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Du goût & du dégoût

Du goût & du dégoût

Auteur : William Hazlitt

Editeur : CIRCE

Figure à part dans le romantisme anglais, William Hazlitt (1778-1830) s'éveille à l'heure des grandes espérances suscitées par la Révolution Française, et reste fidèle aux idées de sa jeunesse dans un monde qu'il voit souillé par la trahison et compromissions.
«Jacobin» impénitent, admirateur de Bonaparte dans l'Angleterre d'après Waterloo, idéaliste amer amoureux déçu, ses talents de styliste lui valent une place à lui dans les revues de l'après-guerre, où il exerce une sorte de magistère solitaire et subversif. Traversant les domaines les plus variés, du commentaire de l'actualité à la philosophie morale, de l'étude de la société à la critique littéraire et artistique, Hazlitt est l'un des grands essayistes de la tradition anglaise.
Ce misanthrope est un polémiste incendiaire, qui ne cesse de brocarder le conformisme et la lâcheté de ses contemporains, et oppose à la complaisance bourgeoise - qu'elle soit conservatrice ou progressiste - d'infinies illustrations du mal radical qu'il perçoit comme inséparable de la nature humaine. Mais ce Saturne est aussi un Mercure. Sa politique du pire pour complément une certaine idée de l'authenticité : celle des passions, du souvenir, de la pensée et du génie.
Rejetant à la fois le rationalisme utilitariste et la religiosité de certain romantiques, il est l'apologiste du chatoiement de l'expérience vécue et de la fougue, dans la vie comme dans l'art. Son écriture, tour à tour proliférante et lapidaire, savante et cinglante intime et analytique, est à l'image d'une pensée mouvante et irréductiblement singulière, l'une des premières sans doute à faire l'anatomie détaillée de la culture et de la société modernes à scruter l'esprit des temps pour mieux en dénoncer l'appauvrissement et les impasses.

Traduction et préface de Laurent Folliot

17,50 €
Vendeur : Amazon
Parution :
ISBN : 978-2-8424-2212-7
Extrait

Pour une bonne partie du public français, le nom de William Hazlitt évoque avant tout une blague : c'est l'auteur mineur et poussiéreux sur lequel le triste professeur Swallow, dans le Tout petit monde de David Lodge, commet une monographie dont le soudain succès auprès de ses collègues résume une certaine irréalité de la critique littéraire, passée et présente. Hazlitt fut cependant l'une des figures les plus flamboyantes d'un âge et d'un milieu artistique singulièrement riches : l'Angleterre des premières décennies du XIXe siècle, celle qu'il est convenu d'appeler romantique. C'est - entre autres - le temps des romans historiques de Walter Scott et des longs poèmes de Byron, des pastorales austères de Wordsworth, des visions fantastiques de Coleridge, des féeries désenchantées de Keats et Shelley, du mélo­drame savant de Thomas De Quincey et des fantaisies urbaines de Charles Lamb ; c'est encore une époque nouvelle de la peinture, depuis les paysages réalistes et lumineux de Constable jusqu'aux abstractions turnériennes. Cette vaste floraison artistique et littéraire est celle d'un âge incertain, où le questionnement et le renouvellement des formes se fait sur l'arrière-plan d'une Histoire elle-même informe aux yeux de beaucoup. La tourmente de la Révolution française et des guerres napoléoniennes, la Révolution industrielle plus avancée en Angleterre que partout ailleurs introduisent dans le monde des hommes et dans ses représentations un trouble nouveau, analogue à ce «frisson» familier de notre modernité depuis Hugo et Baudelaire.
Si l'essayiste fait parfois une figure légèrement surannée, vic­torienne en quelque sorte, à côté des poètes et des romanciers, c'est peut-être que l'on perd de vue la faculté qui est la sienne de faire apparaître le rapport ondoyant et divers entre la littérature et le monde au sein duquel elle a lieu, rapport qui précisément n'avait peut-être jamais été interrogé avec une telle acuité jusque-là. Hazlitt, qui parle avec autant d'ardeur des livres que des hommes et des choses, est d'abord le critique incontournable d'un âge critique par excellence, et toute son oeuvre manifeste que le critique de l'âge romantique n'est plus celui qui régentait une sphère nettement délimitée, une province de la nature et de l'art qui avait nom les belles-lettres. Il n'est ni l'entomologiste des productions de l'esprit, ni l'arbitre du correct et du vulgaire, mais un chercheur d'intensités, qui les décèle, les distingue et les dépeint avec la rigueur de l'enthousiasme. Ces intensités de la littérature, Hazlitt les rattache à une nature humaine qu'elle permet de mieux comprendre, non en en exposant le ridicule ou le sordide pour mieux les corriger, mais parce qu'elle en met au jour et en mobilise les énergies. La littérature - et dans une mesure presque égale la peinture - est pour Hazlitt une puissance de vie ; elle est la vie elle-même dans ce qu'elle a de plus aiguisé. Les impressions les plus vives de l'enfance et de la jeunesse, chez Hazlitt, sont celles de la lecture; et inversement, la poésie de la vie est tout ce qui vaut d'en être retenu. L'essai critique, en ce sens, est un exercice de compréhension, mais il est aussi le prolongement de la littérature, la mise en oeuvre des résonances qu'elle suscite chez un critique qui est lecteur avant d'être savant. Ce que Hazlitt appelle «les livres», ce ne sont pas les livres de jardinage ni d'astronomie, mais les livres dans ce qu'ils ont d'uni­versel, c'est-à-dire dans ce qu'ils indiquent d'une intégralité de l'expérience humaine. Et pour le critique, ou pour l'essayiste, la pensée de cette intégralité, qui est aussi une intégrité, va de pair avec la conscience précise de ce qui lui fait obstacle : préjugés, paresse, intérêts, hypocrisie, tout ce que Hazlitt, libre opposant au pouvoir de son temps, aurait nommé «esprit de parti», et qu'aujourd'hui on appellerait sans doute idéologie.

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