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Le moineau et le lépreux

Le moineau et le lépreux

Auteur : Leonardo Sinisgalli

Editeur : La Part Commune

Nous avons l'habitude de considérer la poésie comme un fruit ou une fleur rare, un os ou un cristal, un oeuf ou une perle, sans tenir vraiment compte de la chaîne de choc, du raptus, des miracles, des accidents qui sont les antécédents naturels de l'inspiration. J'ai recueilli dans cette plaquette quelques épisodes lointains et tout proches pour suggérer la figure d'un Poète qui n'a jamais nourri l'illusion d'appartenir à l'espèce des fils du Soleil. Pour la première fois je me suis rendu compte exactement de mon état, j'ai pris conscience de ma dette. J'ai cru ainsi restituer quelque chose de ma vie. Parce que ce n'est qu'aujourd'hui, enfin adulte, que je suis parvenu à reconnaître et ordonner les circonstances qui m'ont conduit à écrire des vers. Je sais bien que les indices ont peu de poids et que les preuves ne sont pas déterminantes. Ici, dans ce domaine précis, nous avançons à l'aveuglette.

13,00 €
Vendeur : Amazon
Parution :
ISBN : 978-2-8441-8053-7
Extrait

Fenêtre

En veillant les malades

on regarde la fenêtre avec amour.

L’oiseau répète les mots

pour l’histoire d’une année.





âme délicate

âme délicate

tu ne te rappelles plus rien.





Le fauve

Tu te faisais mal

sur la peau de ton petit,

tu fouettais le sang les lèvres serrées,

tu épanchais l’amour en meurtrissures.

Il n’avait pas peur de ton bras

mais de ta voix faible.

« Tue-moi, ne me dis rien. »





Automne

Les mouches semblent

heureuses de me revoir.

Elles folâtrent sur les branches

des lunettes, elles sautent

sur la pointe des oreilles.

La feuille blanche les fascine.

Je parle, je les caresse,

je les ramasse dans mon poing,

je les appelle par leur nom

Fantina Filomena Felicetta.

Je feins de croire que ce sont

toujours les mêmes.

L’une se mire dans l’ongle,

les autres se cachent

pour qu’on les trouve.





Poires au goût de cannelle

Il y avait les poiriers nains aux Canalette.

Ils fleurissaient en avance et portaient

de petits fruits, blancs et sucrés

comme des dragées.

Une poire au goût de cannelle

ruisselle dans la gorge,

disait Mattia pour infléchir

la rigueur de sa fille.

Ma mère ne voulait pas de cajoleries

entre les vieillards et les enfants.

Elle nous donnait aussi

une poire pràscina,

comme astringent.

Lasse de vider les pots de chambre...

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