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On va où, là ?

On va où, là ?

Auteur(s) : Meg Stuart, Damaged Goods

Editeur : Les Presses du réel

Monographie / livre d'artiste conçu comme une véritable extension du travail de la danseuse et chorégraphe américaine, en même temps qu'il en retrace l'évolution, le premier ouvrage consacré à Meg Stuart relie des moments significatifs de son parcours artistique par le biais de réflexions autour de la création, de l'interprétation, de l'improvisation et de la dramaturgie. On va où, là ? réunit essais, entretiens, témoignages, documents, illustrations, textes de spectacles, avec un ensemble de contributions inédites de divers artistes ayant collaboré au sein de Damaged Goods, ainsi qu'un guide pratique d'exercices.
Ce livre d'artiste revisite les moments clés du parcours artistique de Meg Stuart et retrace son évolution depuis la pièce inaugurale Disfigure study (1991) jusqu'à BLESSED (2007).
La chorégraphe revient sur sa propre pratique, en dialogue avec Jeroen Peeters et plusieurs collaborateurs au sein de sa compagnie Damaged Goods. Rassemblant des essais de Myriam Van Imschoot et de André Lepecki, accompagnés d'interventions visuelles de Doris Dziersk, Tina Kloempken, Jorge Leon, Anna Viebrock, etc., le livre contient également un « manuel » avec les stratégies artistiques de Stuart, des conversations autour de l'improvisation et de la dramaturgie de danse, des réflexions sur les divers modes de collaboration, une sélection de documents et de textes utilisés dans les spectacles de Stuart.
Fonctionnant à la fois comme un réceptacle de souvenirs, de projections, de réflexions et d'images autour de sa pratique chorégraphique, et comme un ensemble de matériaux hétérogènes pour interroger une œuvre en devenir, On va où, là ? constitue une véritable extension du travail de Meg Stuart.

Contributions de Simone Aughterlony, Francisco Camacho, Varinia Canto Vila, Doris Dziersk, Tim Etchells, Davis Freeman, Philipp Gehmacher, David Hernandez, Katharine Jones, Tina Kloempken, Benoît Lachambre, Jorge León, André Lepecki, David Linton, Anna MacRae, Jan Maertens, Lawrence Malstaf, Vincent Malstaf, Vera Mantero, Bettina Masuch, Andreas Müller, Jeroen Peeters, Stefan Pucher, Vania Rovisco, Hahn Rowe, Yukiko Shinozaki, Meg Stuart, Tine Van Aerschot, Maarten Vanden Abeele, Bart Van den Eynde, Myriam Van Imschoot, Anna Viebrock...

Danseuse et chorégraphe américaine (née en 1965 à La Nouvelle-Orléans), Meg Stuart vit et travaille à Bruxelles, où elle a fondé sa compagnie Damaged Goods en 1994. Formée dans la mouvance de Trisha Brown, son écriture chorégraphique explore le corps dans ses dimensions les plus opposées aux canons de la danse classique, et interroge l'articulation des arts visuels et de la danse. Stuart collabore avec de nombreux artistes (Pierre Coulibeuf, Philipp Gehmacher, Ann Hamilton, Gary Hill, Benoît Lachambre, Jorge León, Hahn Rowe...) et plusieurs metteurs en scène (Stefan Pucher, Christoph Marthaler ou Frank Castorf). Elle a créé plus de vingt spectacles avec Damaged Goods, qui vont de solos à des chorégraphies de plus grande échelle, en passant par des créations et des installations hors les murs. Ces dernières années, elle a également initié et participé à plusieurs projets d'improvisation. Elle s'est occupée de la programmation du festival Intimate Strangers (Berlin 2006 et Bruxelles 2008) qui regroupe des performances, des concerts, des installations et des conférences par des artistes liés à la compagnie Damaged Goods. Ses spectacles, qui ont tourné dans les plus grands théâtres du monde entier, ont été présentés à la Documenta X de Kassel ainsi qu'à la Manifesta 7 de Bolzano. Stuart anime également des ateliers dans des contextes variés.

