 Romancier et photographe, photographe et romancier – Tiery B. a déjà publié deux romans et un livre de ses photos - se joue de ces deux médiums afin d’écrire au fil du temps, des voyages et des rencontres, une histoire : la sienne.
Œuvre écrite, dans cette autofiction, Tiery B. exprime avec force, que si les mots sont des receleurs d’images, les images ont des textes.
Livre d’artiste, ce livre, œuvre d’art à part entière, atteste la pertinence et la complétude de l’échange qui s’instaure entre le texte et l’image. Si chaque photo est unique, chaque texte est spécifique et ensembles, ils racontent une histoire esthétique, composée des envies, de l’univers, de la vie de l’artiste. Cependant, ce dialogue moins que tout autre doit être érigé en signe distinctif sinon exclusif ; car au-delà de l’acte éditorial se dessine la matérialisation d’une œuvre photographique autonome d’une grande pertinence.
En des arrangements littéraires et visuels complexes, Tiery B. nous livre ici un journal intime, initiatique, où se mêle l’évidence de la nature et de l’abstraction, chères au photographe, à celle des corps valorisant l’émotion sensuelle. Romain
Très beau texte. Ai découvert par ailleurs le travail photographique de l'auteur (Tiery B.). Le tout forme un univers stimulant. A suivre et à défendre, pour ceux qui seront d'accord avec Pasolini :"La culture est une résistance à la distraction". Vilarèse
 Chaque phrase de ce livre donne a penser ou rever. On veut, on subit, selon. C'est delectable. Et inepuisable. Phillipe Le V.
Hallucinant de beauté. Stupéfaction à la lecture de certaines critiques de marbre devant tant de sensibilité et d'intelligence. On se prend à rêver d'une entente maximale autour d'un tel texte. En vain... C'est la règle, en art et en tout - la loi ici-bas- désespérante, plus que jamais. Courtois
 Ca faisait bien longtemps qu'on n'avait pas lu un aussi... mauvais livre ! Torturé, hésitant, malhabile, accessoirement "prise de tête", ce bouquin est mauvais de la première à la dernière ligne. Ou alors c'est nous qui ne sommes pas assez intelligents pour en appréhender l'essence intrinsèque et émotionnelle. N'empêche, qu'est-ce qu'on a pu s'emmerbêter à lire "Le Frère préféré" !
Là, on s'y attendait pas. Vrai de vrai. Une belle couverture, un joli titre, c'était tout à fait prometteur. Mais dès qu'on a attaqué la lecture, on a cru à une farce. Une parodie de livre. Ce n'est pas possible, on nous fait une blague. On est en train de passer à Surprise sur Prise, spécial littérature ? Il y a une caméra planquée dans notre bureau, et quand on va s'énerver, brailler que ce n'est pas possible que des bouquins pareils soient publiés, tout le monde va surgir autour de nous en se marrant. Hélas, on a beau farfouiller partout, pas l'ombre d'une caméra miniature, et pas un pote planqué en train de rire sous cape.
C'est une erreur de destinataire ?
On reprend notre lecture, on se dit que ça va s'améliorer au fil des pages, mais non, rien de rien. Est-il possible de retourner le livre à l'envoyeur ? C'est décidé, on va lui mettre un petit mot poli : "Monsieur, visiblement nous ne sommes pas le bon public pour votre tor... pour votre livre, nous n'y comprenons rien. Vos prises de tête, euh vos réflexions nous laissent parfaitement froids. Nous ne devons pas être assez intelligents pour comprendre la profondeur de vos propos, leur étendue dépressi... euh poétique. Ca doit être l'exemplaire destiné à Richard Bohringer que vous nous avez fait parvenir par erreur. Bonne chance pour ce premier roman, mais puisque vous êtes avant tout photographe et que vous envisagez de vous tourner vers la vidéo, nous ne saurions trop vous conseiller de suivre à fond votre chemin, de vous éclater en tournant des films, mais par pitié, ne nous infligez plus de livres, laissez faire les écrivains. Ou alors, si vous persistez, faites-le discrètement et surtout, surtout, ne nous envoyez plus vos livres."
La lettre à Héloïse...
