 | L'oeil le plus bleuDe ToniMorrison
Editeur : 10 X 18 Parution le : 22 Mai 2008 ISBN : 978-2-2640-4799-1 EAN13 : 9782264047991
Premier roman coup de poing de Toni Morrison, L'oeil le plus bleu décrit l'aliénation d'une enfant noire dans une société où les canons de la beauté sont la blondeur de la chevelure et le bleu des yeux. Sur fond de misère se joue la partition désenchantée d'une communauté injustement rejetée. Sublime. | [Poche]
Prix conseillé : 7,10 € - Prix : 6,75 € |
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Commentaires Amazon| 2010-10-19 | Note : 5/5 | bleu un livre frappant qui fait prendre conscience du mal être profond de la communauté noire,
deux petites filles déjà conditionnées par ce mal être et des adultes incapables de les protéger
un monde sans espoir où avoir les yeux bleus est l'ultime échapatoire, la clé du bonheur...
encore une belle oeuvre de Morisson
| | 2009-09-27 | Note : 2/5 | Prometteur Roman prometteur où le talent de Toni Morisson se fait déjà jour. En attendant le chef-d'oeuvre "Beloved", un style authentique, une peinture sans concession de la société afro américaine d'après l'esclavage, mais en pleine ségrégation du point de vue d'une afro américaine.
| | 2007-12-18 | Note : 5/5 | Un titre au superlatif L'art des titres : "the Bluest Eye". Première surprise, il n'y a qu'un seul oeil. D'emblée, au superlatif absolu "le plus bleu", se joint une interrogation : pourquoi un seul oeil ? L'autre est-il frappé de cécité ?
Pecola est une petite fille noire dans l'Ohio raciste et ségrégationniste de 1941 qui n'a qu'une aspiration : ressembler à Shirley Temple, avoir les yeux bleus. Le roman est riche en figures enfantines :Pecola Breedlove, Claudia (une des narratrices)et Frieda MacTeer, Maureen (celle qui hurle "I am cute", forte de son teint clair et de ses yeux verts, elle est "colored" et pas "black")et la petite Fisher, blonde aux yeux bleus, la petite patronne de la mère de Pecola, Pauline -- ou Polly selon ses patrons, les seuls à l'avoir dotée d'un surnom (nom, identité...), les seuls chez qui elle se sent bien, les seuls pour qui elle vit.
Maureen a les yeux verts, pour Shakespeare qui était "the green-eyed monster" ? Autant de motifs obsédants qui traversent le livre pour mimer les sentiments exacerbés des personnages.
Pecola porte dans on nom les doubles stigmates de son identité raciale et de son noir destin : "coal" veut dire charbon, ce charbon qui suscite une scène de violence entre ses parents. Contrairement à Maureen qui fait partie de l'univers des "colored people" et qui se sait jolie, Pecola appartient à celui des "black people" et se croit hideuse. Morrison effectue une satire sociale sans concession de cette distinction subtile jusque dans les comportements sexuels des femmes, dans leur coiffure (la raie faite au rasoir par le coiffeur pour les hommes, les cheveux lissés pour les femmes): elle dissèque les moindres habitudes pour les amplifier et les comparer, tels des jeux de miroir. La scène du chat est atroce de violence et rappelle celle de l'arrachement des yeux bleus des poupées ou de la tarte convoitée que l'on fait tomber lors d'un acte manqué.
Si Pecola est au bas de l'échelle de la beauté telle qu'elle est véhiculée par l'univers du cinéma technicolor des années 1940 et par tant les blancs que les noirs qui ont intégré une beauté qui ne peut être que blanche, la petite Fisher est, elle, en haut de l'échelle et l'on est en droit de se demander si Pauline Breedlove ne la préfère pas à sa propre fille. Claudia est la seule révoltée contre ce diktat de la seule beauté possible pour une femme : être blonde aux yeux bleus, elle, détruit ses poupées et leur arrache les yeux car elles ne lui ressemblent pas. Cette violence à l'égard de jouets se dissémine remarquablement dans le roman avec deux motifs frères : celui des mûres écrasées et celui des "bleeding hearts" aux fenêtres des blancs et des "colored" : ces fleurs pourpres qui symbolisent à première vue un univers feutré et équilibré mais qui, si l'on se réfère à leur nom montrent toute la violence et le sang non répandu, tout comme les baies écrasées. Quand Pecola, Claudia et Frieda vont voir Pauline dans la maison de ses patrons, elle font tomber une tarte préparée avec amour par Pauline pour Miss Fisher (et pas pour les trois fillettes) et la petite Fisher, effrayée par les trois petites filles, demande leur identité ; Pauline ne trouve d'autre réponse à lui donner que "don't be afraid" : elle a intégré l'image négative et son amour pour cette petite fille aux cheveux "jaunes" n'a d'égal que sa haine de soi. Ses dents qui tombent au fur et à mesure de la diégèse symbolisent ces larmes non versées et bien sûr quelque chose de plus primitif si l'on pense à la signification symbolique de cette perte.