30,00 €
Vendeur : Amazon
Parution :
256 pages
ISBN : 978-2-8406-6323-2
Extrait

Introduction
Jeroen Peeters
(p. 8-9)


Comment une chorégraphe comme Meg Stuart crée-t-elle ses spectacles ? Même pour les spectateurs qui suivent son travail de près, le processus de création est tenu à distance, et le studio de danse reste un espace étranger. Si les interviews permettent d’avoir un aperçu des intentions d’un artiste, de sa poétique ou de sa vision du monde, de sa vie peut-être, elles abordent rarement la question du savoir-faire de l’artiste. Certes, les spectacles permettent de nous familiariser avec un vocabulaire ou un univers artistique, mais ce monde se révèle bien différent en studio, alors qu’il n’est encore qu’en chantier. Motivé par l’intuition et un obscur objet du désir, le processus de création ne pourra jamais totalement se révéler par des mots, l’œuvre finale ne pourra jamais être complètement déchiffrée – sans qu’il y ait pour autant une intention de mystification. Il reste qu’une chorégraphie ou un spectacle résulte bien d’un travail d’élaboration – création d’idées, de matériaux, de décisions formelles, d’interactions sociales, etc. Si pareille chose est pensable, on peut donc se demander s’il n’existerait pas un discours intrinsèque à l’œuvre. Pour commencer, on peut donc chercher à explorer et documenter cette phase de création, en espérant que les langages de la création suivront.
Entre les mois de novembre 2004 et janvier 2006, de l’audition à la première, je me suis immergé dans le processus de création de Replacement, et j’ai passé de longs moments dans le studio à observer les répétitions et à discuter avec Meg Stuart et ses collaborateurs. Cette expérience a suscité encore d’autres questions. Chaque création a un sujet et une distribution spécifiques, qui suppose de devoir inventer son propre processus; celui-ci s’élabore en équipe dans un esprit d’échange permanent. Le studio est un espace de discours très riche, un lieu où s’énoncent des tâches, où on discute et on bavarde. Et tout ce langage est chargé d’un tourbillon d’énergies, propres à la recherche et à la création. Peut-on pour autant en extraire une méthode et un langage qui aillent au-delà des préoccupations spécifiques à un projet ? Comment aborder l’ensemble des pratiques et des intuitions qui se sont développées au fil d’une carrière, permettent de prendre des décisions précises au sujet de la composition et de la dramaturgie d’un spectacle, de l’énergie sociale qui se déploie pendant les répétitions, des stratégies de danse, etc. ? Il s’agit de retracer la généalogie artistique de Meg Stuart et l’histoire de ses collaborations, sédimentées dans une poétique incarnée – qui, dans son cas, emprunte peu aux mots, même en studio. Comment pouvais-je saisir sur le papier sa poétique et sa méthode, le langage implicite de sa pratique chorégraphique ?
En recherchant dans les archives de la compagnie de Meg Stuart Damaged Goods, j’ai rassemblé des documents de travail, des textes de spectacle, des notes écrites par Meg Stuart pour des programmes et des dossiers de subventions, des vidéos de conférences – des morceaux glanés ici et là, des fragments et des anecdotes, qui témoignent de sa méfiance vis-à-vis du langage. C’est ailleurs que j’ai découvert une véritable mine de discours imbriqués dans son travail, à savoir les tâches et les fictions qui composent les nombreux exercices que Meg Stuart énonce à haute voix pendant ses ateliers. Avec le temps, ces exercices sont devenus plus structurés, plus nets, et, étant donné leur utilisation dans un contexte pédagogique, ils sont débarrassés du flou qui est propre au processus de création. Ils mettent en avant les narrations et les principes qui sous-tendent son œuvre et révèlent certains aspects de la construction des projets. Retranscrits avec soin et organisés dans un manuel, les exercices de Meg Stuart et de Damaged Goods forment le cœur de ce livre.
