Darwin viendra-t-il ?
Le samedi 30 juin 1860, quelques mois après sa publication retentissante, L'Origine des espèces doit être soumise à la critique de l'Eglise anglicane et de l'Académie des sciences, toutes deux hostiles à la théorie de la sélection naturelle. Le débat s'annonce agité. Toutes les personnalités scientifiques, politiques, ecclésiastiques et artistiques du royaume s'y annoncent. Il en vient aussi d'Amérique et de toute l'Europe.
Darwin, l'auteur du livre, viendra-t-il en personne ? Ses alliés sont rares. Et son plus ardent défenseur, Thomas Huxley, surnommé le bouledogue de Darwin, hésite encore, malgré son envie d'en découdre avec tous les empêcheurs de l'avancée des sciences. Quant à l'Eglise, sera-t-elle représentée par l'éloquent et rusé Samuel Wilberforce, évêque d'Oxford, qui interdit que l'on touche au dogme de la Création ? L'Académie sera-t-elle représentée par le professeur Richard Owen, célèbre inventeur des dinosaures, ennemi juré de Darwin et de Huxley et fervent défenseur du fixisme de Cuvier ?
Pourquoi l'imbroglio scientifique, politique et religieux enfle-t-il aussi vite autour de ce désormais légendaire «débat d'Oxford» ? Pourquoi cette page rocambolesque de l'histoire des hommes et de sa place dans le monde est-elle restée si longtemps méconnue, alors que chacun connaît le procès de Galilée et la controverse de Valladolid ?
Cent cinquante ans plus tard, alors que les énigmes sont levées, le piquant social - osons dire anthropologique - de cette histoire reste intact. Les nouvelles péripéties du créationnisme et de l'intelligent design lui rendent une surprenante actualité.
