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L'Inconsolable

L'Inconsolable

Auteur :

Editeur : Minuit

Sélection Rue des Livres

Tu n'aurais jamais cru que tu survivrais, mais tu vis pourtant, tu continues, de date en date, et depuis si longtemps. Tu vis contre son absence, contre la vie qui l'a permise, contre les autres, parce qu'ils oublient, et contre toi, qui ne peux rien effacer. Malgré toi, tu restes en attente d'autre chose, mais quoi ?

13,70 €
Vendeur : Amazon
Parution :
157 pages
ISBN : 978-2-7073-1940-1
Les avis

La presse en parle

Une mère a perdu son enfant. Un drame unique. Un drame ordinaire. Quand s'ouvre le livre, une vingtaine d'années se sont écoulées. La douleur, cependant, ne s'est pas faite moins vive, même si elle s'est réfugiée au creux du coeur, jusqu'à le ronger, lentement, en silence. De manière tacite, un code s'est installé entre la mère et son entourage, «un rite immuable et sacré» qui prend particulièrement corps le jour de l'anniversaire funèbre... Ecrit à la deuxième personne du singulier, comme s'il s'agissait de mettre en jour un interminable soliloque, «l'Inconsolable», malgré les apparences, n'a rien d'un récit conventionnel : celui d'une mater dolorosa drapée dans un deuil impartageable. D'emblée, Anne Godard déjoue les attentes du lecteur en lui proposant un récit d'introspection qui partirait de l'effroi d'un «arrachement» pour explorer les méandres de l'âme humaine... Celle qui parle et qui se parle, comme s'il n'y avait meilleur réceptacle de son désarroi qu'elle-même, a fait de sa propre maison le sanctuaire d'une étrange solitude. Cette maison n'est autre, pourtant, que ce petit monument de patience qu'est le livre.

Thomas Regnier - Le Nouvel Observateur


Inspirez profondément, sinon le premier roman d'Anne Godard vous coupera le souffle. Mais comme un lacet qui se resserre, lentement, adroitement, prenant soin de vous tenir en haleine jusqu'à la fin. De quoi s'agit-il ? D'une femme qui se parle et dont on comprend page après page, par allusion et recoupements, qui elle est. Une femme aux aguets, seule contre tous. Ses proches sont autant d'ennemis coupables, en vrac, d'indifférence, de pitié, de malveillance.
Un seul être trouve grâce à ses yeux, qui lui fut arraché. Son jour de gloire fut celui de sa plus grande douleur. Depuis la mort de son fils aîné, adolescent, - le seul qui ne lui cachait rien et qui lui donnait tout -, sa vie tourne en rond autour de cette date fatidique que le calendrier passe et repasse...

Il y a du Requiem dans son monologue fou, une aspiration, au fond, à tarir la haine qui l'anime et la nourrit ; à reposer enfin, au terme d'une existence vouée à se bâtir sa propre statue, celle d'une mater dolorosa à l'oeil sec et au coeur de marbre, «inhumainement normale». Car le ressentiment de cette Médée moderne n'épargnera pas ses trois autres enfants du moment que le regard qu'ils lèveront sur elle n'aura plus l'innocence éblouie du jeune âge...

Dès lors, en contrepoint de cet autoportrait de mère qui aima la mort de son fils parce que celle-ci le lui donnait tout entier, se révèle le vrai visage du disparu...

Astrid de Larminat - Le Figaro du 30 mars 2006


A la lecture de L'Inconsolable, premier roman d'Anne Godard, les jurés du grand prix RTL-Lire (100 lectrices et lecteurs choisis dans 20 librairies de France) ont dû éprouver une émotion rare et étrange. Celle qui vous prend à la gorge lorsque vous découvrez, jailli de nulle part, un nouvel écrivain. Anne Godard n'a que 34 ans et possède déjà la maturité des très grands.
L'Inconsolable est le monologue d'une rebelle. Une femme qui, contrairement à ce qu'exige le discours psy ambiant, refuse de faire son deuil. L'expression n'a d'ailleurs, pour elle, aucun sens. Au contraire. Pour ne pas oublier l'enfant perdu, elle s'enfonce dans un état que personne, autour d'elle, ne supporte... Anne Godard contourne tous les pièges du récit thérapie et de l'autofiction. Son écriture, sèche, vive, ne glisse ni dans l'empathie ni vers l'attendrissement des confidences. Au fil des pages, on découvre, médusé, que ce soliloque accusateur dissimule un terrifiant secret. Tout, ici, est suggéré. Jusqu'à la façon dont mourut, jadis, ce garçon. Ce roman est la promesse d'une oeuvre majeure.

