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Twist
De Delphine Bertholon
Editeur : Jean-Claude Lattès
Parution le : 20 Août 2008

Comment peut-on grandir enfermée dans une cave ? Avant de monter dans sa voiture, j'ai hésité mais pas longtemps, et puis j'ai répondu : " D'accord ! ". Ce " D'accord ", je voudrais le froisser dans ma main comme un papier gras qu'on jette à la poubelle. Maman me l'avait assez répété, de ne pas parler aux inconnus, de faire attention avec tous ces " détraqués " qui courent dans la nature mais là, pas une seconde ça ne m'avait traversé l'esprit. A cause de la bonne tête de R. avec sa chevelure d'éponge, sa voiture brillante, la jolie chatte à trois couleurs dans la petite caisse, l'orage dément qui me coulait dessus et surtout - surtout - à cause de Stanislas. Je m'appelle Madison Etchart Ceci est un SOS Guéthary, 14 juin. Madison, 11 ans, est enlevée au retour de l'école. Au fond de la cave qui lui sert désormais de chambre, elle essaie de comprendre le pourquoi du comment : avec cette foi des enfants qui ne renoncent jamais, elle recompose son monde au fil de ses cahiers. Deux voix lui font écho, celle d'une mère brisée mais qui espère toujours, et celle de Stanislas, le bel étudiant qui donnait à Madison des cours de tennis, au seuil de sa vie d'homme.
Delphine Bertholon nous livre un roman bouleversant sur l'enfance et ses élans, sur l'attente, mais surtout sur l'enfermement et toutes les stratégies que nous inventons pour survivre, chacun à notre façon. Car les failles qui dorment en nous sont parfois plus redoutables pour emmurer les êtres que les barreaux d'une prison...

  • Littérature française

  • Vidéos

    Delphine Bertholon : "Twist"

    Commentaires Amazon

    2008-10-28Note : 4/5
    Save the last dance for me
    Il s'agit donc d'un roman à trois voix : celle de Madison, enfermée dans sa cave et qui se confie à ses cahiers parce qu'elle a bien compris qu'écrire, "c'est sauver sa vie", celle de sa mère, enfermée dans sa douleur, et qui écrit à sa fille pour la garder en vie, et celle de Stanislas, l'étudiant en Lettres qui donnait des cours de tennis à Madison et qui raconte son éducation sentimentale. C'est à mon avis le point faible du roman : sa narration est souvent la plus languissante, pleurnicharde, auto-centrée, comme si l'auteur lui avait déléguée la partie "sentimentale" de l'histoire.
    Par contraste, les récits de la mère et de la fille ont une vraie force, voire une puissance, dans l'émotion comme dans la volonté. Delphine BERTHOLON réussit avec beaucoup de délicatesse à dépeindre les rapports ambigus entre Madison et son geôlier, la culpabilité de la mère à continuer de vivre, tout simplement, le regard des autres... On sourit beaucoup - paradoxalement - dans ce roman ! Madison fait preuve d'une force de caractère(son "carafon" comme dit sa mère - c'est drôle, la mienne avait la même expression...), d'une maturité, d'une auto-dérision et d'un sens de l'humour (politesse du désespoir ?) à tout épreuve. De son côté, sa mère, contre vents et marées, s'efforce de vivre et de continuer à croire que tout est possible, "La lampe du couloir reste toujours allumée, la porte de derrière reste toujours ouverte".

    2008-10-16Note : 4/5
    "Ma petite fille en fer blanc".
    Delphine Bertholon, dans le roman Twist,traite d'une de nos angoisses les plus profondes quand on est mère ou père de famille : l'enlèvement d'enfant. Mais heureusement il ne sera pas question de pédophilie ici : R. qui a enlevé Madison, 11 ans, est bien évidemment un être dérangé mais il n'a pas l'intention de faire le moindre mal à la fillette qu'il gardera prisonnière durant cinq longues années.
    Même si ce roman fait écho à des faits d'actualité, l'auteure dépasse le simple fait-divers en l'envisageant de manière polyphonique. Par le biais d'abord des lettres que la mère écrit secrètement à sa fille qu'elle refuse de croire morte, par les cahiers que Madison parvient à extorquer à son ravisseur car "Ecrire (...) m'emploie les mains et la cervelle, ce qui m'évite de taper dans les murs et de tourner sur moi même jusqu'à ne plus tenir droit."En effet, elle a du répondant Madison, elle a du caractère et ce qui lui permet de tenir bon et de manipuler tant bien que mal R.
    Le dernier point de vue , qui prendra toute sa signification à la fin du livre, est celui du professeur de tennis pour qui la fillette avait le béguin. A la fois proche et extérieur, il offre un regard plus distancié: "Son prénom devint une marque déposée, le code-barre en sept lettres d'une société déglinguée".
    L'évolution psychologique des personnages et particulièrement bien rendue et l'apect dramatique de la situation est contrebalancé par des pointes d'humour qui évitent tout pathos : "(Et un mec qui lit Auto-moto pour s'endormir ne peut vraiment pas être normal.)"
    A mille lieues du thème exploré dans son précédent ouvrage, Delphine Bertholon confirme tout le bien que j'avais pensé d'elle dans son précédent roman car, tout en finesse, elle réussit à établir la bonne distance entre émotion et pathos. Une totale réussite même si j'ai trouvé le roman un tout petit peu trop long.

