La question politique majeure qui parcourt le texte et que résume parfaitemenent le paradoxe du titre nous parait etre la suivante: comment Ngoh est-il demeuré ascète malgré son long séjour à la cour? Autrement dit: une discipline de vie forgée sur les valeurs morales peut-elle survivre à l'esprit prédominant dans la curia regis?
Entré en politique par la grande porte de la nomination au gouvernement, J.F.Ngoh en sort pour ainsi dire par la petite, victime de la part d'ombre de la politique. Jetant un regard retrospectif sur son parcours, Ngoh s'interroge longuement sur le sens à accorder à la politique, au regard des reproches de l'entourage ne comprenant pas pourquoi il ne s'est pas montré " licencieux devant la chose publique ", au motif qu'"au depeçage del'éléphant, point d'invitation ". En effet, ils sont nombreux à n'avoir retenu du maire-pour le railler-que le fait de se rendre parfois au bureau à pied ou à vélo, de ne disposer d'aucune villa...
Ce que la trajectoire politique de Ngoh pose en vérité comme problème, c'est la difficile construction de l'espace public dans un contexte africain où " la pratique du pouvoir reste prisonnière de "'esprit de cour"". Le parcours de Ngoh peut etre lu comme une réponse, par le biais de la fiction, à la question que posait le philosophe Jean-Godefroy Bidima dans une article sur le rapport entre le " corps, la cour et l'espace public": " l'esprit de cour s'accommode-t-il ou non d'une visée éthique susceptible de jeter les fondations d'une autre morale publique?" Flavien Enongoue, Enseignant de philosophie politique à l'Université Omar Bongo-Libreville
Pour un premier essai, réussite! Comment ne pas se pâmer d’admiration devant la qualité de ce roman au titre ironique et un brin provocateur ! Ouvrage écrit dans un style attrayant, recherché et très soutenu, Un Ascète dans la Cour est à la fois une fresque- au demeurant très colorée- de la vie politique dans l’Etat postcolonial africain, un hymne à l’intégrité humaine, valeur autrefois cardinale, mais devenue une tare dans notre société plutôt marquée par la corruption et le reniement de soi, et un hommage à ceux qui se battent pour asseoir autre conception de la politique. La vie de Jean-François Ngôh est faite de paradoxes : alors qu’il n’y était pas du tout préparé, il se voit projeter des années durant au devant de la scène politique au point de devenir un membre de la cour, mais il reste humble et répugne la flagornerie ; son statut et ses responsabilités publiques l’amènent à vivre dans les palais et dans de grandes villes, mais il reste attaché à son village natal (Epassendjé), au point d’y retourner vivre, dans la douleur de la solitude, les derniers moments de sa vie ; il flirte avec les merveilles et les délices de la cour, mais préfère mener une vie austère ; il est orphelin, mais reste ouvert à la famille, etc. Etrange personnage dont les contemporains devraient s’inspirer ! Car sa vie est en soi un débat : un débat sur le sens même de l’engagement politique, mais aussi sur la considération que l’Etat devrait accorder à ses serviteurs une fois qu’ils sont admis à la retraite. N’est-ce pas suffisant pour s’intéresser à cet ouvrage qu’Emmanuel F. Issoze-Ngondet a sûrement écrit en pensant ces hommes qui ont eu le mérite d’accompagner, dans la droiture et la dignité, les premiers pas de l’Etat post-colonial africain ? Je lui dis « bravo ! » et lui demande…à quand le second ?
