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 Cliquez pour agrandir | Requiem pour une avant-garde De Benoît Duteurtre Editeur : Belles Lettres Parution le : 11 Janvier 2006
A sa parution en 1995, Requiem pour une avant-garde a déclenché une vive polémique en prenant pour cible une certaine " musique contemporaine ", transformée en nouvel académisme. Retraçant l'histoire de cette avant-garde officielle, l'auteur soulevait pour la première fois - dans le domaine musical - un débat également très vif à propos d'arts plastiques ou de littérature. Avec cette édition revue, corrigée et complétée, Benoît Duteurtre enfonce le clou. Toujours dubitatif vis-à-vis d'une certaine " musique atonale ", entachée par le sectarisme de Pierre Boulez et de son entourage : Toujours fervent admirateur de Messiaen, Steve Reich, John Adams ou Jean-Louis Florentz, il nous invite à redécouvrir le XXe siècle musical dans sa diversité. | Musique
Commentaires Amazon| 2008-11-05 | Note : 3/5 | Pamphlet ou pensum Ce pamphlet - ou plutôt ce pensum, écrit sur fiches plutot que de mémoire - combine une critique de Boulez et de l'avant-garde musicale de l'après guerre à une critique de l'idée de progrès, telle que certains l'ont appliquée à certaines questions d'esthétique.
Combiner les deux critiques n'était pas nécessaire! Car, s'il est vrai qu'après guerre certains idéologues, plus férus de politique que d'art, ont exploité les avant-gardes, celles-ci en soi ne sont pas politiques et les opinions politiques de Webern, Pound, Eliot et alii prouvent que l'audace et l'innovation dans les arts n'aboutit pas nécessairement à la politique de Pierre Mendès-France et de Jack Lang.
Il n'est que trop vrai que certains (profs de musique et critiques plutôt que compositeurs) ont créé tout un dogme autour du modernisme et que ce dogme a plus fait pour rebutter le public que le modernisme en soi. Mais ce dogme est tombé et le dogme alternatif que Duteurtre propose, cette condamnation à priori, absolue de l'atonalité et même de tout ce qui risque de s'en approcher un tant soit peu (le Debussy de la fin, certaines oeuvres de Stravinsky, Dutilleux Lutoslawski et Messiaen) n'est pas une solution qui plaira à des mélomanes sérieux - et libres.
Aussi, louer les compositeurs quand ils font dans la tonalité mais les blâmer quand ils sont atonaux c'est les juger selon un critère arbitraire et donc faux. Qu'importe si une partition est atonale ou non la seule question interessante est: est-elle bonne ou mauvaise et nous ne sommes pas rares nous autres qui aimons Mozart et Boulez mais nous emmerdons à l'écoute de Sibelius et d'Helmut Lachenmann.
L'anti-modernisme de Duteurtre s'organise autour d'une dénigration de Pierre Boulez confinant à la vandetta et même à une sorte de calomnie; car c'est calomnier Boulez (disons: prendre ses bas désirs pour des réalités) que de le présenter comme une sorte de râté, survivant d'assistanat!
Et s'il était vrai, comme Duteurtre veut le faire croire, que les musiciens ne suivent pas Boulez, alors, que sont Désormière, Rosbaud, Bernstein, Abbado, Pollini, Barenboim et j'en passe et des meilleurs: des ratés, eux-aussi?
Le public lui non plus ne suit pas? Mais alors, que faisait-il à Boston la semaine dernière, ce public, quand James Levine leur présentait les Notations, accompagnées d'Et Expecto et d'Harold en Italie? La salle était pleine et les applaudissements furent tout aussi fournis pour Boulez que pour Berlioz et Messiaen.
La critique de Duteurtre se fonde sur l'obscurité apparente de l'oeuvre de Boulez. En cela, il n'est que trop typique d'un bien trop nombre des ennemis de ce grand compositeur, qui se persuadent que leur incomprehension les autorise à le couvrir d'insultes et de propos diffamatoires.
Les meilleurs, s'ils s'accrochent, seront récompensés par de surprenantes découvertes, des beautés inouies, une imagination folle, l'expression de sentiments vrais (Sur Incises 1), des harmonies tout aussi cohérentes et claires, coulant sous le sens, que les harmonies de Mozart et de Beethoven.
Et, si l'incompréhension est le fondement de l'anti-modernisme de Duteurtre, on ne s'étonnera pas de constater que les musiciens qu'il pose en alternative ont en commun leur facilité d'approche: telle la nouvelle école tonale française dont il fait grand cas. Mais ce n'est pas en se rendant accessible qu'on compte pour quoi que ce soit dans l'histoire de la musique, c'est en composant des oeuvres originales; et si Florentz, Tanguy, Connaisson et alii n'ont pas compris que Debussy, Dutilleux et tous les compositeurs qui comptent se sont dégagés des influences de leur jeunesse alors leurs études musicales ne leur ont servies à rien qu'à faire ce que n'importe quel singe d'ordinateur peut apprendre à faire: bref, à immiter!
Il est paradoxal de prétendre que les mélomanes n'entrent pas dans le contemporain si c'est pour prôner l'école minimaliste. Car s'il y a bien des musiciens qui n'ont pas l'oreille des mélomanes ces musiciens sont Riley, Glass et Reich et si les mélomanes ne s'interessent pas à eux c'est que leurs compositions si monotones sont plus proches du Rock progressif et de la musique planante que de la musique savante - et sérieuse.
Mais ce genre de considération là n'arrêtera pas Duteurtre puisqu'il va jusqu'à prôner le jazz, le rock, le rap et même la variété - oui, la variété! - et de se persuader que la musique populaire (si bonne soit-elle souvent, dans son ordre, là n'est pas la question) peut satisfaire des amateurs de Monteverdi, Bach et Webern.
Le Requiem pour une Avant-Garde reflete bien, hélas, cette confusion des valeurs et des genres qui caractérise notre temps, tout et son contraire, le classique et le populaire, l'operette et l'opéra, la comédie musicale et la symphonie, mis sur le même plan, sans distinction, sans jugement, sans ordre et sans cette forme positive de la discrimination qui fait le goût et est le fondement de toute civilisation.
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