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Fiche livre | | |
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 Cliquez pour agrandir | Dernier Royaume, tome 1 : Les Ombres errantes - Prix Goncourt 2002 De Pascal Quignard Editeur : Grasset Parution le : 18 Septembre 2002
Les Ombres errantes" est le premier tome de la trilogie "Dernier Royaume", dans la collection littéraire dirigée par Martine Saada. Les deux autres volumes de cette trilogie sont également à paraître chez Grasset en septembre 2002. Le mot de l'auteur : "Il y a vingt ans j'ai composé les huit tomes des "Petits Traités". Ils sont parus aux Editions Maeght. "Dernier Royaume" est un ensemble de volumes beaucoup plus étendu et étrange. Ni argumentation philosophique, ni petits essais érudits et épars, ni narration romanesque, en moi, peu à peu, tous les genres sont tombés. Enfant, durant toute mon enfance, chaque nuit, je tournais la tête du crépuscule jusqu'à l'aube. Cela me paraissait beaucoup plus intéressant que dormir. C'était peut-être un signe de carence mais cela m'excitait. C'est vraiment une tête qui tourne à toute allure que ces volumes. Un éclair de tête. Ce n'est pas un jugement sur le temps ou le monde ou la société ou l'évolution humaine : c'est le petit effort d'une pensée de tout. Une petite vision toute moderne du monde. Une vision toute laïque du monde. Une vision toute anormale du monde. |
Commentaires Amazon| 2008-11-02 | Note : 3/5 | A la recherche du sens « Il y a dans lire une attente qui ne cherche pas à aboutir. Lire c'est errer. La lecture est l'errance » (p. 50). Cette vérité, Pascal Quignard contribue fortement à la renforcer, tant son livre est parfois proche d'une autre de ses assertions : « il ne faut jamais sortir de l'incompréhensible » (p. 23).
Dans un premier temps, le lecteur peut se sentir complètement perdu. Il est difficile de savoir ce que Pascal Quignard veut nous transmettre. Son usage de mots rares ou en latin, ses phrases elliptiques et sans connexions causales, mais aussi ses errances sémiologiques : tout cela fait que l'on erre comme des âmes en peine à la lecture de ce livre.
Par la suite, certains thèmes reviennent, et on commence à comprendre - avec soulagement - ce dont il est question. Il y a l'antagonisme image-lettre (l'auteur reproche aux images de supprimer une part de mystère), la spiritualité (l'auteur est un athée convaincu, même si à certains moments, l'opposition Jésus-Satan donnait l'impression contraire), le bonheur de pouvoir se déconnecter du monde grâce à la lecture (aucune autre expérience humaine ne rivalise avec elle, p. 138), l'opposition (encore une) entre l'histoire et l'art (les arts n'ont pas pour destin, comme fait l'Histoire, d'organiser l'oubli, p. 117). L'art est donc supérieur, mais peut être très dangereux lorsque les régimes totalitaires l'utilisent « comme une esthétisation de l'assujettissement, une mise en légende du passé, un truquage à tout instant de l'heure qui vient et qui passe, p. 117).
Malgré son hermétisme mallarméen et la concentration de tous les instants qu'il requiert, le prix Goncourt 2002 procure par moment un certain bonheur littéraire. C'est le cas lorsque du sens peut être trouvé, mais aussi au détour d'une phrase bien léchée. Chaque lecteur assidu trouvera une part de sens à ce livre -- à l'instar des peintures abstraites qui laissent une grande part à l'interprétation personnelle --, mais pourrait aussi se décourager à la lecture de certains passages trop ardus.
En ce qui me concerne, la phrase suivante m'a bien fait réfléchir : « On ne peut donner à la domination universelle lucifère un contrepoids visible sans qu'il sacrifie à son règne » (p . 61). Quand on sait qu'un peu plus haut, Jésus est cité : « Mon royaume n'est pas de ce monde », et qu'au règne de l'image est associé une dépravation de ce monde, on voit les deux sens qui peuvent être donnés au néologisme « lucifère ».
