Le Coprophile

Auteur : Thomas Hairmont
Editeur : P.O.L

Qu’est-ce que Le Coprophile ? Un premier roman. Et aussi une tentative pour épuiser définitivement, avec le maximum de densité sémantique et d’intensité verbale, la problématique de la merde. Pour toucher au fond de ces abysses excrémentielles, mieux vaut plonger de haut : l’air raréfié des mathématiques, de la raison, le culte de la transparence et de la lumière californienne ont fourni le point de départ du roman. Dès lors, le livre se construit sur un arc psychologique irrémédiable : le parcours intransigeant du narrateur mathématicien, au sens pythagoricien du terme, depuis la forme vers la matière.

Ce roman se déroule sur plusieurs plans. Tout d’abord, la peinture psychologique du narrateur, engagé dans un processus de dégradation, de transformation, d’une découverte de soi, et qui s’accompagne d’une rencontre (amoureuse ? sexuelle ? chimique plutôt) avec son initiatrice. Puis, la description précise, sensorielle, synesthésique, de l’excrément et de tous ses avatars possibles pour en faire jaillir les couleurs, les textures, les odeurs. Le recours aux symboles alchimiques ensuite : Le Coprophile est aussi un roman sur la matière, sur la materia prima plus exactement, qui invoque les grandes substances modernes (silicium, pétrole, plastique) en écho désillusionné à la substance fécale primordiale. Dans la lignée de ces archétypes psychanalytiques, les rêves, les cauchemars et les hallucinations viennent hanter le cours du livre et lui apportent une couleur fantastique et troublante, débouchant sur une atmosphère aux lisières de la science-fiction et de l’anticipation, dans un New York caniculaire et underground. Enfin, les figures de la chute et du salut, de l’enfer et de l’expiation, de la lumière et des ténèbres achèvent de compléter le substrat esthétique et thématique du Coprophile. Cependant, n’oublions pas l’essentiel : la vocation pertubatrice de la narration, qui emmène le lecteur dans les confins les plus tabous, les obsessions les plus dérangeantes. Depuis les banlieues aseptisées jusqu’à la coprophagie collective, rien n’arrête le cours du récit dans sa descente vers l’abjection, jusqu’à provoquer des effets physiques de répulsion chez le lecteur. Malgré les apparences, Le Coprophile est peut-être secrètement destiné aux âmes sensibles. Mais probablement pas aux estomacs fragiles

18,25 €
Parution : Mars 2011
256 pages
ISBN : 978-2-8180-0640-5
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