Ddier Decoin réussit ce tour de force de raconter la vie de son père, comme s'il s'emparait de la vie d'un autre. Les faits sont vrais, recoupés, mais Didier Decoin écrit un roman. Et son livre est envoûtant, c'est une vie pleine, pleine d'envie et d'énergie commencée au début du 20è siècle qu'il narre, hommage à ce père pas doué pour la vie conjugale, marié 4 fois, "un père fait pour avoir des enfants et des chats" écrit l'auteur. Nous connaissons Henri Decoin, homme public, cinéaste, romancier, journaliste, scénariste, marié, un temps, à Danièle Darrieux. Le roman commence d'ailleurs par l'arrivée du couple en 1937 aux Etats-Unis, fabuleux récit. L'actrice française, très joliment décrite, n'a que 21 ans. Il en a plus du double. Ils ont signé pour 7 ans à Hollywood, mais rentrent au bout de 8 mois, refusant de se plier aux contraintes des studios. Decoin raconte son père dès l'enfance, sans tomber dans le biographique, mais avec une plume alerte qui donne à voir. Un homme bien, courageux et créatif se dessinne au fil des pages. On le voit se former dès l'enfance, on l'aime, d'emblée, ce gosse débrouillard, né dans une famille pauvre qui commence par vendre des bidons de lait puis travaille chez un fourreur juif et, sportif, nage, nage... Et quand il voit au cinéma les nageurs nager tellement vite, car à l'époque les images sont rapides, il veut faire aussi bien et du coup, remporte à 17 ans, le titre de champion de france de natation. Quelle énergie! Dès qu'une nouveauté se présente à lui, il la saisit. Autodidacte, il achète une encylopédie pour apprendre les mots, l'histoire. Peu à peu, le journalisme l'attire puis l'écriture et le cinéma. Le ton est joyeux, jamais larmoyant, même si Decoin révèle les pages les plus tristes de son père, la guerre 14, qu'il vit d'abord dans les tranchées. Il est blessé et perd son jeune frère. "Mon père avait vingt ans, écrit le fils, il n'avait jamais été un enfant". La boulimie de vie de celui qui devient ensuite cinéaste est fascinante. C'est un naïf, un utopiste qui réalise ses rêves. Ecrire, tourner, aimer, et même réussir "des divorces aussi gais que des mariages". Nous sommes le 21 juin, et ce roman a tout pour devenir votre livre de l'été. Vincent Josse, France Inter |