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Pierre Molinier

Pierre Molinier

Auteur :

Editeur : Presses du réel

Sous la forme d'une luxueuse monographie de 400 pages, cet ouvrage, édité par Jean-Luc Mercié, révèle la méthode, analyse les procédés et retrace la genèse des photomontages de Pierre Molinier, en plus de 800 images pour la plupart reproduites pour la première fois (photographies, travaux préparatoires pour les photomontages, peintures, dessins, films, documents d'archives et manuscrits), avec une nouvelle biographie établie à partir des correspondances inédites et une bibliographie critique.
Né en 1900 à Agen, Pierre Molinier, peintre et photographe surréaliste, précurseur de l'art corporel, s'est suicidé en 1976 à Bordeaux après avoir conçu une œuvre radicale et pornographique.

Textes de Jean-Luc Mercié
Conception artistique : Adrien Sina
Publié avec la galerie Kamel Mennour, Paris

Jean-Luc Mercié a passé quinze ans dans l'université, vingt ans dans l'édition. Il est l'auteur d'essais sur la peinture et la photographie. Cette monographie est le quatrième livre qu'il consacre au maître bordelais.

48,00 €
Vendeur : Amazon
Parution :
400 pages
ISBN : 978-2-8406-6338-6
Extrait

Beau comme une fille
Jean-Luc Mercié
(extrait, p. 9-14)


