réalité crue d'une Eglise longtemps toute-puissante, capable de faire peser une chape de plomb sur ses fidèles indésirables.

François Sionneau, Le nouvel Observateur


Le terme de congrès n’a pas toujours eu un sens politique. En France, jusqu’au XVIIe siècle, il désignait avant tout une «épreuve de puissance des gens mariés»: une procédure judiciaire par laquelle un couple était sommé d’avoir des relations sexuelles sous les yeux d’un juge ecclésiastique et d’une cohorte de témoins et de matrones. But de cette ahurissante démonstration: attester publiquement de la virilité du mari. En cas d’échec, celui-ci était jugé impuissant et son mariage annulé. La sacralité du mariage justifiait l’intrusion de la justice dans le lit conjugal. Cette sorte d’ordalie, qui choquait déjà les contemporains et qui fut pratiquée pendant une centaine d’années pendant l’Ancien Régime, constitue le thème du roman de l’écrivain creusois Jean-Guy Soumy.

Dans ce livre, dont le plus grand mérite est sans doute de porter à la connaissance du grand public un sujet méconnu, le jeune Guillaume Vallade est victime d’une cabale orchestrée par sa belle famille. Celle-ci convoite son héritage, composé d’une importante charge dans la construction à Versailles. Elle trouve un moyen d’assurer sa perte en l’accusant publiquement d’impuissance. S’ajoute à la défaveur de Guillaume le fait que son épouse, Jehane, est une huguenote repentie, dans un contexte de fortes tensions religieuses précédant la révocation de l’édit de Nantes.

Une pénible aventure judiciaire commence, dans laquelle les époux subissent des visites médicolégales, des expertises douteuses et enfin l’épreuve terrible du congrès, sans compter la publicité qui entoure l’événement dans un Paris assoiffé de scandales.

Réfugié des années plus tard dans une masure, le narrateur médite sur ce viol légalisé, sur l’indignité d’une procédure où même les mots employés sont d’une crudité insoutenable – mais l’étaient-ils vraiment pour les contemporains? Jean-Guy Soumy n’en doute pas un instant. On peut, il est vrai, imaginer la brutalité de la procédure: terrorisé avec son épouse sous un maigre drap, Guillaume est sommé par l’officiel de «dresser, pénétrer et mouiller». Une vieille matrone fouille ensuite sous la couverture et déclare d’une voix tonitruante: «Il ne nature point!»

Cette scène a bel et bien existé. A Paris, l’affaire du marquis de Langey fit grand bruit au XVIIe siècle. Elle est relatée par l’historien Pierre Darmon dans Le Tribunal de l’impuissance  *, une monographie de 1979 consacrée à la question*. Accusé d’impuissance par son épouse, Langey claironna sa puissance, excitant la clameur publique. Au final, il échoua dans l’épreuve. Comme le dit le dictionnaire de Trévoux en 1771, près de cent ans après l’abolition de cette pratique: «La pudeur et le trouble causés par la présence d’experts produisaient le même effet que l’impuissance naturelle.» Devenu l’objet de la risée populaire, Langey finira par se venger: son mariage dissout, il se remaria et eut sept enfants en sept ans avec sa nouvelle épouse. Pourtant, les juges ne revinrent pas sur leur verdict: un impuissant pouvait tout à fait «opérer» ponctuellement…

L’Eglise n’a pas attendu les procès en impuissance pour façonner une norme sur la physiologie et les pratiques sexuelles. Dès le XVIe siècle, écrit Pierre Darmon, les théologiens produisent une abondante littérature sur la question, posant toutes les questions possibles, définissant à grand renfort de détails ce qui est viril et ce qui ne l’est pas (ils s’aventurent aussi, et pas qu’un peu, du côté des normes de la féminité). La constitution d’un savoir médicolégal, le plus souvent farfelu, précède une vaste entreprise de stigmatisation de l’impuissance au même titre que les déviances sexuelles.

On peut voir, dans la manifestation au demeurant très rare du congrès, un mélange baroque de recherche d’objectivité médicolégale et de curiosité déplacée. Avec son ironie, Voltaire l’avait parfaitement formulé: «Il n’y a point de singularité que nos théologiens n’aient pas devinée. Ils ont discuté tous les cas où un homme pouvait être impuissant dans une situation et opérer dans une autre […] et dans l’intention d’éclaircir ce qui est permis et ce qui ne l’est pas, ils ont révélé de bonne foi ce qui devait être caché dans le secret des nuits.»

Emmanuel Gehrig, Le temps

Vos avis

Roman un peu long à démarrer, j 'ai admiré la délicatesse et le style qui reprenait une manière un peu ancienne de s 'exprimer avec des mots de l 'époque.

alice

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