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Zelda
De Jacques Tournier
Editeur : Grasset & Fasquelle
Parution le : 27 Février 2008

" En 1983, les éditions Belfond m'ont proposé de traduire un recueil de nouvelles de Scott Fitzgerald : Love Boat. Vingt-cinq ans déjà. Trois autres recueils ont suivi (cinquante nouvelles environ) et deux chefs-d'œuvre : Tendre est la nuit (1985) et Gatsby le magnifique (1996). Traduire ces livres a fini par faire naître entre nous une sorte de familiarité respectueuse qui s'est vite étendue à Zelda, présente à chaque page. Je me suis laissé prendre à l'image brillante d'un couple mythique symbolisant les années d'or de l'immédiat après-guerre. En déchiffrant phrase à phrase les aveux secrets de Tendre est la nuit, j'ai compris que ces apparences étaient vaines, qu'il existait entre Scott et Zelda un amour d'autant plus profond qu'il a résisté à de grandes douleurs et à de longs déchirements, qu'accentuaient la schizophrénie de l'une et l'alcoolisme maladif de l'autre.
Le désir de ce qui est aujourd'hui ce livre sur Zelda s'est éveillé à ce moment là. Je n'ai décidé de l'écrire qu'après avoir fait la connaissance en 1986 de leur fille Scottie et l'avoir écoutée me parler de ses parents. Elle avait en projet la publication de leur correspondance. Le cancer qui l'a emportée l'a empéchée de mener à bien ce projet. Il a été repris par sa propre fille Eleanor.
Une centaine de lettres étaient déjà connues en France, il en restait quatre cents d'inédites. Et j'en ai traduit un certain nombre qui m'ont permis d'enrichir ce livre. Il me manquait un dernier élan. Il m'a été donné par la nouvelle traduction que j'ai faite de Gatsby pour les cahiers rouges chez Grasset, en 2007. Retravailler ma traduction m'a permis de rejoindre Zelda. "

Jacques Tournier

Extrait

Je n'ai pas sonné à la grille. J'ai regardé de loin cette maison rassurante, avec son chien devant la porte, ses pelouses, ses jardiniers, comme une maison de vacances où l'on attendrait des enfants. J'ai essayé d'apercevoir les petits pavillons où sont enfermés les malades, mais ils sont cachés par un rideau d'arbres. C'est de là que m'est parvenue la voix étouffée de Zelda. - Pourquoi moi ? Allongée dans le noir, le visage et le cou dévorés d'eczéma, protégés par des bandelettes. - Pourquoi suis-je là ? Pourquoi moi ? Un médecin soulevait délicatement le bandage. - Il y a un mieux, disait-il. La paupière gauche commence à sécher. Mais elle s'obstinait à comprendre. - Je suis là pour payer quelque chose, je ne sais pas quoi. Comme elle avait bu le jour de son arrivée, le docteur Forel, responsable de la clinique, avait posé comme diagnostic : " anxieuse légère épuisée par un long travail avec des danseurs professionnels ". Appelé en consultation quelques semaines plus tard, le docteur Bleuler, spécialiste de la schizophrénie, après avoir interrogé Zelda pendant plusieurs heures, affinait ce premier diagnostic : " psychopathe de constitution, présentant de graves troubles émotionnels ". - Ce médecin est un âne, a déclaré Zelda en apprenant ses conclusions. C'est cette volonté de lucidité, qu'elle gardera jusqu'au bout, qui rend si douloureux son combat contre elle-même. " Hier on m'a donné du bromure et de la morphine, mais sans résultat, écrit-elle à Scott. Je ne dors plus, je ne peux plus lire à cause de mes bandages, alors je pense à nous, à ce qui nous est arrivé. C'est un long voyage que je fais. Je crois que j'avance et j'espère finir par comprendre. Quand je pense à notre petite Scottie, je prie Dieu qu'elle ne tienne pas de moi et que ces épreuves lui soient épargnées. Mais, si j'étais Dieu, j'aurais du mal à expliquer, et plus encore à justifier, pourquoi l'une de mes créatures est soumise à un tel enfer. Quand je suis arrivée ici, j'avais perdu toute volon... Lire la suite

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