    2008-09-16Note : 5/5
    Le jour de la Volvo noire
    Une fillette de onze ans est enlevée sur le chemin de l'école. Pendant cinq ans, la petite Madison Etchart ne donnera aucun signe de vie. Elle s'est évaporée. Une Volvo noire a croisé son chemin, et zou. Plus rien. Les enquêteurs ignorent tout des circonstances, une cellule de crise est créée mais les maigres pistes aboutissent à des désillusions. A la longue, les parents de Madi se renferment mais ne veulent pas perdre espoir. Pour sauver sa peau, la mère écrit de longues lettres à l'absente, qu'elle ponctue d'un "N'oublie jamais que je t'aime".

    L'attente commence, terrible et épuisante. Frustrante, aussi. Les proches veulent se serrer les coudes, mais les nerfs sont à fleur de peau. On se heurte et se blesse pour une pécadille. On se reproche les manques, les loupés et tout le tintouim. On se raccroche aux quelques branches existantes. Stanislas, le petit voisin de dix ans son aîné, était le béguin de Madi et son prof de tennis. Ce samedi du kidnapping, il avait rendez-vous avec la jeune fille mais a annulé pour une histoire de coeur sans lendemain. Pour lui aussi, le temps va compter. Exilé à Paris pour ses études, il va rencontrer la fille au tee-shirt trop grand (Louison), aussi fascinante qu'agaçante. Il tombe éperdument amoureux d'elle, tandis qu'elle le mène par le bout du nez. Il pense mourir d'amour quand Madison refait la une des journaux.

    Cette gamine intelligente et futée a croupi dans un terrier chez R., celui qu'on ne nomme pas. Il est son bourreau, son trait d'union pour la survie, il incarne la haine et l'affection, de manière ambiguë (cher syndrome de Stockholm!). On connaît son calvaire par les livres qu'elle griffonne avec rage et désespoir.

    L'écriture est ce qui sauve nos trois personnages, un instinct de survie pour compenser l'impuissance et éloigner la détresse. Ne jamais baisser les bras, à aucun moment. Madison a prouvé que lire et écrire avaient été ses deux planches de salut, même si l'incertitude et l'effroi ont aussi été ses compagnons d'infortune. Cette histoire, inspirée d'un fait divers, sait admirablement échapper au témoignage délirant et larmoyant du cauchemar qui frappe une famille par la disparition d'un enfant. On ne lâche aucune larme, c'est formidable !

    J'avais personnellement peur de tomber dans une emphase déplacée, un climat malsain et éprouvant - en tant que jeune maman. J'ai eu l'agréable surprise de lire une histoire passionnante, écrite avec justesse et élégance. Le récit de la petite Madison, notamment, se révèle étonnant, charmant, plein d'humour et d'ironie. On côtoie ses heures de captivité, pas toujours drôles non plus, mais on échappe à toute névrose, toute affliction. C'est une lecture que je conseille, pour sa vitalité et son message d'espoir. Cela parle d'attente et d'amour, à un sens très large !


    2008-08-28Note : 5/5
    Un seul être vous manque...
    Madison, 11 ans, est enlevée par R. à la sortie de l'école, et séquestrée dans une cave. Sur le cahier qu'elle a réussi à obtenir de son ravisseur elle raconte le tour qu'a pris sa vie depuis Le-jour-de-la-Volvo-noire. Deux voix se mêlent à celle de Madison pour évoquer la disparition de la petite fille: Celle de Léonore, sa mère, persuadée que sa fille est toujours vivante et qui continue à lui écrire des lettres, et celle de Stanislas, le prof de tennis dont Madison est amoureuse. Monté à Paris après le drame, il tombe sous le charme de la belle et insaisissable Louison.

    Le sujet peut effrayer de prime abord, Delphine Bertholon s'inspirant d'un fait divers qui avait bouleversé l'europe il y a deux ans. Mais ici le romanesque et la sensibilité l'emportent largement sur le sordide et le sensationnel. Le personnage de Madison, en dépit de son enfermement, reste une pré-adolescente pleine d'énergie et d'humour! Entre fausse soumission et rébellion, entre colère et attachement, elle raconte dans ses précieux cahiers le lien étrange qui la lie à son ravisseur, mais aussi l'adolescence et les changements de son corps qu'elle doit affronter seule, ou l'écriture qui l'empêche de devenir folle. Delphine Bertholon passe avec beaucoup d'aisance d'un personnage à l'autre, Stanislas évoquant sa relation avec Louison, et les lettres de Léonore à sa fille enrichissent très délicatement le point de vue de Madison. "Twist" est un roman sur l'absence et sur l'espoir, une histoire d'amour(s) qui explore tout ce que ce sentiment peut parfois avoir d'insensé, d'absurde ou de cruel. La première bonne surprise de cette rentrée!

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