Aymeric Patricot en utilisant le même nom que le site Suicide Girls - déclenchement de l'idée à faire ce livre et d'en donné le titre à son roman - avec une écriture aux mots posés, sans heurts ni détachements, juste une description saine, sans atermoiement, sans « psycho » à deux balles, avec une saine présence, décrit réellement bien la mouvance de l'adulte confronté à celle de l'adolescent et l'écriture fluide de l’auteur entraîne le lecteur. Point de lourdeur ou d'attachement puéril à une situation. Les faits sont là, dépeints et malgré tout, point de froid détachement, juste un regard qui voit. Pour le reste, il me semble trop conscient des interminables liaisons qui peuvent amener à ce geste irrémédiable mais en aucun cas, n’en fait l’exploration que ces filles exposées sur ce site en soient à ce stade. Même s'il est vrai que pour l'intrigue, la rencontre est attendue entre ce prof (dont on ne connaît l'activité que furtivement (aucune description de classes etc...) et cette adolescente en italique, néanmoins la limpidité du texte sur des scènes extrêmes de la vie quotidienne et contemporaine n'inspire ni compassion forcenée, ni pitié bon marché. L'auteur décrit des situations inextricables qui ne regarde que soi, et qui, dans le même temps, échappe à soi. Extrait :
"Prière dont la forme la plus accomplie me paraissait être de revivre l'instant de sa mort, encore et toujours, cet instant que je n'avais pas véritablement vécu puisque je dormais à ce moment-là, mais dont j'avais perçu comme les rayonnements, travaillé par un sourd pressentiment puis abasourdi de longs mois, cet instant pathétique qui semblait contenir le secret même de mon père, et peut-être aussi le mien, désormais."
Pour ma part le "mais dont", l'un de ces deux mots est de trop. Toutefois, cela n'enlève rien à l'impact de la phrase. Elle parle d'elle-même. De quoi nous parle le livre, hormis le fait de cette indécision d’un adulte à faire le deuil de la mort brutale d’un père trop omniprésent par ses principes rigides et incapable de communiquer véritablement avec les siens et la rencontre brutale d’une adolescente en pleine formation avec le regard des autres qui déterminera toute la suite de son parcours. Ce livre nous parle également de cette séparation inévitable entre le Réel et le Fantasmé, l’Idéal et ce qui est en réalité. Cette ligne invisible où chacun d’entre nous espère le grandiose du quotidien et cette impossibilité à pouvoir gérer ces deux axes calmement, avec discernement en croyant sincèrement qu’ils ne peuvent être mélangés. D’autre part, le terme "trash" ne veut rien dire pour ce roman. La littérature noire en compte déjà beaucoup. Suicide Girls est le reflet exacte des mouvances extraordinaires d'adultes qui n'en ont pas fini avec leurs enfances et adolescences et c'est ce que montre Aymeric Patricot en mettant ces deux voix : celle de l'adulte qui essaie de comprendre la cause de sa mauvaise joie et celle des accidents de cette adolescente. S'il y a question : comment survivre à cette période si trouble qu'est ce passage si difficile où toute l'enfance remonte à la gueule, quel que soit l'âge où cela arrive ? Suicide Girls nous parle, à nous lecteurs. C'est une narration au "je", donc un dialogue ou un récit que nous raconte là les personnages principaux. Ecoutons-les donc... yedov
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