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On progresse
De Alain Bertrand
Editeur : Le Dilettante
Parution le : 24 Octobre 2007

L’homme, j’espère que je n’apprends rien à personne, est un mammifère dressé qui vit essentiellement dans les supermarchés. On peut, là, l’observer à loisir et noter le fonctionnement de son mode de vie. C'est ce qu’a fait l’anthropomane Alain Bertrand, un disciple de Vialatte ayant emprunté, sans la rendre, la boîte à outils de Carelman, passionné de cet espèce d’être. Il nous le catalogue avec minutie et détaille le sens rituel du barbecue, l’essence tragique de l’applique murale, l’ambiguïté du string, la fonction psychique du magazine usagé (dit de salle d’attente) et celle, anxiolytique, du Tupperware. On y apprend que « la machine à café est une vache à lait sans le fumet de la campagne ». Grâce à lui, le sous-texte affectif du vernis à orteil tombe le masque, le caddie trouve enfin un avocat et le tire-bouchon sa définition absolue : « le tire-bouchon déplante le liège et enchante le verre. C’est l'enfant naturel de la vrille et du flacon ». Il y en a encore un stock à déballer, j’ai tout dans le coffre arrière. Bilan : un livre essentiel pour survivre en milieu humain, le plus dur milieu du monde. Alain Bertrand «connaît l’homme comme s’il était la grand-mère du diable» : suivez le guide !

La presse en parle

On n’est pas dans le registre du comique gras. Mais dans une dérision qui nous apprend que « le peintre en bâtiment fait souvent un excellent mari » ou que le doudou est « l’amour d’une vie ». Et dans un jeu sur les mots à lire à plusieurs degrés. Le regard de l’écrivain sur la fièvre acheteuse de nos contemporains est cruel. Au fond, peut-être moins amusé qu’il voudrait le faire croire. Le romancier livre aussi des moments d’une douceur absolue qui font oublier la consommation. Même en progression.

Lucie Cauwe, Le Soir
 

Chaque époque a son Diogène. La nôtre peut compter sur Alain Bertrand, bastognard ascendant Vialatte et mâtiné de Bartelt, qui gratifie ses contemporains d'un cynisme souriant, épinglant leurs travers avec malice ou esplièglerie, sans négliger les vertus roboratives du Kärcher. Ses chroniques douces-amères constituent autant de mises en garde et d'éléments pour un manuel de survie par temps de crise consumériste.

Marc-Emile Baronheid, Elle Belgique
 

Quelque part entre Delerm et Ponge, Alain Bertrand nous offre sa première gorgée de bière. C'est aussi, surtout, un arrière-cousin d'Alexandre Vialatte. Lequel revendiquait, comme on le sait, sa qualité d'auvergnat. Lui est né à Gand et vit à Bastogne. On voit par là tout ce qui les rapproche, et que ce statut particulier leur autorise d'observer les choses sous un angle inhabituel. Un peu biaisé, selon une parallaxe originale. D'en mesurer comme nul autre l'épaisseur ou l'inconsistance.

Jacques Abouçaya, Service Littéraire

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