Recherche
Plus d'un million de livres référencés
La vigilante

La vigilante

Auteur : Melanie Wallace

Editeur : Grasset & Fasquelle

Sélection Rue des Livres

Dans un paysage de brume et de neige, marche une jeune vagabonde, accompagnée de son chien-loup. Lorsqu'elle tombe sur un garçon ligoté à un arbre, elle le détache - libérant ainsi, sans le savoir, une force démoniaque qui va déclencher une série de ravages…
Nous sommes en Amérique à la fin des années 70, dans un patelin perdu au nord de la côte est, dévasté par la pauvreté, la rigueur des éléments et le vent de l'histoire. Vivent là quelques âmes brisées, échouées comme des détritus après la construction d'un barrage qui a noyé la vallée et chassé la plupart de ses habitants. C'est là que vivait, jadis, la famille de Jamie, la vagabonde, de retour aujourd'hui parmi ces fantômes dont elle conserve et perpétue la mémoire, en vigilante… Engagée pour garder et entretenir la maison de la vieille Margaret, elle s'éprend de Galen, un trappeur. Ils vivent de peu, et presque en silence - jusqu'au jour où Harlan, ancien partenaire en mauvais coups de Galen, frappe à leur porte et les menace, à la recherche de l'enfant sauvage que Jamie a eu la mauvaise idée de libérer… S'ensuit une étrange et funeste traque dans la forêt, où chacun des personnages, comme sous l'effet d'une implacable malédiction, verra scellé le destin qu'ils cherchent tous, en vain, à fuir.
Après le désert ardent et barbare de Sauvages, Melanie Wallace invente cette fois un univers de blancheur et de glace, où l'on retrouve l'incandescence propre à ses personnages.

Née dans le Maine, Melanie Wallace a longtemps vécu entre New York et Paris ; elle vit aujourd'hui à Athènes et à Myloi, un petit village dans les montagnes du sud de la Grèce, et consacre sa vie à l'écriture. Son premier roman, Sauvages, publié par Grasset en 2007, a reçu un très bel accueil dans la presse comme auprès des libraires. La Vigilante, révélation de la Foire de Francfort 2005, confirme qu'elle est l'une des voix les plus fortes et singulières de la littérature américaine contemporaine.

Traduit de l'américain par Brice Mathieussent

21,25 €
Vendeur : Amazon
Parution :
332 pages
ISBN : 978-2-2467-1241-1
Extrait

La première fois que Jamie vit le garçon, il était ligoté à un arbre. Elle n'était pas du tout préparée à le trouver ainsi, ficelé serré avec une vieille corde à linge grossièrement enroulée et nouée, la corde salie et tachée aux endroits où en un autre temps elle avait été tendue sur des poulies crasseuses. Il était curieusement immobile, hormis la morve qui lui coulait du nez.
Une demi-douzaine d'enfants dépenaillés formaient un cercle approximatif au bord de la chaussée, face au garçon, et ils serraient contre leur buste des manuels scolaires recouverts avec le papier des sacs de courses. Ils se dandinaient d'un pied sur l'autre, tournaient en rond sans échanger le moindre murmure et scrutaient la route comme si leurs regards pouvaient y matérialiser le car scolaire, mais quand le chien de Jamie trottina vers eux ils rompirent les rangs et se rapprochèrent, les plus petits cachés derrière les grands, dont ils agrippaient la taille. Dans un silence plein d'appréhension ils firent face au chien qui avança, mais l'animal les dépassa sans même leur jeter un coup d'œil avant de s'arrêter simplement aux pieds du garçon et après un moment il s'assit, de sorte qu'elle s'étonna de la brusque immobilité de l'ensemble, les enfants et le chien et le garçon figés en un morne contre-jour devant le soleil hivernal qui n'autorisait aucune ombre mais accordait à leurs formes une sombre massivité qu'elle trouva déconcertante. Ils regardèrent Jamie approcher et ils ne bronchèrent pas avant que le chien ne se relève et s'immobilise pour lâcher un bruit étranglé qui n'évoquait ni un grondement ni un aboiement, mais plutôt quelque profond hurlement primordial, et à cet instant précis le garçon ligoté brailla comme un veau et les enfants se dispersèrent en criant. Elle se mit à courir vers eux mais s'arrêta tout à trac pour siffler, et le chien revint ventre à terre, la queue dressée et le poil hérissé, la tête inclinée sur le côté pour jeter un coup d'œil par-dessus son épaule comme s'il ne voulait pas perdre de vue le garçon. Elle saisit le chien par le collier, rejoignit le côté de la route où se trouvait le garçon et lança aux enfants : N'ayez pas peur, n'ayez pas peur, mais ils n'avaient pas confiance et loin de reformer leur groupe ils demeuraient épars, hésitants, chacun restant à une distance prudente des autres, jusqu'à ce que l'un d'eux pousse un cri en entendant le car, alors ils s'agglutinèrent de nouveau, traversèrent la chaussée comme un seul homme. Lorsque derrière Jamie le car franchit le virage en ahanant puis ralentit, les enfants agitèrent les bras et hurlèrent comme s'ils craignaient qu'il ne s'arrête pas, mais il s'arrêta. Comme ils y montaient, elle cria : Attendez ! Attendez ! mais ils ne l'attendirent pas et, tenant toujours le collier du chien, Jamie courut presque vers le véhicule et abattit sa paume contre la porte qui se refermait. La porte poussa un soupir et s'ouvrit. Ce garçon est ligoté ! s'écria-t-elle et la conductrice, une femme laminée par les ans, regarda le garçon d'un air las, puis se tourna de nouveau vers elle. Bien sûr qu'il l'est, dit-elle.

Donnez votre avis