Dans le sillage des exercices, le dialogue en studio est devenu mon principal outil pour enrichir la documentation sur les méthodes de travail de Meg Stuart. Pendant cinq ans, j’ai mené une cinquantaine d’heures d’entretiens avec Meg Stuart et des (ex-)membres de Damaged Goods. Ils m’ont permis d’aborder toutes sortes de questions liées à son travail, comme les processus de recherche, la création, l’entraînement et l’interprétation pendant les spectacles, la dramaturgie et les différents modes de collaboration. Même si les spectacles de Meg Stuart, de Disfigure Study (1991) à Maybe Forever (2007) sont traités de manière oblique, ces dialogues cherchent à revisiter les moments clés du parcours artistique de Meg Stuart, en s’appuyant sur des généalogies et des collaborations qui éclairent son œuvre sous diverses perspectives. Pour les besoins du livre, ces entretiens ont été retravaillés sous la forme d’un polylogue virtuel de voix et de contre-voix singulières qui évoquent des moments, des préoccupations et des thèmes communs. Ces voix ont ainsi gagné en densité et en précision, mais nous avons essayé de respecter le ton et le phrasé informel utilisés en studio – les guillemets sont là pour rappeler leur origine orale.
Le fil rouge de cet ouvrage est celui d’un point de vue interne sur le travail de Meg Stuart, qui se compose aussi d’essais et de contributions visuelles provenant de plusieurs membres de Damaged Goods; tous ces comptes rendus sont à la première personne et abordent divers aspects de la phase de création. Cette vision d’ensemble regroupe plusieurs perspectives, différentes approches de l’écriture et impressions visuelles. D’autres matériaux côtoient cette juxtaposition de voix et de points de vue: une sélection de documents, de textes de spectacle, de citations d’artistes qui ont inspiré Meg Stuart, ainsi que des photographies de ses spectacles.Tout ceci s’accumule dans un espace très dense, un réceptacle de souvenirs, de projections, de réflexions et d’images proches de la pratique de la chorégraphe, un ensemble de matériaux hétérogènes qui, on l’espère, ne cesseront de résonner et de soulever de nouvelles questions. Ce livre a été composé en étroite collaboration avec Meg Stuart et la graphiste Kim Beirnaert.
On va où, là ? n’a ni table des matières ni feuille de route. Le lecteur est plutôt invité à explorer quelques paysages conceptuels de Damaged Goods. On peut décider de déambuler ici ou là, en commençant par s’orienter avec les matériaux qui composent ce livre, et en prenant le temps de s’en imprégner, avant de prendre le gouvernail. On peut se rendre directement page 129, dans l’espace du studio, en se mettant au diapason des énergies qui s’en dégagent et en se promenant dans le bruissement et le brassage du processus créatif. On peut le lire de la première à la dernière page en suivant les pas de la chorégraphe qui élabore un vocabulaire de mouvements, se confronte à des problématiques chorégraphiques plus générales, s’engage dans des collaborations, croise des langages et des territoires inconnus, en nourrissant ainsi tout un questionnement. On peut chercher à comprendre les conflits d’identité vécus par les danseurs quand ils deviennent transparents, cherchent à venir à bout de leur méfiance des mots, ou se transforment en se confrontant à la technologie. On peut se glisser dans les fictions englobantes des costumes ou s’imprégner d’une réalité cinématographique sur scène, et puis découvrir des stratégies d’improvisation qui déjouent les menaces d’une totalité étouffante. Enfin, on peut aussi emporter ce livre dans un studio de danse, se rendre directement à la page 154, pratiquer les exercices, et voir comment le corps se laisse gagner par les tâches à effectuer. On va où, là ?

Bruxelles et Berlin, octobre 2004–décembre 2009

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