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Tu es Petra

Tu es Petra

Auteur : Marc Delevoy

Editeur : Persee

Marc Desgranges, un Français ordinaire, demande instamment à rencontrer l'Ambassadeur de Grande-Bretagne. Il s'agit d'une affaire de la plus haute importance sur les plans politiques et économiques. Lors d'un bref voyage au pays des trois religions du livre, il a fait l'acquisition d'une pierre banale qu'il garde comme souvenir. Après de longues recherches, il a compris que cet objet pouvait avoir des répercussions capitales pour l'humanité. C'est le début d'une aventure insensée aux conséquences incalculables...

15,72 €
Vendeur : Amazon
Parution :
ISBN : 978-2-3521-6143-1
Extrait

Michael Finlay sentit à la voix de son interlocuteur que le dénouement était proche. Il se tut d’ailleurs et termina son verre d’eau.

- Et bien ?
-Et bien le centre de Culham n’a pu déterminer la composition de cet objet !
- Que voulez vous dire ?
- Monsieur le Premier Ministre, articula lentement Alan Boulton mais en baissant la voix comme si quelqu’un d’autre pouvait l’entendre, que cette « pierre » est un mystère. Elle n’existe pas à l’état naturel, ce n’est pas un alliage ou un amalgame ou quoi que ce soit de ce genre.
Il reprit son souffle, fixa son regard et dit enfin :

- Elle n’est pas d’origine terrestre !

Michael Finlay le regarda comme s’il était devenu fou puis vida d’un seul trait le verre de porto qu’il n’avait pas encore touché.

- Je ne comprends pas. C’est une météorite alors, avança t’il en prenant la pierre qu’il n’avait pas encore touchée et qui lui parut lourde vu sa taille.
- Non Monsieur, les météorites proviennent du système solaire et ont donc une composition similaire à tout ce que l’on peut trouver sur la terre ou les autres planètes, roche ou métal. Ce n’est pas le cas de cet objet. Il échappe à toutes les classifications connues. On ne sait pas ce qu’est c’est mais une chose est certaine : Il ne provient pas de l’Univers tel que nous le connaissons.

Il se tut, prit un large mouchoir de soie et s’épongea le front.

- Mais enfin, d’où vient elle alors prononça t’il d’une voix étranglée en reposant la pierre comme si elle lui brûlait soudainement les doigts.
- C’est justement la question, Monsieur le Premier Ministre et c’est la raison pour laquelle je suis ici. Par chance cet expert de Culham travaille pour nous et il m’a contacté directement dès qu’il s’est rendu compte de l’importance de l’affaire.
- Mais Culham peut se tromper ! Ne peut on faire une contre expertise, demander peut être aux américains de l’analyser à leur tour !
- Monsieur, notre centre de recherches atomiques est tout aussi performant que ceux des américains, dit Boulton sur un ton un peu vexé. Et je pense qu’il ne faut surtout pas en parler aux américains, ni à qui que ce soit, d’ailleurs.
God knows what mess they would make out of it ! ajouta t’il.

Michael Finlay se rappelait les paroles de Marc Desgranges lui proposant de fournir des quantités faramineuses d’or, le revoyait poussant vers lui le lingot en disant « mais ma preuve, la voici ». Mais qui était il donc ? Ce n’était quand même pas un extra-terrestre !
Il revint sur terre.

- Qui est au courant ?
- Très peu de personnes, heureusement. Notre homme à Culham et nous deux. Mon agent ne parlera pas et trouvera une réponse quelconque pour son frère à la Banque. Mais j’ignore par contre qui était au courant de l’existence du lingot.

Il ajouta doucement, comme s’il parlait à un homme blessé :

- Monsieur le Premier Ministre, pouvez vous me dire comment et où vous avez trouvé ce lingot.
Il était abasourdi. Avant de répondre, il fit une dernière tentative pour s’assurer que Bolton n’était pas dupe d’un canular comme il avait cru l’être lui-même il y a 2 semaines à Sarlat.

- Mais cet expert à Culham, il peut s’être trompé ! As t’il vraiment la compétence nécessaire ? Quelqu’un d’autre a-t-il vérifié son analyse ?

Alan Bolton marqua un temps, avant de répondre par l’affirmative, mais il avait remarqué sa courte hésitation

- Comment pouvez vous en être sur ? Est t’il notre unique expert en la matière ?
- Monsieur, répondit Bolton à regret, c’est le Professeur Nording.

Sir James Nording ! Brillant mathématicien, chimiste et physicien, il était reconnu comme la sommité mondiale dans l’étude de la matière et ses travaux avaient été couronnés il y a 2 ans par le prix Nobel de Physique. Il ne put s’empêcher de sourire intérieurement : Ainsi l’honorable Professeur travaillait pour le MI 5…

- Monsieur le Premier Ministre, reprit Alan Bolton, comment vous êtes vous procuré ce lingot ? Il est capital que nous en sachions la provenance pour découvrir comment cet objet s’est retrouvé à l’intérieur.