C'est vrai qu'on aurait dû voir venir le coup. D'abord, les éditions Héloïse d'Ormesson, y a pas, ils ne sortent pas ce qu'on peut qualifier de nos livres préférés. Et puis là, le bug : quelqu'un qui devait ignorer notre a priori négatif a décidé de nous envoyer ce bouquin. Puisqu'on ne vous cache rien, on a haussé un sourcil étonné en voyant le nom de l'éditeur, mais armés de nos meilleures dispositions, on a décidé de jouer la carte de l'objectivité la plus absolue, d'oublier nos réticences premières, et de ne pas mélanger le talent éventuel d'un auteur avec l'éditeur chez lequel il est publié. Tu parles d'une bourde !
Dès qu'on a attaqué la lecture, on a cru à une farce. Une parodie de livre. Ce n'est pas possible, on nous fait une blague. On est en train de passer à Surprise sur Prise, spécial littérature ?
Oh et puis, c'est de notre faute ! Cette manie de ne pas vouloir lire le communiqué de presse, de vouloir nous ruer sur le livre, pour le découvrir sans être pollués par les avis souvent mauvais des attachés de presse. Quand, à la fin du livre (ehhhh ouiiiii, abnégation quand tu nous tiens !), nous nous sommes rués sur le communiqué, furieux, nous avons compris notre méprise. Si on avait commencé par ça, on aurait évité le reste. Tout y était dit du mauvais livre à suivre : "Dans ce roman travaillé par les questions du rapport à Dieu, du bien et du mal, qui plonge aux profondeurs de la sexualité, la réflexion sur l'écriture est la mise en scène de nos tensions intérieures." Amis du grand n'importe quoi, bonjour !
Allez, et inutile de nous écrire pour dire qu'on est méchants, tout ça, c'est notre job et on oblige personne à nous soumettre ses livres. Si vous ne voulez pas qu'on en parle, ne nous les envoyez pas ! Et estimez-vous heureux que nous ayons pitié du pauvre arbre abattu pour sortir ce bouquin, et de l'encre gaspillée qui nous obligent à la condescendance absolue d'un 2/20. CRITICA
Un jeune homme de 23 ans retrouve son frère de 15 ans, son préféré. « J’ai vu grandir la grâce de ta chair », écrit-il. Qu’est-ce que la fratrie sinon le lien du corps ? Ils sont ensemble pour une semaine, dans un hôtel du 15ème arrondissement, à vivre seuls tous les deux, à marcher dans Paris. Le narrateur consigne chaque moment de ces jours-là, sans rien dissimuler ni idéaliser, il photographie son frère partout où ils vont, son bien-aimé, « un petit dieu, entouré d’idiots », les idiots de la famille, s’entend, sachant que « les photographies se superposent aux souvenirs, au point de les effacer. » Il est sévère et ombrageux, « ne concevant pas d’amour infidèle ». Le petit se prête et se dérobe avec une cruauté de chat. L’aîné ne force rien, tout à son adoration. Sans son désir, qu’y aurait-il entre eux ? L’enfant s’en va, rieur, dans « une pitié molle et sentimentale, qui ne songe qu’à se défendre et à s’éloigner », laissant son aîné dans le désespoir de l’échec amoureux, « sentence de mort » sur quoi s’écrit le livre.
Le livre est écrit pour ne pas oublier, il est hanté par l’amour, il est le corps même de l’aimé, ce corps tout entier vénéré, odeurs, sperme, vomi. Il est un chant, élégie et tombeau. Il proclame « l’exigence de rester un enfant » et il est un adieu déchirant à l’enfance. Il est une ode à l’oisiveté, une déclaration de guerre à la banalité, à l’ennui. Il refuse le stratagème, le bricolage, la stratégie par quoi brillent les écrivains de salon. Il est écrit comme personne n’ose, dans un emportement, une violence folle parfois, une délicatesse, une beauté prophétique.
Ces pages crues et vraies sont autant façonnées par la vie que par la littérature. Elles sont traversées par les rencontres - passes anonymes ou cristallisations -, les paysages où le narrateur marche sans fin – fleuves, doux vallonnements des Vosges à l’automne, Paris donné par Hugo, dont Bagatelle est « le bois sacré », Paris qui se décompose quand s’approche la séparation, et Vincennes où les motards déroulent leur « orgie masculine ». Elles vibrent de philosophes et de poètes, poètes surtout, « qui ne discutent pas des vérités nécessaires » : Baudelaire, Lautréamont, Rimbaud, Ovide, Louise Labé, Gibran, Hölderlin, Hoffmann, Proust, Mallarmé, tant d’autres, tous ceux que nous aimons. Ils sont, à l’instar du bien-aimé, les muses du narrateur. Il lit, il voit, il aime, il écrit d’un même élan profond et joueur. Ici, l’ingénuité, l’absolue pureté de l’enfance ont une langue stupéfiante d’élégance, de musicalité, de préciosité parfois.
