Chez l'Américain Rick Bass, la nature est proche du corps, chaleureuse et menaçante. Une sorte de divinité splendide, mais qui a aussi l'indifférence de toutes les divinités. Il a exercé la profession de géologue dans des gisements de pétrole et de gaz, un poste idéal pour observer la violence des relations entre les hommes et la nature. Et pour cultiver au fond de soi une rêverie où naissent des personnages fantastiques. C'était le cas dans les trois nouvelles de Platte River que les Editions Christian Bourgois viennent de republier en poche.
Dans La Décimation, son dernier ouvrage paru en français, Rick Bass nous plonge en plein dans la sauvagerie humaine. Il a commencé à l'écrire au début de la guerre en Irak. Aux premières années de la République du Texas, dans les années 1840, deux jeunes paysans s'engagent dans une troupe qui est chargée de patrouiller à la frontière avec le Mexique (on y reconnaît bien sûr des préoccupations d'aujourd'hui). Ils y seront mêlés à des exactions et subiront ensuite celles de leurs adversaires. Ils sont capturés avec leurs camarades. Certains d'entre eux s'évadent. Tous subiront la décimation (un homme sur dix tiré au sort sera exécuté).
Dans ce récit d'un survivant, la fragilité de ce qui est humain dans l'humanité est mise à l'épreuve d'une violence sans recours et de paysages puissants, hostiles et fraternels. Au détour des crimes de guerre, un prêtre capturé par les troupes texanes et qui sait qu'il va être abattu, tourne ses yeux vers le jeune paysan parti pour la gloire et qui découvre l'ordure: «Vayan con Dios, [lui] dit-il doucement, Soldados desgraciados», avant d'aller mourir. Le temps |