Il lui décrivit l’insistance de sir Edward McKennan pour qu’il rencontre ne serait ce que quelques instants, ce français qu’on lui avait présenté à l’ambassade. Je m’y suis engagé, avait il plaidé et il semble avoir quelque chose d’important à dire.
Puis l’entrevue elle-même, à laquelle il dit avoir mis fin assez rapidement, ne comprenant pas vraiment ce que lui voulait cette personne. Convaincu d’avoir affaire à un fou il l’avait pratiquement congédié tout en refusant son « cadeau ».
Bolton écouta avec attention mais aussi consternation le récit du Premier Ministre. Comment les services de l’ambassade avaient ils pu être imprudents au point d’exposer Michael Finlay à un inconnu sans autre précaution que la présence de l’Ambassadeur et d’un contrôleur de bagage. Décidemment les ambassades entièrement occupées par leurs mondanités ne comprendraient jamais rien à la réalité et aux dangers du monde moderne. Et le Premier lui-même lui apparut bien léger dans cette démarche. De l’autre coté il du se rendre à l’évidence que si le « dossier » avait été traité plus professionnellement l‘objet qui était posé sur la table n’aurait jamais été découvert. En tout cas, pas par les Anglais.
Quelque chose ne lui paraissait malgré tout pas très clair dans ces propos. Que voulait donc ce Marc Desgranges et pourquoi avait il tant tenu à laisser le lingot au Premier Ministre. Et si c’était un déséquilibré comment les différentes personnes qu’il avait du voir à l’ambassade et l’Ambassadeur lui-même ne s’en étaient elles pas rendu compte ?

- Monsieur, pardonnez moi, mais n’y a-t-il pas un détail qui vous échappe ? Quelle était la raison invoquée par ce français pour vous rencontrer ? Aussi légers qu’aient pu être les services de l’ambassade et la naïveté de sir Edward lui-même, ce n’est quand même pas pour essayer de vous remettre un lingot d’or qu’il a tant insisté pour vous voir. Et que les autres l’ont laissé faire !

Michael Finlay avait passé sous silence « l’offre » de Marc Desgranges de fournir au Trésor des quantités faramineuses d’or. Petite coquetterie d’homme politique ne dévoilant pas ses cartes du premier coup...Il réalisa à ce moment seulement que la révélation de Bolton modifiait la donne et la nature du problème. Non qu’il crut un instant à cette fable mais pouvait il y avoir un lien entre cette pierre mystérieuse et une proposition insensée ?
Il compléta son récit puis le silence envahit la pièce.

- Que faut il penser, dit il au bout de quelques minutes.
- Je n’en sais rien souffla Bolton, mais l’urgence immédiate est de retrouver ce Monsieur Desgranges et d’essayer d’en savoir plus. Il me parait très peu probable qu’il ignore lui-même la présence de cette pierre, et s’il l’a mise lui même il nous faut découvrir comment il se l’est procurée .Et quel lien peut il y avoir entre celle-ci et sa proposition ; si tant est qu’il y en est un !
- Mais ce qu’il avance ne tient pas debout, voyons !
- Sans doute, mais l’existence de cette pierre non plus, or elle est bien là.
- Croyez vous qu’à partir d’elle…Mais non ça n’a aucun sens !
- Nous devons procéder méthodiquement. Mais j’y pense, sir Edward est au courant de l’existence du lingot et donc du discours de Desgranges.
- Sans doute, mais il ne sait pas que je l’ai récupéré par la suite et il ignore son contenu.
- C’est mieux ainsi. Quant aux personnes de l’ambassade qui ont eu affaire à lui, je vérifierai mais il n’y a aucune raison qu’il leur en ait parlé car dans ce cas sir Edward vous l’aurait dit. Nous ne sommes donc bien que deux à maîtriser l’ensemble du sujet puisque sir Nording est au courant de la « pierre » mais pas du discours et vice versa pour sir Edward.
- Desgranges semblait convaincu que je reprendrai contact avec lui
- Il le faudra bien mais n’en faites rien pour l’instant ! Il nous faut d’abord en découvrir plus sur lui. Laissez moi faire ce travail, avec l’assistance technique du MI6 et nous aviserons à ce moment la. Avez-vous un coffre privé, je veux dire auquel personne d’autre n’a accès ?
- J’ai peur que non.
- Alors permettez moi de mettre cette « chose » en lieu sur.

Il reprit son étrange boite et y rangea soigneusement le petit éclat de pierre. Et prenez ceci ajouta t’il en remettant au Premier Ministre un petit objet de la taille d’une boite d’allumettes; c’est une ligne sécurisée qui nous permettra de rester en contact directement. Il n’y a qu’un seul bouton que vous pressez après avoir composé le code 2462. Vous ne pouvez pas l’oublier, ce sont les premiers chiffres du code postal de votre propriété en France.
Je reprendrai directement contact avec vous à votre retour de Washington.

Le bruit étouffé de l’horloge de Big Ben leur parvint. Il était 23.30 et Michael Finlay venait de vivre la plus longue journée de son existence. Alan Bolton se leva ; il paraissait tout aussi accablé par le lourd secret qu’il partageait mais son esprit pratique anticipait déjà toutes les actions qu’il allait lancer dès l’aube.
Il prit congé et regagna à pied son domicile tout proche de Savoy Place. Tandis qu’il marchait dans le cœur de Londres endormi dans la tiédeur estivale il se demanda si les rares passants attardés qu’il croisait avaient conscience qu’il portait dans sa poche probablement le plus grand secret que l’humanité n’ait jamais connue.

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