Annette Françoise Giraud
(Professeur de français, Paris)
Une fois que j’ai pris ce livre dans les mains, il ne m’a pas permis un seul instant de le laisser de la main. Les yeux envahis par cet ouvrage, de la première page à la dernière, qui m’a saisie complètement par son grand charme grâce à son propre style bien tissé et très littéraire et des fois lyrique... introduisant sa lectrice à un récit aussi bien imaginaire que réel bien fondé sur la longue carrière diplomatique de l’auteur lui-même, et poussée par la curiosité pour l’Afrique, surtout pour sa richesse culturelle, son immense beauté naturelle, son énorme potentialité, et sa chaleur humaine: à travers ces pages j’ai été invitée par l’auteur à me rendre à Epassendjé où je pouvais apprécier la beauté de l’Afrique et sentir la force et l’intelligence de l’Afrique au fond de mon coeur. Le titre du roman nous évoque une ironie et c’est la vie... L’auteur demande à ses lecteurs une sérieuse réflextion sur les véritables valeurs de l’existence et de trouver une réponse positive eux-mêmes. Bravo pour son premier roman publié cette année! C’est un superbe livre et j’aime surtout et surtout lire et relire les chapitres 3 (Retour aux sources) et 7 (Dans la galaxie présidentielle). Est-ce prématuré si j’attends déjà le deuxième roman de cet auteur en espérant m’y plonger pleinement tout comme dans «Un Ascète dans la Cour»? Cathy
N’est-il pas urgent que ce personnage de roman, Ngoh, nous serve de parangon de vertu pour assainir la gestion de nos Etats en Afrique chez les jeunes générations qui sont appelées à servir leurs pays demain? Plus qu’une œuvre imaginaire, ce roman, profondément actuel,
est une invitation à la réflexion sur un des fléaux qui gangrènent et enterrent progressivement nos pays : la corruption. L’inconscience, le banditisme politique de certains employés de l’Etat qui ne se considèrent pas comme tel est ici mis en lumière dans une écriture limpide. Cette œuvre mérite d’être introduite dans les programmes scolaire et universitaire en Afrique afin d’éduquer les générations futures et les protéger contre ce virus qu’est la corruption de l’appareil étatique. LE mal n’est-il pas là ? N’allez pas le chercher ailleurs ? Un ascète dans la cour : A lire absolument. Vous en sortez révolté mais aussi avec une dose d’optimisme. BFL
Comment peut-on être "Ascète dans la Cour", lorsqu'on sait que cette dernière est le lieu de convoitises par excellence? Le regard sur la dialectique du Pouvoir et de la Vertu à laquelle nous invite l'oeuvre de l'Ambassadeur ISSOZE-NGONDET est au coeur de l'Etat post-colonial. Et l'Afrique est un champ d'étude particulièrement fertile à une analyse socio-politique par l'ironie, la satyre et l'humour; instruments que l'auteur manie avec talent et dextérité.Ce qui fait l'originalité du roman, c'est la forme interrogative qui couronne l'engagement politique du héros. Alors que l'éducation scolaire et familiale prônent l'attachement aux valeurs d'humanisme et à la vertu, certains individus semblent pourtant céder aux sirènes de la corruption par la politique. Mais l'interrogation du personnage central sur le sens de son refus de devenir "salaud"(voir Les mains sales, Jean-Paul SARTRE) ouvre le débat de la Solitude. Jean-François Ngôh est un "Moine". Et à ce titre, il est un Solitaire en tant qu'orphelin mais aussi un Solitaire dans son attachement à la vertu; tandis qu'autour de lui, des "Merveilles" brillent. Il peut nous être salutaire de nous construire notre tour d'ivoire, de nous entretenir un petit jardin personnel et éviter ainsi de vendre notre âme à ce monde de prédateurs. Un "Moine" est avant tout un solitaire dans la multitude. Et il n'y a pas à se conformer aux tendances de la "majorité".Celle-ci n'a pas toujours raison. "Un Acète dans la cour" est une oeuvre magistrale, car ISSOZE-NGONDET nous fait revivre ici une grande problématique de la philosophie moderne: "Comment vivre pur dans une société corrompue"? Benga Ndjeme d'Epassendjê
Ce livre que je viens de lire avec délectation plonge le lecteur dans l’univers des cercles politiques africains. Ecrite dans un style très attrayant, l’histoire captive dès son entame, elle accroche le lecteur et le pousse à aller plus loin dans sa découverte du personnage central. Au fil des pages, il plonge lui-même dans l’univers exploré, prend la place du personnage central et partage ses convictions.
Ce livre est à lire ! L'Homme
|