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La princesse mendiante

La princesse mendiante

Auteur : Catherine Clément

Editeur : Editions du Panama

C'était au Mewar, en Inde du Nord, au temps d'Akbar.
C'est l'histoire de Mirabaï, la fillette qui épousa un roi mais qui aimait le dieu Krishna.
C'est la légende de Mirabaï, qui dit non au bûcher, non à l'obscurantisme.
Sur les routes, dans la chaleur et la poussière, elle chante et elle danse. Elle mendie et les pauvres la bénissent.
C'est le roman d'une femme qui aime et se révolte.

Romancière et philosophe, Catherine Clément est l'auteur de nombreux romans. Pour l'amour de l'Inde, La Señora, Le Voyage de Théo... Elle a aussi vécu cinq ans en Inde.

18,00 €
Vendeur : Amazon
Parution :
308 pages
ISBN : 978-2-7557-0166-1
Extrait

La petite avait chaud. Au milieu de la nuit, son grand-père était mort ; le rituel s'apprêtait. Selon l'usage, la cérémonie aurait lieu avant le coucher du soleil. On était en avril et l'enfant transpirait. Sa nourrice la tenait serrée entre ses jambes et ne la lâchait pas.
De la terrasse où elles étaient assises, on voyait sur la droite les fleurs sur le bûcher, le tas de noix de coco, le long tortillon de palmes sèches qui servirait à allumer le feu, une poterie qui chauffait sur un brasero. Juchés dans les niches de la porte d'honneur, les trompettes venaient juste de donner le signal. Le cortège était entré à gauche. De loin, la petite pouvait apercevoir le visage violacé du Rana de Merta, couché sur une litière d'argent et couvert de pétales. À côté de la litière cheminaient les prêtres torse nu, le front poudré de jaune, leurs cheveux ramassés en chignon sur la nuque.
- Pourquoi tout le monde se tait ? dit l'enfant.
- Ne bouge pas, ma colombe.
- Il va brûler, Bapu ?
- Tu sais bien que oui !
- Et ma grand-mère à moi, elle va brûler aussi ?
- Mais tais-toi donc ! Ces graines de fille, ça ne sait pas se tenir.
En tête, marchait une femme éclatante. Sa jupe était rouge vif, ses mains étaient rouges, le voile autour d'elle était rouge. On voyait nettement ses vieilles mains décorées des chaînettes réservées aux mariées, ses pieds nus et leurs bracelets de chevilles, ses ongles rougis au jus d'hibiscus. Son visage, on ne le voyait pas. Elle puisait un grain de riz dans sa paume et le jetait sur la litière, un grain et puis un autre, un pas et puis un autre. Elle ne tremblait pas. Elle était dans sa gloire.
- C'est qui, la dame rouge ? Dis-moi !
- Fiche-moi la paix !
Pour la seconde fois, les trompettes sonnèrent ; la femme s'arrêta.
Un soupir parcourut la foule vêtue de blanc. Ils étaient des centaines venus des environs. Le peuple de la ville et celui des villages, ascètes et paysans, marchands et artisans, tout ce que le petit royaume de Merta comptait d'hommes adultes s'était déplacé pour l'événement. Leur Rana était mort. Pour ce qui allait suivre, ils s'étaient mis en blanc ; le rite l'exigeait.
La femme en rouge rejeta son voile lentement; elle avait les cheveux dénoués comme au jour de ses noces. Les premiers cris montèrent. «Sati Mata ki jaï !» Tête droite, elle laissa les acclamations l'envahir ; ses yeux brillaient d'orgueil dans son visage ridé. Elle 15 s'avança, posa sa paume droite sur le mur et appuya, marquant la pierre de son empreinte en rouge à côté des empreintes des satis précédentes, pieusement rehaussées d'or.

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