À la mort de Molinier en 1976, l’inventaire des publications consacrées à son œuvre est vite dressé. Sept titres au total méritent attention. La préface d’André Breton pour le mince catalogue de L’Étoile Scellée constitue le texte fondateur de sa notoriété (1957). Après le film de Raymond Borde, le texte de Breton est repris deux fois, d’abord dans une revue de cinéma, Positif, puis en plaquette chez Losfeld, au Terrain vague, avec six reproductions en couleurs (1965). Un petit livre sur sa peinture, courageux et raté, avait fini par paraître aux éditions Jean-Jacques Pauvert (1969).
Côté photographie, un seul ouvrage, luxueux et fragile, a vu le jour à Munich, avec un essai liminaire de Peter Gorsen (Rogner & Bernhard, 1972). Dès l’origine, ce bel album fut à peu près introuvable en France. Ajoutons un numéro de revue, Mizue (Tokyo, 1971) et le catalogue d’une exposition collective, Transformer, Aspekte der Travestie, à Lucerne (1974). Voilà, rien de plus.
Signalons encore que Molinier a très peu exposé de son vivant. En dehors des Salons bordelais et parisiens et d’une participation à quelques expositions de groupe, il n’a eu droit qu’à une seule véritable exposition personnelle, celle organisée par Breton dans une galerie minuscule, en cinquante ans de carrière.
Au moment où, fatigué du monde et de lui-même, il quitte la scène d’un coup de revolver, Molinier n’était donc connu que d’un cercle restreint d’amateurs d’art érotique. Mais cette œuvre difficile, restée confidentielle, vouée à la disparition, avait déjà marqué sa place dans les réseaux du fétichisme international.
Commence alors la vie posthume de l’œuvre qui étonne par sa résilience. 1979 : rétrospective au Centre Georges-Pompidou et publication de deux titres, Cent Photographies érotiques (Images obliques) et Molinier, album sur sa peinture (Bernard Letu Éditeur, Genève). En 1992, la biographie de Pierre Petit, Molinier, une vie d’enfer, fait date. Elle se lit comme un roman de gare, apporte une masse d’informations, des documents inédits, relance la curiosité pour l’œuvre et le personnage, suscite de nouveaux travaux. L’événement véritable, c’est en 1995 la publication à Bordeaux, avec plus de vingt ans de retard, du chef d’œuvre de Molinier, Le Chaman et ses créatures (éditions William Blake & Co).
Dès lors, l’essentiel de l’œuvre est accessible en librairie. Il se résume en gros à une cinquantaine de tableaux et de dessins (Pauvert, Letu), à une centaine de portraits et autoportraits (Gorsen, Images obliques), enfin, et surtout, aux cinquante photomontages du Chaman et ses créatures. Ce corpus a l’immense mérite d’inviter les uns à la découverte, les autres au réexamen. Pendant des lustres encore, tous les critiques – et nous n’avons pas échappé à la règle – vont reprendre et répéter les renseignements puisés dans la notice biographique du catalogue de 1957 – ajoutée à la suite de la préface de Breton. Or, cette notice avait été rédigée par Molinier, non par Breton, ce dernier s’étant borné à y apporter quelques retouches d’ordre stylistique. Ce texte subtilement autohagiographique n’était pas beaucoup plus fiable que les propos du Maître gobés sans examen critique et colportés à l’envi par les disciples, complices, partenaires et inconditionnels béats des dernières années, lesquels avaient fini par imposer à tous leur vulgate comme vérité d’évangile.
Certains avaient quand même eu la bonne idée de lui tendre un micro. Molinier s’en était donné à cœur joie, multipliant les provocations, les épisodes inventés, les fausses confidences. Les Entretiens avec Jean Bernard, avec Pierre Chaveau, enregistrés en 1971 et 1972, publiés en l’an 2000, consacrent le discours officiel du chaman et imposent l’image sulfureuse qu’il s’était appliqué à laisser de lui. Ces conversations à bâtons rompus, ces rodomontades – propos décousus et drôles, ponctués de rires, débités d’une voix aiguë avec un accent du Sud-Ouest à couper au couteau – passionnent, étonnent et renseignent, à tout le moins sur la méthode, la manière, les intentions du chaman. Ils figent le mythe et c’est en ce sens qu’ils intéressent. Ils éblouissent même parfois, au lieu d’éclairer. Comme Molinier, on le sait aujourd’hui, avait toujours entretenu des relations élastiques avec la vérité, ces entretiens pittoresques demandent à être maniés avec des pincettes.
Justement : à partir de 2001, les archives, enfin accessibles, commencent à livrer leurs secrets. L’envers de la version officielle.
Les écrits personnels, les carnets intimes, réunis en un volume sous le titre Je suis né homme-putain, paraissent chez Kamel Mennour et Biro Éditeur (2005). Pour la première fois, l’homme blessé perce sous la légende, et s’exhibe sans masque, à visage découvert. Une page se ferme, l’autre s’ouvre. Le mythe commence à reculer devant la réalité de l’histoire.
Les archives recèlent aussi un fonds d’images inconnues. Ce sont les tirages de travail annotés au dos, les états successifs, les variantes, les épreuves retouchées au crayon mat, les négatifs repris à la mine de plomb, les caches, les découpages, les collages, les photos ratées, abandonnées, mais riches d’enseignements. Non plus l’ŒUVRE, au masculin et en capitales, mais ses coulisses. On peut alors reprendre les chiffres.
Pierre Petit, pour les « œuvres graphiques » – parmi lesquelles il range tableaux, dessins, gravures, sculptures et masques –, a inventorié 460 pièces. Si on y ajoute les toiles et les dessins non localisés, perdus ou offerts, on peut avancer sans grande marge d’erreur un chiffre rond de 500 œuvres. Pour la photographie, en comptant portraits, autoportraits, photomontages et diapositives, Petit arrive à 397 numéros. Sans doute n’at- il comptabilisé que les tirages aboutis, sans se soucier des épreuves de lecture qui n’existent qu’en un ou deux exemplaires, sans retenir non plus les diverses poses, très nombreuses, qui constituent des séries de portraits et d’autoportraits. Ainsi, pour ce livre, nous avons numérisé près de 2 000 tirages différents, d’intérêt et de qualité fort inégaux, naturellement. Pour une raison simple : la genèse des images nous intéressait autant que les épreuves de qualité muséale. Nous en avons retenu 250. On verra pourquoi dans les pages qui suivent.

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