Breedlove veut dire littéralement "élever l'amour" mais dans la famille Breedlove, il n'est pas élévé, il est rabaissé au point de lever l'interdit de l'inceste. Cholly Breedlove est un enfant abandonné par sa mère et élevé par sa grand'tante. Il fera comme son propre père (et son fils Sammy) : la fuite, la fugue après avoir par deux fois violé sa fille de onze ans, Pecola. Pecola, traumatisée tant par l'inceste que par le déni maternel sombre dans la folie et engage des dialogues hallucinés sur le bleu de ses yeux. Enfin, elle a ses/les yeux bleus, mais cela ne lui suffit pas, elle veut les plus bleus qui soient. Impossible de ne pas penser au glissement sémantique du bleu aux bleus, ces ecchymoses de l'âme, ce blues que chante Mrs MacTeer et ces chansons que Claudia aime tant sans les comprendre. Pecola ne se départit désormais plus, dans son état de démence, de cette mélancolie consubstantielle à son double traumatisme : son état de laideur et son état de fille enceinte de son père. Le roman qui s'ouvrait sur la stérilité et rappelait "The Wasteland" se ferme aussi sur ce bébé qui ne verra pas le jour, ce "tar baby" de Pe"coal", il suffit d'une inversion et Pecola devient Pecoal.
La première page est remarquable, dans son agglutination progressive d'un disours lisse qui devient dissonant, "jarring". Hors du temps: on ne peut pas ne pas penser à "Summertime, and the living is easy, fish are jumping and the cotton is high". Aux antipodes du monde de Pecola. Un seul oeil, à qui est-il ? Le plus bleu. Le plus bleu ? Vraiment ?
Une oeuvre remarquable à lire absolument, de préférence en anglais.
Fella Bouchouchi
| | 2004-09-01 | Note : 5/5 | La petite fille et la poupée Deux fillettes, noires. Une qui est fascinée par une poupée aux yeux bleus, qui rêve d'être comme elle, l'autre qui a envie de les arracher, les yeux arrogants de cette poupée qui représentent tout ce qui la fait souffrir, tout le mépris ou l'indifférence que lui renvoie le regard des Blancs.Une histoire à la fois banale, hélas! triste, émouvante,un univers que l'on découvre.
| | 2003-04-17 | Note : 5/5 | L?inexorable destin d?une enfant noire Toni Morrison, auteure Africaine-Américaine, a obtenu plusieurs prix pour ses romans. L?oeil le plus bleu est son premier ouvrage publié en 1977. L?écriture de Morrison est unique et sa construction littéraire toujours originale. Elle conduit son lecteur petit à petit et de manière inexorable vers une fin imprévisible. La beauté de sa langue va de paire avec un esprit qui se contente de décrire et de constater. Les mots lui servent de scalpel pour sonder l?âme humaine dans ce qu?elle a de mystérieux et de ténébreux même. Toni Morrison nous fait pénétrer dans l?univers des Noirs Américains et surtout dans celui des femmes, souvent doublement victimes du racisme et des hommes. L?oeil le plus bleu est l?histoire pathétique d?une jeune enfant noire qui va inexorablement vers un destin qui s?écrit en dehors d?elle. Elle semble être le point d?aboutissement d?un arbre généalogique chargé de malheur et de peine. Son destin personnel ne fait qu?illustrer ce que l?Amérique peut produire comme existence désespérée. Organisé autour du thème des quatre saisons, le récit de L?oeil le plus bleu ne se termine sur aucune moisson ni aucune floraison. Ses saisons sont stériles. Ce n?est qu?aux toutes dernières pages du livre que nous sommes à même de saisir la portée de ce que l?auteure écrit en introduction : « Ce qui est sûr aujourd?hui c?est que de tout cet espoir, cette peur, cette concupiscence, cet amour, et cette douleur, il ne reste que Pecola et la terre dure?. Il n?y a vraiment rien à ajouter ? sauf Pourquoi. Mais comme le Pourquoi est difficile à expliquer, on doit se réfugier dans le comment. »
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