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L'Homme imprononcable

L'Homme imprononcable

Auteur :

Editeur : Rumeur Libre

D'où vient que dans ces «chroniques d'une âme», la voix semble s'être retirée et parler de loin, depuis ce lieu où il n'y a plus de préoccupation littéraire, et où celui qui parle, dans la nécessité, ne cherche pas à écrire de la Poésie, mais est devenu Poème, dans le sens le plus fort de ce mot, dans l'à-vif de ce qui ne peut se départager de la pensée, du rythme, du déchirement du jour ? Porté par une grande douceur, celle de la perte et de l'abandon, et avec l'ironie terrible des formules acérées pour épingler les discours figés des fossoyeurs onctueux. Celui qui parle ici le fait dans le mouvement de toutes ces marches, de la nuit et de la ville arpentées, de rencontres fugitives et essentielles, de récits en plan, d'histoires en suspens, de ce qui ne peut se dire que dans une intonation juste, de ce qui s'échange dans le furtif, fugitivement, presque en silence. Avec la grâce de l'instant et le poids des phrases quotidiennes, et de leur beauté irruptive, la présence affirmée de toutes ces figures d'humains, de «pourvoyeurs d'abîme» et autres compagnons du silence, Christs à la dérive, livreurs d'oracles en douce, d'énigmes déchirantes, de phrases de rien qui font entendre toute la grandeur du langage quand il commence à s'adresser vraiment à quelqu'un.

Patrick Laupin est né en 1950 dans l'Aude, il a passé son enfance dans les Cévennes, dans une famille de mineurs de fond. Il a exercé pendant dix ans le métier d'instituteur et pendant vingt ans celui de formateur de travailleurs sociaux, creusant sans relâche un espace de transmission de la lecture et de l'écriture dans des lieux d'alphabétisation et d'internement, avec des adultes, des enfants et des adolescents en rupture de lien social. Tous ses livres, publiés depuis 1975, témoignent d'une écriture étincelante et harmonieuse qui réhabilite la splendeur inégalée d'un partage de mots. Véritable instrument de guerre déclarée à toute forme d'exclusion sociale, il suffit de se laisser porter par l'appel inimitable qui sourd du déroulement des pages de ses livres pour retrouver le bonheur simple et rare d'être ensemble.

18,00 €
Vendeur : Amazon
Parution :
ISBN : 978-2-3557-7000-5
Extrait

Je voudrais que s'entende comment la violence historique rentre dans les corps, crée en chacun une parole non parlée, un soliloque muet. D'ordinaire la poésie arrive à ça par des abréviations fabuleuses et des synthèses de foudre donnant à lire toute la structure du langage en abîme. J'entends une poésie qui ne trahisse pas la réalité. J'imagine un théâtre, simple odyssée sous les arbres, solitaire, tacite ou social, où l'auditeur soit dans la position d'entendre ce qu'il écoute comme s'il ne l'avait jamais encore entendu prononcer, bien que vivant de tout temps de ce débordement concentré de sa propre énergie singulière. Où soient des adresses, des voix, un lieu de la parole en soi pour qu'elle puisse exister. Sans quoi, le tragique de la folie le prouve, l'homme est un être donné pour le néant et la disparition. Que la voix retraduise ça, le lieu, le geste, le fuyant. Que s'entendent ces voix, vulnérables de songe, sentences retorses qui évident le mensonge, une beauté statuaire dans le calme plat de l'invective. Je voudrais que s'entende une langue qui par la répartie instantanée retourne le sens à son vide, à la cruauté rapace d'envol qui dort dans la guerre intestine des corps, à la douceur élue de la beauté. Ennuis, soleils, traites impayées, corps courbaturé et l'oppression, le souffle de la révolte. Je me dis qu'une page est tracée diaphane chaque jour au soupir de notre disparition. Je voudrais lui rendre son invention de chair, de verbe et d'insurrection sacrée.

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