« Mon rêve d’esprit libre a toujours été celui d’une humanité fière et hautaine à la fin de son histoire », écrit l’auteur. Et que ce premier roman « serait le dernier ». Cela se pourrait : il y brûle ses vaisseaux. Mais j’espère qu’il se trompe, qu’il nous donnera d’autres rendez-vous. Marie-Noël RIO
Il y a des premiers romans annonciateurs de grandes vocations. C'est à quoi nous fait penser ce livre première manifestation de Tiery bourquin en littérature. Il fait mouche avec cette histoire d'un gars de 23 ans qui revoit son jeune frère pour lequel il a un béguin qui dépasse l'ordre fraternel. C'est une thématique homosexuelle qui se décline sous un jour nouveau, à savoir l'inceste entre frères. C'est écrit avec une grande profondeur, beauté de la stylistique et récit émaillé de belles citations qui pimentent ce texte fort. Retenez ce nom, il ira loin, très loin. Culture H.
L'auteur est un enragé de vérité qui risque de connaître l'amertume de ceux qui n'ont pas été compris assez tôt. D'autant que l'expérience d'où lui est venue son oeuvre semble avoir été sacrifiée, reléguée en enfer. On la sent sourdre dans des paroles prophétiques de toute beauté où le présent se retire pour laisser la place à un avenir impossible. C'est plus que de la littérature tout cela. Un renoncement de l'auteur à son art, même semble-t-il, pour laisser entrevoir l'inconnu.
Le réalisme de ce livre et son symbolisme - "chaque fois que nous sommes gênés par une parole trop forte, nous disons : c'est un symbole"- divergent parfois mais ne se nuisent pas tant que cela. Le caractère incertain que quelques uns reprochent à la structure tient à l'hésitation entre un passé en train de se perdre et un avenir indéterminé, propre au devenir et à l'adolescence. Et si Le frère préféré s'achève en roman triste c'est qu'il n'y a pas d'amour possible à son stade. Pourtant il y est plus question d'ardeur et de recherche que de frustration comme d'autres ont pu l'écrire, et à l'instar du Grand Meaulnes il porte une jeunesse qui ne se fanera pas de sitôt. Espérons seulement qu'il ne s'affirmera pas trop à l'écart : la postérité est parfois aveugle. Frankart
S'adressant à un être aimé, ce frère d'élection - "tu me ressemblais, sans être mon image"-, ces confidences d'un jeune homme, que des années d'études philosophiques ont laissé quelque peu désabusé, sont des souvenirs de moments radieux, moments érotiques et moments fusionnels, d'autant plus intenses qu'ils n'étaient pas destinés à durer. Paris sert de décor à cette passion qui suit le fil des caprices et des errances, et convoque la poésie comme miroir. Le désarroi, le désir mortifère, les amours éphémères : le narrateur cherche toujours son double, dans une sorte d'exaltation douloureuse, ressassant une perte qui aurait pu le conduire au naufrage, mais qui finalement l'a mené à l'art.
Ce livre se déploie comme un chant. L'auteur se laisse aller parfois à suivre une pente réaliste mais captive quand il cède à la sincérité et à un certain lyrisme. Christian B.
Denis est photographe et écrivain. Il est aussi un jeune homme de 23 ans amoureux de son frère cadet. C'est lors d'un séjour à Paris que Denis déclare sa flamme à son puîné. Mais cette histoire ne s'arrête pas là. C'est aussi celle d'un écrivain qui veut offrir un cadeau à l'amour de sa vie, une offrande inoubliable : l'histoire de leur six jours passés ensemble dans la capitale, pour qu'il n'oublie pas qu'il l'aime, "parce que son sexe et son sang sont siens." Denis cherche à combler le manque auprès de Philippe, un Rimbaud contemporain. La sortie de son livre jette un froid sur ses proches, car Denis a dévoilé les noms véritables des personnes concernées.
C'est un livre sur l'amour, servi par une écriture poétique. Une histoire sur l'amour d'un homme pour un autre, l'amour d'un homme pour son frère, une réflexion sur l'écriture et ses conséquences lorsque l'on n'épargne personne. C'est un premier roman audacieux et réussi qui ne vous laissera pas indifférent. V. Bruneau
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