| | 2002-11-15 | Note : 4/5 | Quignard ou la mise au tombeau Grand cru de la rentrée littéraire et lauréat du Goncourt, le dernier Quignard est en vérité un triptyque tout particulier. Fait d?annotations, de pensées, de fragments, de micro-récits de vies enchâssés et anonymes, Dernier royaume répond d?une architecture mobile, souple, fuyante presque au regard de ces 800 pages. Ce parti-pris esthétique n?est sans doute pas sans refuser au lecteur un plaisir immédiat et cette « somme » ne laisse pas davantage de prise au critique ? perplexité des contemporains comme retour du boomerang ?. Il faut bien avouer que Quignard est orphelin des grands messes médiatiques de la rive gauche, du brouhaha et du « ça parle » des autoroutes littéraires et autres foires mondaines (les déficits littéraires). Le résultat est une ?uvre qui a de quoi laisser perplexe et qui ne manquera pas de décourager la culture populaire. Avec Quignard, on rompt avec les exigences canoniques du récit pour entrer dans un mode d?appréhension (un mode de saisie) plus subtil, davantage concerté et analogique qui ouvre un espace poétique. Le peu-à-peu, les matrices de récits désamorcées par les petites morts successives de la narration, le « manque à clôture » dessinent une fragmentation du discours qui n?est pas une entreprise de négation de l?architecture littéraire : elle est précisément une distribution de la forme (la culture en acte). Ce qui renvoie tout aussi bien au désir de légitimité puisque la forme devient une qualité de la mémoire (de la vie) qui démantèle les grands récits. Dernier royaume est un démantèlement de la Fiction qui se donne toutes les apparences d?une réduction de la part immotivé (arbitraire) du signe. En revanche, Quignard n?est pas un postmoderne, ce moment de la littérature qu?il ne désigne jamais directement mais qu?il lapide d?une phrase : « Il faut aimer l?irréversible. Il faut creuser l?écart entre l?événement et le langage ». Partagé entre le classique et le moderne, Quignard n?est pas davantage un avant-garde et rien, ici, n?est inventé : Quignard est un anachronique et le fragment est ce qui reste quand on a tout oublié. Il légitime ainsi une lecture discursive à entrées (disparitions) multiples, une arborescence activable à chaque moment de lecture(s). Avec Dernier royaume, on ne commence jamais rien, tout au plus fait-on semblant. Obstinément, Quignard n?est pas un postmoderne. Nul trace (soupçon) d?ironie, la forme se donne sans détour sarcastique et désenchanté et l?on soupçonne le prix de son effort parce que cette forme est vitale en qualité de dépositaire (gestionnaire) de la mémoire. Sous ses apparences de pensées d?archivistes, Dernier royaume embraye ainsi un effet de continu, comme une fable fuguée. Le travail de condensation propre à cette écriture est nostalgie suturante qui métamorphose le presque perdu (le souvenir, le regret) en grande fresque de la mémoire. Ainsi, cette prédilection pour les anonymes exemplaires ? Marc Antoine Charpentier ou Saint-Cyran ?, et les célèbres anonymes ? Rembrandt ou Van Eyck ? qui figurent le sentiment du vécu. S?il n?y a pas de traces d?ironie, c?est que le passé n?a rien de l?hégémonique. Le presque rien, s?il soutient le sentiment du vécu, ne vaut et ne se ramène qu?en se mesurant à celui de la perte. Le paradoxe de ce dispositif, c?est qu?il se construit lui-même dans ses tentations de basculer dans son impossibilité (son fantasme). Ces fantômes de la scription, illustres et célèbres anonymes, ces lieux d?errance fondent un même rapport à l?écriture. Finalement, ce grand fantôme de la scription, c?est la littérature elle-même. En assurant un monde ténu de poésie, en assurant la communication réciproque de toutes les essences particulières, la poétique de Quignard est ce « bonheur d?expression » que promet défi d?avoir, pour la littérature, un objet. Représenter constituerait une menace pour l?intégrité d?un mouvement qui doit revenir à son origine, à sa source « primitive et immémoriale ». Comme la poésie mallarméenne qui « n?est jamais que l?éclat de ce qui eût dû se produire antérieurement ou près de l?origine », l?écriture de Quignard est à rebours. Voilà l?exigence qu?il ne faut pas méconnaître : le ramassé de cette écriture, l?absence du circonstanciel et de l?anecdote, le refus des mystiques faciles (Begbeider) dégradées en systèmes philosophiques, les minimalismes d?un Deville, Toussaint ou Chevillard, les préformes en devenir se supportent et se conjoignent : stupeur des contemporains ? pour tenter de revenir à l?immémorial : « Pour faire affleurer l?originaire il faut aller à la source. Ce sont les rêves, puis les mythes qui ont créé les premières séquences d?images capables de faire ressentir les expériences fondamentales » confiait-il récemment à Catherine Argand (Lire, sept). Du vécu à l?écrit, comme de la vie enfin réellement vécue de Proust à la vie réellement rêvée [impossible] de Quignard, il y a bien là quelque chose de classique ? hors-mode ? : une conviction si impérieuse que si quelque chose comme la littérature doit exister, c?est uniquement en mémoire, pour mémoire. Peu importe alors que le verbe lire ne supporte pas l?impératif, je crois qu?il faut aimer Quignard. Olivier Sécardin
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