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 Cliquez pour agrandir | Notre métier a mal tourné Deux journalistes s'énervent De Philippe Cohen, Elisabeth Lévy Editeur : Mille et une nuits Parution le : 23 Janvier 2008
Sélection Rue des Livres
Étrange paradoxe : plus il y a de journalistes, moins il y a de journalisme. Car la multiplication des médias et l'explosion des nouvelles technologies aboutissent à faire de chaque journaliste un numéro. Victimes de cette banalisation, les figures du journaliste politique, du grand reporter et de l'enquêteur ont bien pâli. Et si le public s'estime mal informé, les producteurs de nouvelles ont le sentiment que les nouvelles règles du jeu médiatique leur interdisent de respecter celles qui étaient au cœur de leur métier. Qu'est-il donc arrivé au journalisme ? Les deux auteurs disent tout haut ce qu'on ne peut s'avouer dans les rédactions : leur métier a mal tourné ; la peur est devenue le premier carburant de la profession. L'industrie des médias est à présent dominée par quelques grands groupes, ce qui a contribué à écraser les individualités. Pour autant, si les journalistes se contentent de rediffuser la même information et la même vulgate en mille éclats de voix et de phrases, ils en sont aussi responsables. Le journalisme était un métier, il est devenu, avec la complicité souvent involontaire de ceux qui l'exercent, une idéologie diffuse qui prend la forme d'un conformisme pâteux constitué d'idées trop simples et d'icônes vénérées.
Élisabeth Lévy et Philippe Cohen exposent les logiques à l'œuvre dans la fabrication de l'information et analysent les dernières mutations d'un paysage médiatique français sinistré par l'érosion des recettes publicitaires. Le salut ne viendra pas seulement d'Internet mais d'abord de la détermination des journalistes et des citoyens à défendre un artisanat de la liberté sans lequel il n'est pas d'information.
Élisabeth Lévy est journaliste. Elle collabore au Point et à Marianne, et anime le site causeur.fr. Elle est l'auteur des Maîtres censeurs (Lattés, 2002) et du Premier Pouvoir (Climats, 2007). Philippe Cohen est rédacteur en chef à Marianne et dirige le site marianne2.fr. Il est notamment l'auteur de La Face cachée du Monde (avec Pierre Péan, Mille et une nuits, 2003), de BHL (Fayard, 2005) et de La Face karchée de Sarkozy (avec Riss et Richard Malka, Fayard-Vents d'Ouest, 2006). |
Commentaires Amazon| 2008-03-20 | Note : 4/5 | Une démythification du métier de journaliste. Ayant apprécié, il y a quelques années l'ouvrage d'Elisabeth Lévy sur « Les maîtres censeurs », je n'ai pas oublié la verve et le talent qui caractérisent cette sympathique journaliste et étais donc très enclin à lire le présent essai.
Elle n'a manifestement rien perdu de son énergie et de sa personnalité, même s'il est difficile de distinguer ici ce qui provient de sa plume de ce qui est l'oeuvre de son co-auteur Philippe Cohen.
Nos deux journalistes nous révèlent les coulisses de leur profession, déplorant une évolution du métier vers plus de superficialité, de conformisme, voire d'idéologie, allant même jusqu'à comparer l'immense majorité des journalistes d'aujourd'hui à des « producteurs de nouvelles », notamment sous l'effet de l'émergence de l'internet, plus qu'à des spécialistes du travail d'enquête, qui a fait les grandes figures et les grandes heures du journalisme et qui, lui-même, a bien dérivé. En témoignent la présentation qui est faite du journalisme d'investigation à la suite d'Edwy Plénel, ainsi que l'affirmation suivante (p.85) : « L'enquêteur avait pour règle de ne croire que ce qu'il voyait. L'investigateur voit ce qu'il croit. »
Beaucoup y ont perdu leur âme et leur force d'analyse, se contentant de rediffuser une même information frelatée, lorsque d'autres créent de l'information spectacle et leur future renommée personnelle en mettant en scène des « affaires » compromettant des politiques ou des célébrités. Les médias comme « agora du ragot », en quelque sorte, selon la formule d'Ivan Rioufol, rappelée p.83.
Les deux auteurs mettent ainsi en cause le règne de l'instantané, de l'éphémère et de l'émotion, qui ne craint nullement les contradictions et faisant beaucoup moins de place qu'auparavant à la réflexion.
Et toutes les ficelles sont bonnes, à une profession qui se défend plus que jamais de sombrer dans l'idéologie, comme celle de « l'idéologie mémorielle », synonyme de notre bonne vieille repentance, faisant poser cette question à nos auteurs : « Le fantasme d'un monde désidéologisé, objectivé, rationalisé, n'est-il pas l'accomplissement ultime de l'idéologie ? ».
Les journalistes s'érigent ainsi progressivement en « juges du Bien et du Mal », assertion au sujet de laquelle l'ouvrage fourmille d'exemples, notamment à travers le « dogme absolu des Droits de l'Homme » (p.131).
Quelques réserves toutefois à l'égard de cet intéressant pamphlet, les auteurs étant un peu trop obsédés, malgré l'intérêt que présentent leurs analyses, par « la menace du système néo-libéral » sur le métier de journaliste, qu'ils essayent de mettre en évidence, ainsi que sur l'idée qu'une société éditrice n'est pas « une entreprise comme les autres », argument que l'on a déjà entendu quelque part...
Mais ils le font avec une telle sincérité et conviction que l'on n'est pas forcé d'en prendre ombrage. Et l'explication conserve, par certains aspects, sa petite part de vérité malgré tout.
Un essai intéressant pour tous ceux qui s'intéressent à l'information (et ne la verront peut-être plus tout à fait du même oeil), ainsi qu'à tous ceux qui envisagent de se lancer dans le métier de journaliste.
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