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Une violence eminemment contemporaine

Une violence eminemment contemporaine

Auteur(s) : Jean-Pierre Garnier, Collectif

Editeur : Agone

Synthèse de quarante ans d’observation des réalités urbaines, ce livre examine les transformations provoquées par un mode de gestion politique des villes laissant, au détriment du « droit à la ville », la part belle aux appétits économiques. Ces écrits souvent polémiques renouent le fil de la continuité historique et sociologique entre l’« assassinat de Paris » (décrit par Louis Chevalier à la fin des années 1970), l’essor d’une nouvelle petite bourgeoisie inféodée aux pouvoirs en place, et l’effacement politique des classes populaires avec les « crises urbaines » qui font l’actualité médiatique.

« Crise des banlieues », « crise du logement », « SDF » : autant de symptômes dont le traitement social (et aujourd’hui sécuritaire) est voué à l’échec faute de reconnaître le conflit d’intérêts fondamental opposant la majorité des usagers de la ville et les spéculateurs. Enfin, ce livre dévoile la manière dont les multiples innovations (qui visent à donner l’illusion qu’on peut réconcilier magiquement les contraires) exercent une violence symbolique ne faisant que redoubler celle, bien réelle, qui s’exerce sur des citadins de plus en plus nombreux à être dépossédés de leurs villes.
Chercheur et enseignant en sociologie urbaine (CNRS et École spéciale d’architecture), Jean-Pierre Garnier a fait paraître plusieurs ouvrages sur la politique urbaine et l’involution de l’intelligentsia française, dont Des barbares dans la cité (Flammarion, 1997) et La Pensée aveugle (Spengler, 1995).

Les nouveaux habitants qui ont entrepris de s’approprier certains secteurs urbains où vivait une population majoritairement composée d’ouvriers et d’employés appartiennent pour la plupart à une petite bourgeoisie intellectuelle très diplômée occupant des emplois hautement qualifiés dans la « nouvelle économie » fondée sur l’information, la communication et la création. Ses membres exercent leur activité professionnelle dans les médias et la publicité, mais peuvent être également artistes, psychanalystes ou enseignants du supérieur. Ce groupe très composite dispose d’un pouvoir d’achat élevé qui lui permet de consommer « autrement » que les « bourgeois » traditionnels, mais à des coûts tout aussi prohibitifs, que ce soit en matière d’habillement, d’alimentation, de loisirs, d’ameublement ou, bien sûr, de logement. Promues à longueur de pages « culturelles » par la presse de marché, les pseudo-transgressions et autres « œuvres dérangeantes » dont cette catégorie privilégiée fait son miel participent d’une autre forme de conformité conservatrice en phase avec l’esthétisation du mode de vie qui lui permet de se démarquer du commun. Cependant, aussi dispendieux soit-il, cet hédonisme consumériste n’autorise pas à classer ce groupe parmi la bourgeoisie proprement dite dans la mesure où ce n’est pas le niveau de revenus ou la quantité de patrimoine qui définit celle-ci, ni même son capital culturel, mais sa place dans les rapports sociaux de production : celle de classe dominante. À cet égard, l’appellation oxymorique et médiatique de « bobos » qui sert couramment à désigner les néo-petits bourgeois qui tiennent le haut du pavé dans les quartiers « gentrifiés » est doublement trompeuse.
Même si elle joue un rôle actif dans la reproduction des rapports de domination, la petite bourgeoisie intellectuelle, y compris pour ce qui concerne ses franges supérieures, ne fait donc pas partie de la classe dominante. Aussi influente soit-elle sur le plan idéologique, sa place et sa fonction demeurent celles d’une classe intermédiaire préposée aux tâches de médiation entre dirigeants et exécutants, dans le cadre de la division sociale du travail en régime capitaliste développé. Parmi ces tâches figurent celles de conception, dont s’acquittent, entre autres, les architectes, les autres relevant de l’organisation, du contrôle ou de l’inculcation idéologique.

18,30 €
Vendeur : Amazon
Parution :
254 pages
ISBN : 978-2-7489-0104-7
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