François Busnel - L'Express


Il est des histoires qui vous nouent le plexus à chaque page. Comment résister à cette petite voix s’adressant à une mater dolorosa qui ne vit que dans le souvenir de l’enfant mort, adolescent suicidé sans un mot pour expliquer son geste ?
Cette mère qui a soigneusement balayé le présent et les vivants pour ne se consacrer qu’à ce deuil ?
Une entreprise méticuleuse, égoïste, douloureuse, parfois hargneuse, disséquée par ce « tu », spectateur impuissant. Comme une voix dans la tête, faible conscience que l’on ne veut pas, surtout pas, entendre.

Christine Sallès, Psychologies


Anne Godard évoque avec une force rare l'impossible deuil et l'absence. A découvrir!

Baptiste Liger,Lire


C'est un monologue à la deuxième personne, comme une exhortation. Vous savez, quand on se dit, tu vas voir, ça va aller. Mais elle, c'est pour répéter encore et encore que sa vie s'est arrêtée le jour où son fils est mort, l'instant où elle est entrée dans sa chambre au fond du couloir et qu'elle l'a vu par terre avec tout ce sang autour. Elle ne supporte pas que les autres continuent à vivre, souhaitent oublier la date, effacer le passé comme on essuie un tableau noir. Elle leur en veut de ne pas porter le deuil.
C'est un monologue ; il pourrait être insupportable, étouffant jusqu'au factice, il est pire que ça. L'Inconsolable est un texte aigu et obsédant, d'une violence permanente, un hurlement adressé au monde des vivants... L'Inconsolable détaille avec fureur l'utilisation pernicieuse du malheur devenu la seule raison de vivre, l'ultime résistance face au néant.

Christine Ferniot, Télérama


Une femme s’est fixé la date anniversaire de son existence : celle de la mort de son fils. Magnifiquement inconsolable. Mais il y a des ruses, même dans le sublime.
Ses enfants la surnomment mater dolorosa. Depuis la mort de son fils aîné, le deuil lui est dû comme le droit fondateur de son existence. Elle est la femme en deuil. Tout doit s’ordonner autour du jour à jamais fixé. Tout se concentre autour de la chambre au fond du couloir, là où elle a trouvé son fils mort, à son piano – l’insaisissable, touchant et tempétueux adolescent.
Cela, le lecteur de ce premier roman d’Anne Godard ne le sait pas tout de suite. Le récit commence, en effet, par l’attente. La femme est seule. Les enfants ne vivent plus à la maison, le mari – un musicien manqué – a changé de vie. Elle attend le coup de téléphone. Elle attend les signes de compassion qu’elle exige de ses proches, selon des procédures complexes, puisqu’il ne faut pas que cela ressemble à de la compassion. Bref, elle attend que le monde tourne autour d’elle. Car c’est « le » jour, celui de la mort du fils, voici plus de vingt ans. Malheureusement, elle est bien la seule à célébrer ce culte dont les fidèles finissent par se lasser.
« Tu te dis que tu as beaucoup souffert, d’habitude cela suffit, tu n’as pas besoin de penser plus concrètement. » Au monologue intérieur, Anne Godard a préféré l’emploi de la seconde personne, tu. Cela peut, au début, sembler affecté. Mais on en est vite convaincu : c’est le meilleur choix.
Parlant à la première personne, la femme en deuil ne pourrait pas trahir certain signes de sa complexité intérieure, puisqu’elle est, à sa façon, une grande menteuse. A la troisième personne, le narrateur paraîtrait imposer sa grille au personnage : la femme en deuil ne serait plus qu’un « cas ». Avec la deuxième personne, il y a du « je », il y a déjà du « elle » et l’indicible se glisse par cette demi-proximité, confidence mi-consentie, mi-extorquée.
Derrière la douleur, derrière le ressentiment contre les vivants – notamment contres les autres enfants –, le lecteur découvre, en effet, un nœud de vipères familial, une maison, des souvenirs, des grandes espérances, de non moins grandes illusions perdues et le besoin farouche de maintenir les chimères – dont la musique et le fils mort. On s’aperçoit aussi que la mort du fils est un chaudron de sorcière. Un suicide dont les causes sont le tissu même du récit, avec ses masques et son enfermement.
« Ton fils s’est tué sans un mot, toi, tu te vengeras du silence du mort, par les mots que tu laisseras aux vivants. » On approche du secret de la femme en deuil, mais on n’en brisera heureusement pas le mystère. Cette redoutable manipulation de la « deuxième personne » suffit à montrer que l’indicible est parfois ce qui s’impose le plus évidemment sans mots. Et l’on saluera l’écriture très accomplie à la fois puissante, précise et insinuante d’Anne Godard.

Jean-Maurice de Montremy, Livres Hebdo

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