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La Belle maison

La Belle maison

Auteur :

Editeur : Le Dilettante

Les meilleures intentions du monde ont quelquefois des conséquences tragiques. Les Capouilles, seuls pauvres authentiques de la petite ville, vont pâtir des bienfaits dont les comblent les autres habitants, lesquels ne comprendront pas à temps que ce n'est pas parce qu'on n'a rien qu'on n'a rien à cacher.
« Il y avait là une quinzaine de grands bavards que la bière rendait plus bavards encore, et, chaque après-midi, ou presque, la vieille Amérique, la jeune Europe, la Chine de toujours, l'Afrique du vendredi, l'Australie lointaine, s'inscrivaient dans une politique audacieuse dont les bienfaits, pour l'instant, ne profitaient guère qu'au village de Cons. »

15,00 €
Vendeur : Amazon
Parution :
192 pages
ISBN : 978-2-8426-3149-9
Les avis

M. Balbe est le maire de Cons-sur-Lombe, un village de près de deux mille âmes. Il est marié à une pieuse et volontaire dame, mais celle-ci, valétudinaire et atteinte de maux étranges et manifestes est plus souvent contrainte à l’inertie, voire à l’immobilisme quand elle soutiendrait mieux que personne les formidables et uniques initiatives de son époux, sinon ses propres revendications, d’une ferveur catholique évidente. M. Balbe, âme sensible si on en doute, a songé dans un instant de compassion à interdire la maladie sur le territoire de la commune. Un arrêté municipal ? Un décret de comptoir chez Josse ? Il y aurait encore tant à faire pour cultiver l’idéalisme, l’égocentrisme et le
narcissisme campagnards et afin de donner à Cons et aux Consiens cette sensation que le village deviendrait « la pierre angulaire du carrefour
incontournable de l’ Europe » !
On n’en est pas si loin : déjà qu’il n’y a pas de chômeurs à Cons, que tout y est immensément grandiose et qu’il n’y pleut pas seulement où c’est mouillé, le futur parc d’attractions, gigantesque, les prochaines municipales, qui
renouvelleront M. Balbe dans ses fonctions, la belle maison à offrir aux Capouilles sont bien plus proches, au sens de l’édile, des vœux divins que ne veut l’admettre l’abbé Lienne, qui mène les offices en itinérant sur près de quinze paroisses et qui garde envers l’élu une rancune de longue date.
Il faudra pourtant faire venir le religieux à Cons, pour bénir la belle maison, cette
construction collective à laquelle tous les habitants, sauf Constance et Mortimer, futurs propriétaires, ont contribué. La belle maison sauvera les Capouilles, unique couple de pouacres à Cons, des chemins de la pauvreté, de la perdition et de la honte. Bon gré, mal gré.
Dans ce nouveau roman de Franz Bartelt, on retrouve vite quelques-uns des ingrédients qui font son succès mérité, et son univers : la philosophie des personnages, en premier lieu, a de quoi hérisser plus d’un penseur sensé ;
mais à sa manière, l’auteur garde l’équilibre -et l’esprit du lecteur- par des considérations plus ordinaires, des détails qui nous ramènent à des réalités plus tangibles. On entrevoit, derrière les visages dessinés, telle ou telle âme
plausible, derrière l’emphase et les envolées verbales, tel ou tel discours déjà entendu et sur ces corps animés en l’occurrence par un seul et même souci altruiste sinon caritatif, des vérités plus palpables.
C’est le pont que Franz Bartelt tend, entre nos vies compliquées et sa littérature faussement simple:
Les villages ont une âme, plus qu’ailleurs. L’anecdote du plus grand nombre est un événement tellement particulier quand les limites du territoire se rétrécissent et que les esprits, à l’inverse, s’ouvrent à l’infini. Le comportement le plus singulier devient carrément universel, quand il prend son origine dans le vaste chaudron du monde. Et l’homme, l’homme est rendu
tellement petit, au plus grand de ses actes ! Des considérations qui méritent réflexion et qui illustrent un certain regard sur l’être.
Ce n’est pas là que l’auteur surprend : on a pris l’habitude de ces projections peu banales qui font l’univers barteltien. Non, on s’arrête plutôt sur cette évidente et continuelle exploration de la langue par laquelle il nous offre, une fois encore et peut-être plus qu’à l’ordinaire, de fameux morceaux de littérature, personnels ou moins intimes. Certains paragraphes sont une merveille d’écriture et de vocabulaire, d’autres un renvoi à des génies plus anciens. On apprécie les deux, comme les misérables Boulu, indifférents à leur propre sort comme à celui du reste du monde, étourdis, agréablement engourdis par la saveur des mots. Car, si la pure poésie, et La Belle Maison en est, n’a pas de réelle vertu thérapeutique, elle demeure un formidable
placebo.

Béatrice Deparpe

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